‹ Péking, histoire et descriptionChapitre 87 sur 239 · Paul Ly (prêtre chinois · texte numérisé non relu

Paul Ly (prêtre chinois

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proches parents on donnait, sous K'ang-si, le nom de Regolo, et parmi eux, les Sourniama se faisaient remarquer par les services rendus à la dynastie. En 1721, deux des fils du vieux prince Sourniama, le prince Paul et le prince Jean, se convertirent ; on verra ce qu'il en advint sous le règne suivant.

Les Jésuites achetaient le droit de sauver 'les âmes par les plus grands services. Ainsi, le P. Dominique Parennin, né en 1665 au Russey, près Pontarlier, et arrivé en 1698 en Chine, ayant fait observer à K'ang-si qu'on se trompait sur la position géographique de quelques villes de l'empire, ce prince ordonna de faire des cartes nouvelles de toutes les provinces. Dès le mois de mai suivant, les PP. Régis, Jartoux et Fridelli allèrent lever celles du pays des Mantchous, puis celle du Pé-tche-li ; ce travail les occupa pendant l'année 1 710. L'année suivante, les PP. Régis, et Cardoso furent chargés de la carte du Chan-toung. Plus tard, les PP. Régis, Moyria.de Maillac et Henderer levèrent celles du Ho nan, du Kiang-nan, du Tche-kiang, du Fou-kien ; et après la mort du P. Bonjour, survenue en 1715, le P. Régis fut encore envoyé dans le Yzm-nan,dont il acheva la carte. Quand elle fut terminée, il se joignit de nouveau au P. Fridelli, avec qui il dressa les cartes des provinces du Kouei-tcheou et du Hou kouang. Tous ces travaux sont de la plus haute valeur.

L'empereur K'ang-si, âgé de 70 ans, semblait devoir encore fournir une longue carrière, quand, au retour d'une chasse, il fut pris de frissons et mourut le 20 décembre 1722. Par son testament il désignait son quatrième fils, Young-tcheng, pour lui succéder. Ainsi finit l'empereur K'ang-si, dont le règne fut un des plus glorieux de la dynastie actuelle. Il aimait les sciences et avait réuni une fort belle bibliothèque ; c'est à lui que l'on doit le grand dictionnaire appelé « Kang-si tseutien », rédigé par trente lettrés de 1e1 ordre, et qui contient environ 40.000 caractères. La préface est de la main même de l'empereur. Cet ouvrage parut pour la première fois en 1716.

K'an-si aimait aussi les arts, et pour cette raison il protégea les missionnaires qui étaient à Péking : comme nous l'avons vu, cette protection ne suffisait pas toujours pour assurer la paix religieuse dans les provinces. — Malgré les efforts des Jésuites et des autres missionnaires employés par l'empereur, il ne fut point possible de le convertir : on espérait en faire un Constantin, mais il resta jusqu'à son dernier soupir dans les erreurs du paganisme.

Vers l'âge de 40 ans, Young-tcheng (Concorde perpétuelle) monta sur le trône. C'était un prince sérieux et travailleur, mais qui n'aimait ni les missionnaires ni les chrétiens: aussi une persécution violente ne tarda pas à éclater au début même de son règne.

Le Tsoung-tou, ou gouverneur du Fou-kien, présenta le 7 septembre 1723 une requête à l'empereur, dans laquelle il rendait compte des raisons importantes qu'il avait eues de proscrire la religion chrétienne dans toute l'étendue de son gouvernement. 111e suppliait ensuite, pour le repos de l'empire et le bien des peuples, d'ordonner que les missionnaires fussent renvoyés des provinces, conduits à la cour ou à Macao, et que leurs temples fussent employés à d'autres usages.

Ce placet fut remis au tribunl des rites, pour déterminer ce qu'il y avait à faire. La sentence de ce tribunal fut de conserver à la cour les Européens qui y étaient, et d'y faire venir ceux des provinces qui pouvaient y être utiles ; mais pour les autres,

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de les conduire à Macao, de changer les temples en maisons d'utilité publique, et d'interdire rigoureusement leur religion.

Cette délibération du tribunal des rites fut approuvée par l'empereur, le i i janvier 1724; il ajouta que les vice-rois des provinces désigneraient un mandarin pour conduire les missionnaires à la cour de Macao, afin de les garantir de toute insulte.

A 'ang-si avait permis aux missionnaires qui s'engageaient à observer les rites et avaient reçu une patente appelée piao, de rester en Chine. Cette fois, ceux-là mêmes ne furent point exemptés. D'un bout de la Chine à l'autre, les égliseset oratoires furent convertis en magasins ou en écoles, par ordre impérial ( 1 724). Dans la province de Péking, les églises de Ouen-ngansien, Kou-pé-k'eou, S/101hoa-fou furent changées en greniers publics, et tous les tableaux qui les ornaient furentlivrés aux tlammes ; l'église de Pét'ang, confisquée, devint un hôpital pour les pestiférés.

Les missionnaires s'adressèrent à un frère de l'empereur, qu'ils croyaient leur protecteur, pour obtenir la révocation de l'arrêt ; ce fut inutilement. Ils rédigé-

rent alors un placetpour l'empereur, qui leur permit de se présenter et leur dit ces dures paroles : « Si j'envoyais des troupes de bonzes ou de lamas dans votre pays pour y prêcher leurs lois, comment les recevriezvous ? Vous voulez que tous les Chinois se fassent chrétiens, votre loi le demande, je le sais bien, mais en ce cas que deviendrions-nous ? les sujets de vos rois ! Les chrétiens que vous faites ne reconnaissent que vous ; dans un temps de trouble, ils n'écouteraient point d'autre voix que la vôtre. Je vous permets de demeurer ici à Canton tant que vous ne donnerez aucun sujet de plainte ; car s'il y en a dans la suite, je ne vous laisserai m ici, ni à Canton : je ne veux point de vous dans les provinces. Il ne manquera rien a la Chine quand vous n'y serez plus. »

Pékin?.

k' \XG-SI.

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Le P. Parennin rapporte que les missionnaires furent longtemps sans oser sortir, excepté pour aller au palais; et que les Jésuites chinois Lo et Tchen administraient seuls les sacrements aux moribonds.

C'est à cette époque que toute la famille princière des Sourmia (ou mieux Sourniamd) fut exilée. La plupart de ses membres étaient redevables de leur conversion au P. Joseph Suarez, Jésuite portugais, qui leur avait conféré le baptême et qui dirigeait leur conscience.

Quelques jours après l'audience accordée par l'empereur aux missionnaires, le chef de la famille Sourniama, qui n'était pas converti, reçut l'ordre de se rendre au palais. Dès qu'il parut dans le vestibule, le président du tribunal des princes fit mettre à genoux ce vieillard de soixante-dix-sept ans et lui lut, par ordre de l'empereur, une longue liste de fautes commises par lui et par ses ancêtres. Pour le punir on lui annonça qu'on le destituait de sa dignité, qu'on le privait de ses appointements, et qu'on le condamnait à partir dans dix jours avec toute sa famille, ses femmes, ses enfants et ses petits-fils, pour ) 'ou-ouée, en tartare Fourdane, ville de 50.000 habitants, ayant 40.000 hommes de garnison, et située à quatre-vingt-dix lieues à l'ouest de Péking, au-delà de la Grande Muraille.

Le Prince Joseph, 12e fils de Sourniama, parent de l'empereur Young-tcheng.

Par ordre impérial, trois fois exilé en haine de la foi chrétienne, chargé de 9 chaînes, affaibli par la faim, l'emprisonnement ei les privations, il mourut à Péking le 14 août 1727 à l'âge de 33 ans. Son cadavre fut brûlé, ses os, brisés à coups de marteau, furent enfouis dans un marais. ( Voir ci-contre la gravure tirée du livre Neuen well bott, t. ni.)

Aussitôt que le vieux Sourniama fut de retour chez lui, espérant regagner la faveur impériale, il envoya chercher ses fils et ses officiers, fit apporter des chaînes, et, d'un signe de la main, il ordonna d'en charger le prince Jean et le prince Paul. Sourniama retourna ensuite au palais pour y rendre compte de ce qu'il venait de faire. Le président du tribunal des princes refusa d'avertir l'empereur et dit : «Tout est fini ; vous êtes instruit de la sentence qui a été portée ; il ne vous reste plus d'autre parti à prendre que celui d'obéir... » Le malheureux prince partit pour se rendre au lieu de son exil, avec ses enfants, ses petits-fils, ses arrière-petits-fils, au nombre de trente-sept ; les princesses, qui égalaient à peu près ce même nombre, et plus de 300 serviteurs. On ne leur permit pas de séjourner à Fourdane, mais on les relégua en plein désert, sur une petite colline où se trouvaient de misérables cabanes. Cet endroit s'appelait Sin-pou-tsc. Toute communication avec l'extérieur leur fut interdite. Le vieux Sourniama ne survécut pas longtemps à sa disgrâce ; accablé d'années, d'ennuis et de misère, il mourut le 2 janvier 1725, en protestant de son innocence.

La mort de Sourniama n'apaisa pas la haine que Young-tcheng avait conçue contre toute la famille de ce malheureux Tartare. Des mandarins, envoyés exprès de la cour, firent venir les princes à Fourdane ; et, les ayant fait mettre à genoux, ils leur signifièrent un ordre de l'empereur, qui les dépouillait du rang et des prérogatives de princes du sang : on leur ôta la ceinture jaune et on les renvoya ensuite à Sin-poit-tse, où ils furent confondus avec le simple peuple.

Cette haine féroce de l'empereur contre la famille Sourniama venait sans doute des accusations portées contre elle. L'histoire rapporte que peu de temps après la mort de K'aug-si, on découvrit une conspiration ayant pour but de détrôner Yoîing-tcheng pour proclamer un de ses frères. On prétendit que la famille Sourniama était entrée

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dans le complot ; le prince aspirant, disait-on, au trône, fut envoyé à Si-ning sur la frontière du Koukounoor. Le douzième fils de Sourniama, nommé Joseph, et son frère Louis, furent exilés au même lieu avec le P. Morao, supérieur des Jésuites.

Le tribunal des crimes reprit ensuite toute cette affaire, et décréta que « les ossements du vieux Sourniama seraient déterrés, réduits en cendres et jetés au vent ; que tous ses fils et petits-fils au-dessus de 15 ans seraient mis à mort, et les plus jeunes dispersés dans les provinces ; enfin, que le P. Morao. également condamné, serait exécuté en automne. » L'empereur modifia cette sentence et ordonna que huit princes seraient bannis, mais que, le 2 janvier, Louis et Joseph, chargés de chaînes, seraient amenés à Péking et enfermés pour la vie dans une prison ; il maintenait la sentence de mort contre le missionnaire.

La cour de Lisbonne, informée de l'affreuse position du P. Morao et des terribles conséquences qui pourraient en rejaillir sur les missions, fit partir immédiatement comme ambassadeur Dom Rlétello Souza y Menesez, pour essayer de le sauver. L'empereur, averti par un courrier rapide, envoya aussitôt l'ordre d'étrangler le P. Morao, ce qui fut exécuté. Dom Métello fut traité avec magnificence à Péking dans la résidence impériale de Yuen- )iiing-yucn, et s'en retourna sans avoir pu atteindre le but de sa mission.

Le prince Louis mourut après un long emprisonnement; quant au prince Joseph, il resta dans un étroit cachot de 9 pieds de long sur 6 de large pendant trois années, et fut trouvé mort d'un flux de sang, le matin de l'Assomption 1727. Son corps, mis dans un pauvre cercueil deux jours après, fut conduit en dehors de la porte Occidentale, jusqu'à un endroit appelé Ssc-li-yuen, « où le chemin de l'est à l'ouest est coupé par un autre aussi grand qui va du nord au sud ; » le cercueil et le corps furent brûlés, les os écrasés par les roues des voitures que l'on fit passer par-dessus, et les chaines furent reportées au tribunal des crimes.

Au moment où l'empereur traitait avec tant de rigueur les chrétiens et les missionnaires.le pape Benoît XI 1 1 envoyait en Chine deux religieux, avec un Bref apostolique, pour féliciter ) 'oung-tcheng de son avènement à l'empire et le prier de prendre sous sa protection la religion chrétienne. Les ambassadeurs du Saint-Siège arrivèrent à Péking dans le mois d'octobre 1525, et l'empereur leur fit donner une audience solennelle où il invita, au grand étonnement de la cour, tous les missionnaires de la capitale.

Apres l'interminable cérémonie des génullexions et des prostrations au pied du trône, l'empereur fit présenter du thé aux missionnaires et leur dit : « Toutes les religions portent au bien et visent au même but ; mais aucune ne peut être comparée à celle des lettrés de la Chine. » Il les renvoya ensuite, après leur avoir fait distri. buer à chacun d'eux un melon de Hami, fruit précieux et très rare pour la saison.

LE PRINCE LOUIS (i.ISSIHIN).

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Voici la réponse de ) 'oung-tcheng au Bref du Pape : « En lisant la lettre de Votre Majesté, et à la vue des beaux présents que vous m'avez envoyés, je me suis convaincu de la sincérité de vos sentiments. Ainsi je reçois avec joie la lettre obligeante dans laquelle, en me rappelant le souvenir des bienfaits que mon père a versés sur le christianisme, vous me souhaitez une longue prospérité et me promettez vos prières...

» J'envoie cette lettre avec soixante pièces de soie brochées d'or, et quarante autres plus communes. »

E;i 1728, fut signé le traité de Kiachta qui rétablissait le commerce de la Russie avec la Chine, et consacrait l'existence des établissements russes à Péking.

En 1730. un violent tremblement de terre bouleversa la capitale; le 30 septembre eurent lieu les premières secousses ; plus de 100.000 habitants furent écrasés sous les ruines des édifices; les palais des princes, les pagodes et les deux églises catholiques turent renversésou sérieusementendommagés. L'empereur vint en aide aux habitants, réduits à la plus affreuse misère ; il leur fit distribuer plus de quinze millions de francs. Il donna aux missionnaires 1.000 taëls, soit environ 7.000 francs pour réparer leurs églises et résidences.

Cette générosité n'attestait nullement un changement .dans les idées de Yonne-

tcheng au sujet de la religion ; la persécution continua plus implacable que jamais,

et le 20 août 1732, tous les missionnaires réunis à Canton furent chassés de Chine.

Trente-cinq s'embarquèrent et arrivèrent à la colonie portugaise de Macao trois

jours après.

Pendant ce temps, les missionnaires qui avaient pu se cacher administraient les sacrements aux fidèles ; mais ils étaient en très petit nombre, et les chrétiens sans cesse poursuivis, frappés, mis à mort. Les missionnaires de Péking, Jésuites ou Lazaristes, restaient pour ainsi dire enfermés dans leur résidence ; seul, peut-être, M. Pedrini, que l'empereur avait eu pour précepteur et qu'il aimait, pouvait encore être admis près de lui; il rendit dans cette occurrence bien des services ignorés de ses confrères. Enfin, Young-tckeng mourut le 7 octobre 1735, âgé de 58 ans, dans son palais du Yuen-ming-yïien, près de Péking. — De tous les travaux des premiers et célèbres Pères Jésuites il ne restait rien, tout était anéanti !

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