A ANNA-MARIE
Sais-tu bien, Anna-Marie, Sais-tu, brunette chérie,
Qu’ autour de toi l’on s’écrie :
Oh ! la gracieuse enfant !
Mais si tu veux être heureuse, La louange est dangereuse, N’en sois pas trop amoureuse, Ne prends pas d’air triomphant
Ne recherche pas la gloire ; Et sous ta cape de moire Cache cette boucle noire, Soyeuse comme un satin ; Sous les frais plis de ta mante Cache cette main charmante, Et ta taille ravissante,
Et ton petit pied mutin !
Cache, cache, ma gentille,
Sous ta légère mantille,
Ta prunelle qui pétille,
Ton beau grand œil tout rêveur Sous ta lèvre demi-close Cache ton baiser de rose,
Afin que personne n’ose En deviner la saveur !
Tu ne dois, douce mésange, Même effleurer notre fange ; Garde tout pour ton bon ange, Ton bon ange qui, le soir, Ouvre l’alcôve fermée,
Et, comme une blonde aimée, Sur ta couche parfumée, Penche son front pour te voir !
Anna, tu dois me comprendre :
Cet ange à la voix si tendre Que l’on sourit à l’entendre,
Et qu’on rêve en l’écoutant,
— O touchante idolâtrie ! — C’est ta mère, ma chérie !
C’est ta mère, Anna-Marie !
Ta mère qui t’aime tant !