LE DOCTEUR PAUL 5U-KOUANG-K I
PEKING
marque. Parmi eux se trouvait le docteur Ly, natif de Hang-tcheou, dans la province du Tchc-kiang. Homme de talent, et doué d'une perspicacité d'esprit peu commune parmi les Chinois, il avait un grand désir de s'instruire. Aussi dès qu'il eut fait la connaissance du P. Ricci, il s'adonna, sous sa direction, à l'étude des sciences. 11 composa sept volumes sur les mathématiques, traduisit les ouvrages d'Aristote, les livres d'Euclide qu'il possédait parfaitement, et laissa plus de vingt volumes manuscrits sur différents sujets de philosophie. Comme il était très versé dans la littérature de son pays, il prit une grande part à la composition ou à la traduction des livres que les missionnaires publièrent pour les Chinois. Après être resté plusieurs années catéchumène, il reçut le baptême des mains du P. Ricci, qui lui donna le nom de Léon. C'est lui dont il est parlé si souvent dans les Lettres édifiantes, avec le docteur Michel Yang, de Hang-tcheou, et le docteur Paul Su-kouang-k'i, de Su-kia-otiée; ce dernier venait d'être appelé à Péking pour être Ko-lao (ministre de l'empire). Ces trois lettrés chrétiens, par leurs écrits apologétiques, rendirent de grands services aux missionnaires et à la religion.
Voici ce que le P. Sémédo nous dit du docteur Léon : « Il était natif de Hangtchcou, personnage orné de belles qualités et doué d'un excellent esprit, et reconnu pour tel par tout le royaume ; de plus, à l'examen des docteurs, il aurait été le cinquième entre trois cents licenciés, ou environ, qui prirent leur degré, ce qui lui acquit beaucoup de réputation. Il était naturellement curieux, ce qui fit qu'avec son bel esprit, et avec l'aide du P. Mathieu Ricci, il apprit force beaux secrets de la mathématique. Il traduisit en langue chinoise quantité de livres que le Père avait composés, et même, étant encore païen, il mit un catéchisme en beau style. On raconte que comme il le composait, voyant et pesant la force des raisons qui prouvent la sainteté de notre religion, qu'il n'avait pas encore embrassée, il s'écriait : « Certes, » il faut avouer que ces ouvrages sont merveilleux, et bien raisonnes. » Enfin, Dieu lui ayant ouvert les yeux pour pénétrer plus vivement les vérités de notre foi, et ne pouvant plus étouffer tant de lumières qui l'accablaient, il se résolut à être chrétien ; il fut nommé Léon sur les fonts du baptême. C'est ce Léon si célèbre par son zèle, par sa vertu, et pour avoir été une des plus importantes colonnes de cette nouvelle Église de Péking. »
Le P. Mathieu Ricci, supérieur de la résidence et de la mission de Péking, avait de plus le gouvernement général de toutes les missions des Jésuites en Chine. Ses travaux apostoliques joints aux difficultés de cette lourde charge, usèrent sa santé, et il tomba gravement malade. Tous les remèdes furent inutiles, et ses confrères, après lui avoir demandé sa bénédiction, lui donnèrent les derniers sacrements, qu'il reçut avec la plus grande piété. Étendu sur son lit, sans douleur et sans agonie, il rendit en paix son âme à Dieu, le n mai 1610, à l'âge de 59 ans.
Par la mort du P. Ricci, le P. Pantoja devenait le plus ancien des missionnaires ; il avait su s'attirer l'amitié d'un grand nombre de mandarins en leur faisant quelques présents, entre autres, certains cadrans d'ivoire qu'il fabriquait à la perfection. Soutenu par ses amis, il osa adresser à l'empereur une supplique pour demander un terrain devant servir de sépulture au P. Ricci. Il existait alors, en dehors de la porte Ping-tse-men, une belle maison appartenant à un eunuque récemment condamné à mort. La requête du P. Pantoja fut prise en considération, et le gouverneur de la ville, sur l'ordre de l'empereur, livra cette propriété aux missionnaires, par une pièce ainsi rédigée : « Le temple de la science et de la bonté ne doit point être acheté, puisqu'il est à l'empereur, en conséquence de la sentence de mort portée contre l'eu-
DYNASTIE DES MING
nuque qui le possédait ; que le bonze qui est dedans soit congédié et que le P. Pantoja et ses compagnonsen soient mis en possession.»
Malgré l'opposition des eunuques, l'ordre fut exécuté et les missionnaires entrèrent en possession de cette propriété, qui, d'après le P. Sémédo, valait plus de 14.000 écus. La pagode qui s'y trouvait fut changée en une chapelle dédiée au Saint Sauveur; les idoles furent abattues et les matériaux de leurs autels servirent à la construction du tombeau du P. Ricci, dont les funérailles furent magnifiques. Le jour de la Toussaint, une messe solennelle fut célébrée, et le cercueil déposé devant une petite chapelle hexagonale construite au fond du jardin. Sur la porte de l'établ.ssement on grava les deux caractères chinois : Kinsse (don impérial) ; nous donnons ci joint le plan complet de la propriété du célèbre P. Ricci. Voici, maintenant quelques extraits de l'éloge de ce Père, composé par le mandarin Ouang Iin-ling, préfet de Péking :
« Au printemps de l'année 1610, Ricci mourut. Pantoja et ses compagnons en informèrent l'empereur par une lettre commune, et le prièrent d'accorder des honneurs posthumes. L'empereurordonna une délibération.
» Ou Tao-nan, vice-président du Tribunal des rites, et chargé d'expédier les affaires de cette cour, dit que Ricci était venu de loin, attiré par la bonté de l'empereur; qu'il avait étudié avec application et approfondi les sciences ; que ses écrits étaient en grand renom ; que Pantoja et ses compagnons désiraient n'être jamais séparés de lui, ni durant la vie ni après la mort; qu'il convenait de lui accorder généreusement une faveur. Il pria l'empereur d'ordonner au préfet du Chountien-fou de chercher et de donner un terrain pour la sépulture du défunt, afin de signaler la bienveillance de la dynastie actuelle à l'égard des étrangers. L'empereur accorda la demande.
» Le président du Tribunal des rites écrivit à Houng Ki-cheu, préfet en second du Choun- tien-fou, qui se rendit dans le Ouaup'iugsien. Dans le village de Eul-li-keou, se trouvaient une pagode de Bouddha et une maison de bonzes, en tout, trente-huit travées, bâties sans autorisation sur un empla-