CHEZ LES LIBÉRAUX
Boston, 26 Janvier, 1856.
C'EST aujourd'hui que je puis me reprocher ou me vanter d'avoir siégé dans l'assemblée de ceux que les orthodoxes appellent les infidèles. Je suis allé entendre Théodore Parker à Music Hall, Théodore Parker que certains unitaires même évitent et réprouvent. Je me suis trouvé là particulièrement à l'aise; pas une idée, pas un mot qui m'ait heurté; tout au contraire. C'est bien là l'atmosphère où se meut maintenant ma pensée. Mr. Parker est, à mon sens, le seul prédicateur vraiment logique. Les autres, je dis les libéraux, semblent reculer devant les conséquences des principes qu'ils ont posés ; voilà enfin un protestant dans toute la vérité du terme.
A la suite du service, je fus présenté à Mr. Parker, qui, connaissant déjà quelque chose de mon histoire, m'accueillit avec une bienveillance marquée. Je le vis maintes fois depuis. Il m'a donné de nombreuses preuves d'intérêt. Quelques jours seulement avant sa mort il m'envoya de
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Florence un témoignage touchant de son souvenir.
Quelques dimanches plus tard, j'eus le plaisir d'entendre à Music Hall un laïque, mais un laïque éminent, Wendell Phillips, prêchant à la place de Théodore Parker. J'aime cela. Pourquoi un laïque instruit, amant de la vérité, ne serait-il pas admis à parler religion aussi bien qu'un ministre? A certains égards il a plus que ce dernier qualité pour cela, en ce sens qu'il peut le faire d'une façon plus désintéressée. Un homme qui, comme le ministre, pour conserver la position et la considération dont il jouit, est obligé de parler sur certains sujets d'une certaine façon, ne peut inspirer, si sincère qu'il soit, qu'une confiance relative. Toutes ses études, toutes ses méditations sont plus ou moins conformes aux vues qu'il s'est engagé à prêcher.