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M. SUE, LAZARISTE CHINOIS

PEKING

auxiliaire puissant lui arriva de France, et la mission française, passée pendant quelques années aux Portugais, revint aux mains des missionnaires français. Joseph- Martial RIouIy, né à Cahors en 1S07, débarqua à Macao après 9 mois de voyage, le 14 juin 1S34 ; il y apprit la langue chinoise, puis fut dirigé sur Péking. Il a raconté lui-même tous les dangers de ce voyage, qui dura huit mois et demi en doublant le cap de Bonne-Esperance. Il mit autant de temps pour se rendre de Macao à Péking. On l'avait déguisé en malade ; chaque jour il se lavait la figure avec du thé pour le rendre jaune et pâle ; dans les auberges, on le couchait face au mur, enveloppé de couvertures. Malgré toutes ces précautions, il manqua d'être reconnu plusieurs lois, ce qui aurait fait tomber sa tête. Enfin il arriva près de Péking ; il put entrer en ville et s'entretenir toute une nuit avec Mgr Pires. Quel courage dans ce jeune missionnaire ! mais aussi quelle joie pour le vénérable évêque abandonné depuis si

longtemps! M. Mouly se rendit ensuite en Mongolie, où le P. Sue remit entre ses mains la direction de la mission française exilée ; cette belle mission allait bientôt renaître de ses cendres! Le 2 novembre 183S, Mgr Pires, après 38 années de séjour en Chine, mourut âgé de 71 ans, et fut enterré par les soins de l'archimandrite russe dont il était l'ami ; on voit sa tombe au cimetière de Cha-la-eul. Lui-même avait préparé une simple stèle sur laquelle les dates seules restaient à graver. La Gazette officielle dit à ce propos : « Le mandarin de droite du tribunal des mathématiques, l'Européen Pi-siao-yucn (Mgr Pires), est mort de maladie, le 2e jour de la 10e lune de la iSe année de Tao-ko7iang. En conséquence, l'église et la maison des Européens sont remises au président du tribunal Née ou-fou, chargé des Européens ; on délibérera et l'on verra ce qu'il faut en faire. » Mais le Nan-t'ang fut sauvé par la prévoyance de Mgr Pires, qui, se voyant seul et craignant que tout fût détruit après sa mort, avait confié ses titres de propriété à l'archimandrite, lequel réclama de suite et finit par obtenir un décret portant que « l'église et la maison seront ionises à Jll. Ouée de la nation russe ». Il sauva ainsi l'ancienne cathédrale, où les scellés furent apposés ; les cimetières des missionnaires et la bibliothèque du Nan-t'ang lui doivent aussi leur conservation. En 1860, son successeur rendit ce dépôt aux missionnaires français, qui n'oublieront jamais le service éminent et désintéressé rendu par les Russes en ces tristes circonstances. La bibliothèque de la mission française avait été transportée au cimetière français ; elle était fort riche, mais ne fut pas sauvée. Les chrétiens chargés de la conserver, ayant été accusés, l'enfouirent dans la terre, espérant la retirer bientôt ; mais ils furent envoyés en exil, et ces précieux ouvrages périrent complètement. Les 6.000 volumes anciens qui se trouvent actuellement au Pé-t'ang, proviennent de l'ancienne bibliothèque du lYan t'ang, conservée par l'archimandrite. — La résidence du Nan-t'ang fut démolie par les mandarins, et les maisons qui en dépendaient vendues ou détruites ; l'église seule subsista et resta fermée jusqu'en 1860. — Avec Mgr Pires, disparut le dernier missionnaire-mandarin du tribunal des mathématiques.

Pendant les cruelles persécutions qui désolèrent la chrétienté chinoise, l'Église

COREEN.

DYNASTIE DES TS'ING

eut un martyr admirable, qu'elle mit au nombre des bienheureux de 1889 ; nous voulons parler de Jean-Gabriel Perèoyre, Lazariste, qui fut arrêté, emprisonné, cruellement torturé, enfin étranglé dans la ville de Outckang-fott, province du Hou-pé, le 11 septembre 1840. Comme cet illustre martyr n'est jamais venu à Péking, nous nous contentons de cette mention ; mais nous ne pouvions passer sous silence un nom si glorieux pour l'Église de Chine. — Nous avons dit que le patronage du Portugal s'étendait sur toute la Chine, spécialement sur les évêchés de Macao, Nan-king et Péking, souvent au préjudice de ces missions. Aussi la cour de Rome avait-elle déjà distrait plusieurs provinces pour les ériger en vicariats apostoliques. Ainsi fit-elle en 1840 pour la Mongolie et la Mantchourie, par un bref du 28 août. Mgr Mouly fut nommé vicaire apostolique de la Mongolie ; mais il ne put se faire sacrer que deux ans plus tard, le 24 juillet 1842, par l'évêque du Chen-si.

A la même époque (1S40), eut lieu la guerre des Anglais contre la Chine. Le commerce de l'opium de contrebande se faisait sur les côtes de Chine depuis 1 832. En 1836, on agita cette question à Londres, aux Indes et à Péking, où l'empereur défendit ce commerce comme immoral, et menaçant l'existence même du peuple chinois. En 1838, un édit rigoureux parut, et les plus féroces contrebandiers chinois furent mis à mort par le vice-roi de Canton. En 1839, le commissaire Lin, vice-roi du Hou-kouatig, exigea la livraison de 20.281 caisses d'opium valant 60 millions de francs, et les détruisit complètement, expulsant de plus 16 négociants étrangers qui se livraient à ce commerce. Sir Elliot protesta et envoya YAriel en Angleterre pour prendre des ordres ; ce navire revint en 1840, et les Anglais déclarèrent la guerre à la Chine. Les îles Tchou-san furent occupées, puis les deux forts de Canton. Ki-cheng, successeur de Lin, accorda 6 millions de piastres avec 1 île de Hong-kong ; mais cette concession n'ayant pas été ratifiée par l'empereur, les hostilités recommencèrent. Y-tchang, successeur de Ki-cheng, offrit de nouveau les 6 millions de piastres : on ne les accepta pas, et la guerre continua. En 1842, les Anglais prirent Tse-ki, près de Ning-po, occupèrent Chang-hai et imposèrent a cette ville 1.800.000 francs d'indemnité. Au mois de juillet, 72 navires anglais mouillèrent devant Nan-king, qui paya 18.000.000 de francs pour se racheter. La paix fut conclue le 29 août, ratifiée en septembre, et les Chinois payèrent encore une indemnité de 21.000.000 de piastres. — En 1843, Ki-ing, commissaire impérial, charge de la ratification du traité de Nan-king avec sir Henry, solda enfin en décembre 6.000.000 de piastres pour l'opium détenu jadis par le vice-roi Lin.

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