FUNÉRAILLES
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tions ne pourraient décider. La fierté des uns et des' autres les porta souvent à des extrémités qui eussent été funestes aux deux paitis, si le P. Gerbillon, par sa sagesse, n'eût modéré leurs emportements. Il passait perpétuellement d'un camp à l'autre, portait îles paroles de paix, proposait des expédients, adoucissait les esprits, dissimulait ce qui pouvait mutuellement les aigrir. Enfin il ménagea si adroitement les intérêts communs, que la paix fut conclue à la satisfaction des Chinois et des Moscovites. — Le prince Sosan était si content du zèle et de la sagesse du Père Gerbillon, qu'il disait publiquement que sans lui tout était désespéré. Il promit aux missionnaires sa protection, et nous verrons bientôt qu'il tint parole.
Délivré de cette difficulté, K'ang-si put enfin attaquer sérieusement Kaldan, qui parcourait la Tartarie en dévastateur. Campé sur le fleuve Orgon (Or-ho) avec une armée formidable, il combattit durant sept ans; enfin, en 1696, l'empereur lui-même à la tête de ses troupes s'avança jusqu'au fleuve Kairoulan. Kaldan, repoussé mais non vaincu, se retira dans la partie occidentale de ses États, et l'année suivante, K'ang-si, dans une seconde expédition, marcha contre lui dans le pays des Ortos. Arrivé sur les bords du Hoang-ho, il envoya un ultimatum, et s'arrêta dans la ville de A ui-sia pour attendre la réponse. Sur ces entrefaites, Kaldan mourut, ce qui mit fin à la guerre, et K'ang-si revint triomphant à Péking, laissant à ses généraux le soin de pacifier le pays.
Lts succès du P. Verbiest, la dégradation et la mort de Yangkouang-sien, son prédécesseur au tribunal des mathématiques, la faveur de l'empereur accordée aux Jésuites, n'étaient pas sans accumuler contre ceux-ci beaucoup de jalousie et de haine. Le vice-roi du Tche-kian>r, ami de Yang-kouang-sien, voulant le venger, évoqua les anciens édits, et souleva une terrible persécution. La 9e année de son règne, K'ang-si avait en effet lancé un édit qui portait : « A la réserve de Nan-hoè-jen ( P. Verbiest) et de ses compagnons... de crainte que dans les provinces on ne bâtisse de nouvelles églises et qu'on ne fasse de nouveaux chrétiens, j'ordonne de le détendre sévèrement. )) Peu après (1760), il s'exprimait encore ainsi, dans un nouveau décret : « Nous ne permettons à aucun de nos sujets, tant à la cour que dans nos provinces, d'embrasser cette loi. » Armé de ces deux pièces, le vice-roi fit arrêter partout les missionnaires et les chrétiens, qui subirent les plus indignes traitements. Par deux fois, le tribunal des rites repoussa la demande des Pères de Pékino- ; l'empereur lui-même avait dit en effet: « Les missionnaires ne doivent pas se flatter que je me déclare le protecteur d'une loi étrangère. »
Les quatre Jésuites de Péking en appelèrent au prince Sosan; ce prince, touché de la douleur des'Pères, résolut de solliciter en leur faveur. Il alla donc trouver l'empereur et lui dit: « Enfin, Sire, ce sont des gens qui comptent pour rien leur vie,
KALDAN.
PEKING
quand il s'agit de vous obéir ou de vous plaire : il est vrai que tout cela ne mériterait pas que Votre Majesté approuvât leur loi, si d'ailleurs elle était dangereuse ; mais fut-il jamais une doctrine plus saine que. la leur, et plus utile au gouvernement
des peuples ? »
L'empereurécoutace discours, mais persista dans sa première détermination. « C'est une affaire conclue, lui répondit-il ; je me serais fait un plaisir de favoriser ces bons missionnaires, mais le déchaînement des mandarins contre eux ne m'a pas permis de suivre mon inclination. » — << <Juoi, Sire, répliqua le prince, n'êtes-vous pas le maître ? Et quand il s'agit de rendre justice à des sujets aussi distingués que ceux-ci, ne pouvez-vous pas user de votre autorité ? »
L'empereur, ne pouvant plus tenir contre de si pressantes sollicitations, fit écrire aux Kolao, à leurs assesseurs et à tous les mandarins tartares du Lipou (tribunal des rites) la lettre suivante.dans laquelle il manifestait sa volonté: « Nous voulons que tous les édits qui jusqu'ici ont été portés contre la religion des Européens par l'avis et le conseil de nos tribunaux, soient à présent déchirés et brûlés. Vous, ministres d'Etat, et vous, mandarins tartares du souverain tribunal des rites, assemblez-vous, examinez cette affaire et me donnez au plus tôt votre avis. »
Le président répondit par ce décret :
« Votre serviteur Kou-pa-taè, président du tribunal des rites et d'autres tribunaux, abaissé d'un degré, vous écrit respectueusement au sujet d'un édit impérial.
» Votre serviteur et ses collègues ont tenu une délibération, dont voici le résultat: Des Européens, attirés par le désir de profiter des sages institutions de nos Souverains, ont entrepris une traversée de plusieurs fois dix mille stades pour venir ici. Ils ont corrigé et perfectionné les règles du calcul des temps. En temps de guerre, ils ont fabriqué des canons et d'autres armes. Députés auprès des Russes, ils
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ont montré un dévouement sincère, et sont parvenus à faire un traité de paix.
» Leurs travaux et leurs services sont très nombreux. Dans les provinces où ils résident, ils ne font aucun mal, ne causent aucun trouble nulle part. Ils ne séduisent pas la multitude par de fausses doctrines, ne suscitent d'affaires sous aucun prétexte. Dans les pagodes des lamas, des bonzes de Bouddha et des sectateurs de la Raison, il est permis de brûler des parfums et de faire des cérémonies. Les Européens n'étant coupables d'aucune infraction aux lois, il ne semble pas juste d'interdire leur religion.
A Tour d'astronomie et bibliothèque.
B Église.
B' Sacristie.
C C C C Grille de fer envoyée par Louis X1Y.
I) Avenue dallée de marbre.
E E' Stalles de réception et de conférences.
F F' Chambres. (Ces chambres ont servi de noviciat sous les Lazaristes.)
G Grand salon.
G G Chambres.
H Cadran solaire.
I I" Chambres.
J Porte d'honneur.
K Entrée.
K KK'' Chambres.
L L' Chambres des Lettrés.
M Porte d'entrée de la maison.
N N' Dépendances.
O Portier.
P Porte d'entrée de la résidence.
Q Q' Q" Avenue allant à l'église. i 5
plan de l'ancien pé-ï'ang sous k'ang-si. NOTA ; Au sud se trouvait un jardin ; à l'ouest la verrerie impériale ; à l'est la rue dite Ts'an-che-keou.
» Il convient de laisser subsister comme autrefois toutes les églises des chrétiens, de laisser libres comme d'ordinaire toutes les personnes qui vont y porter des parfums ou d'autres offrandes ; il ne faut pas les en empêcher. Quand le décret aura paru, il sera bon d'en envoyer copie à tous les gouverneurs de provinces.
» Note commune adressée à l'Empereur le 19 mars 1692.» — Le 30 mars le décret fut approuvé par ces mots : « Qu'on suive l'avis adopté dans la délibération. »
Les PP. de Fontaney et de Visdelou se trouvaient à Péking lorsque l'empereur tomba malade : ils avaient apporté une livre de quinquina, que le P. Dolu leur avait
envoyée de Pondichéry, et ce remède encore inconnu contribua, avec des pâtes médicinales qu'administrèrent les PP. Gerbillon et Bouvet, à guérir le monarque. On avait d'abord fait plusieurs expériences en donnant cette médecine à de simples mandarins malades, puis, l'efficacité du remède ayant été constatée, l'empereur luimême consentit à en essayer, et fut guéri.
Sauvé de cette maladie, K'ang-si voulut récompenser les Jésuites. « Le 4 juillet de l'année 1693, dit le P. de Fontaney, il nous fit venir au palais, et nous fit dire par un des gentilshommes de sa chambre ces paroles: « L'empereur vous fait don d'une » maison à vous quatre dans le Hoang-tcfieng, c'est-à-dire dans la première enceinte » de son palais. »
« Nous prîmes possession de notre maison le 11 juillet: mais, comme elle n'était pas encore accommodée à nos usages, l'empereur ordonna au tribunal des édifices d'y faire toutes les réparations que nous souhaiterions... Tout étant prêt le 19 décembre, nous dédiâmes notre chapelle à l'honneur de Jésus-Christ mourant sur la croix pour le salut des hommes, et nous en fîmes le lendemain l'ouverture avec cérémonie. »
L'édit favorable et le don de la résidence encouragèrent les Jésuites à faire une nouvelle demande. Les PP. Gerbillon, de Fontaney et de Visdelou sollicitèrent une audience et prièrent l'empereur de leur donner un nouveau terrain pour y bâtir une église. K'ang-si accorda la moitié du terrain demandé, et fournit même une partie des matériaux pour la construction, qui dura quatre ans. Les lettres écrites par les missionnaires de ce temps-là, et un saint vieillard, M. K'o, Lazariste chinois, qui a encore vu cette église, nous ont fourni les détails suivants: Une avant-cour, entourée de vérandas décorées d'images peintes, précédait l'édifice : d'un côté on avait construit un bâtiment de 50 pieds pour les catéchumènes ; de l'autre, un semblable pour les assemblées ; ce dernier servait de salle de réception; on y voyait les portraits de Louis XIV, de sa famille, des rois d'Espagne et d'Angleterre.
L'église, au fond de cette cour, avait 75 pieds de long sur t,3 de large et 30 de haut. Dans l'intérieur, une seule nef; contre les murs, 16 demi-colonnes peintes en vert, puis une frise et encore 16 demi-colonnes superposées; chaque colonne n'avait donc qu'environ 12 pieds de haut. Elles appartenaient à deux ordres différents d'architecture : ionique et corinthien. Les murs étaient recouverts de peintures religieuses et de sentences chinoises; il y avait de chaque côté six fenêtres en plein-cintre. Le mur du fond, peint en perspective et simulant la continuation de l'église, faisait illusion aux Chinois, peu versés dans cet art. La voûte était peinte également, mais sur un plan uni: on y avait représenté des colonnes, des dômes, des tableaux, comme ceux qui existent encore à l'église de l' Immaculée-Conception ( Nan-t' ang).
Aux yeux des Chinois, ce qu'il y avait de plus honorable pour cette église, ce qui devait la protéger mieux que tout le reste, c'était l'inscription suivante donnée par l'empereur et gravée sur une plaque de marbre au fronton de l'édifice : Temple du Seigneur du ciel, bâti par ordre de l'empereur. « Tche-kien T'ien-tchou-t'ang.^ Cette inscription, que le P. K'o a vue, resta comme une sauvegarde jusqu'à la démolition de l'église, et fut emportée au trésor du palais, enveloppée de soie jaune en 1827.
Avec cette inscription, K'ang-si en avait encore donné trois autres, mais purement honorifiques. Sur celle du milieu appelée Pien, on lisait : « Au vrai Principe de toutes choses. » Celles de droite et de gauche, appelées Toui-tse, parce qu'elles se correspondaient, signifiaient: « Il est infiniment bon, infiniment juste ; il éclaire, il soutient, il règle tout avec une suprême autorité et une souveraine justice. )> — « Il n'a point eu de commencement, il n'aura point de fin ; il a produit toutes choses
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dès le commencement ; c'est lui qui gouverne tout et qui est le véritable Seigneur de tout. »
La dédicace de cette église, consacrée au Sauveur des hommes, à Jésus-Christ mourant sur la croix, fut faite avec la plus grande solennité le 9 décembre 1703.
Derrière le maître-autel, on avait construit une tour un peu plus élevée que le toit ; elle servait de bibliothèque et d'observatoire astronomique ; sur les côtés, se voyaient plusieurs petites chapelles et la sacristie. Enfin, vers l'est était la résidence des missionnaires, bâtie à la mode chinoise. Près d'un jardin assez grand, situé au sud de l'établissement, on éleva un bâtiment pour les chrétiennes, qui ne pouvaient alors entrer dans l'église ; ce jardin touchait au mur du palais impérial.
Avant de parler de la question des Rites, voyons d'abord en quoi ils consistent :
Le culte des ancêtres. — On honore les ancêtres d'un culte spécial, en public et en particulier ; ils ont des temples et des chapelles où sont placées des tablettes de bois peint, et de gros caractères dorés qui signifient: Siège de l'esprit de... (le nom du défunt). Ces tablettes sont mises sur des autels, et à certains jours fixes, surtout au printemps et à l'automne, on y célèbre le rite. Le chef de la famille se prépare plusieurs jours d'avance ; la veille, on éprouve les victimes : porcs, chèvres et autres ; en leur versant du vin dans l'oreille, il faut qu'elles remuent la tête pour être déclarées bonnes. Le matin suivant, tout le monde se réunit, on fait les prostrations à la tablette, on immole les victimes, on offre du vin avec le sang et le poil des animaux, on offre également des fruits, des étoffes, des lingots en papier d'or et d'argent que l'on brûle devant la porte.
Le culte de Confucius. — Dans chaque ville, Confucius a son temple, son autel, sa statue ou sa tablette sur laquelle on lit : Siège de l'esprit du très excellent maître Confucius. Aux équinoxes du printemps et de l'automne, se célèbre la cérémonie officielle ; le mandarin préside l'office, aidé par les lettrés. La veille, tout est préparé comme pour le culte des ancêtres ; le jour suivant on allume les cierges, on brûle l'encens, on offre le sang et le poil des animaux immolés, on fait la procession à la tablette, puis les prostrations et on crie : L'esprit de Confucius descend; alors le mandarin verse du vin sur l'image d'un homme en paille, retire la tablette de sa niche et la dépose sur l'autel ; ensuite on fait l'adoration et on brûle une étoffe de soie en oblation, avec le vin ; enfin on offre la chair des victimes en récitant une prière à Confucius ; tout ce qui reste est distribué aux assistants.
Le mot Chang-ti (Roi suprême) et le mot Tien (Ciel) peuvent-ils être employés pour désigner le vrai Dieu ? Les honneurs rendus aux ancêtres, à Confucius et au Ciel sont-ils superstitieux ? Telle était la question.
Parmi les Jésuites, il s'était formé deux écoles: celle du P. Ricci, que les inter-