EXTRAITS DE MES ÉPHÉMÉRIDES
Je suis effrayé de toutes les questions qui se présentent devant moi ! Les hommes ont tellement abusé de la religion, ils se sont tellement évertués à représenter comme divines leurs propres conceptions que, dans tout ce qui m'est donné comme venant de Dieu, je tremble de ne rencontrer qu'invention toute humaine. Toutefois comme la vérité
i3° Le Pèlerinage d'une Ame.
est tout ce que je cherche et dois chercher, je ne m'arrêterai pas au milieu ce la route. Que le Seigneur m'éclaire et me dirige ! Je ne veux adorer que lui seul, selon son ordre exprès : " Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et le serviras lui seul." Aujourd'hui une question seulement:
Où est la vérité relativement au Christ? Si, comme on le prêche ici, il n'est point Dieu. le protestantisme dit orthodoxe n'est-il pas idoiatrique autant que le romanisme ! L'argument que le premier produit avec tant d'assurance contre le culte eucharistique, ne se retourne-t-il pas tout entier contre le fondement de son propre culte, l'adoration du fils de Marie ? Y a-t-il plus d'inconséquence à croire à un homme fait pain qu'à un Dieu fait homme ?
Je m'aperçois qu'en me déromanisant je ne fais que me catholiciser davantage. Plus je m'éloigne
de Rome, plus l'espace dans lequel je m'avance devient vaste, plus mon horizon s'étend, plus mes principes élargissent, plus mon cceur se dilate, et plus par conséquent je deviens réellement catholique et dans mes pensées et dans mes sentiments. Il n'y a rien de plus anti-catholique que l'église qui prétend s'approprier ce beau nom, et plus elle dogmatise plus elle devient exclusive, plus elle se décatholicise.
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Autrefois les chrétiens se contentaient de dire, "je crois à l'église catholique." Au concile de Nicée, le premier des conciles dogmatisants, celui où l'église a agi pour la première fois comme souveraine et infaillible, la formule primitive a été développée de cette sorte : "Je crois à l'église une, sainte, catholique et apostolique." Pourquoi n'a-t-elle pas ajouté alors le mot "romaine," essentiel aujourd'hui ?
Rien dans l'Evangile ne me plait plus que l'histoire de la Samaritaine. C'est la condamnation formelle de tous les sectaires. A qui s'adresse Jésus pour révéler les mystères de la religion ? A une pauvre femme qui a vécu jusque là dans le péché! A qui encore? A une Samaritaine, à une excommuniée. Lui demande-t-il du moins de quitter ses opinions et de rentrer dans la synagogue? Rien de sembable, il n'est pas question de doctrine, d'église particulière. Qu'importe Jérusalem, qu'importe Garitzin ! Qu'importent le temple et les cérémonies du temple ! Dieu est esprit, et il veut être adoré en esprit, n'importe où. Le Christ ou plutôt la vérité n'est point ici ou là, elle est partout où souffle l'esprit de Dieu. "Le royaume de Dieu est au dedans de vous."
Un homme libre est une belle chose en vérité,
mais un homme à la fois libre et sincèrement religieux, c'est un homme parfait. Or de même que dans tout bloc de marble il y a un chefd'œuvre de statuaire, de même dans tout être humain il y a un chef-d'œuvre d'humanité. Et réaliser ce chef-d'œuvre est la tâche que chacun de nous a à remplir sur cette terre.
8 Juin, 1856.
Voilà enfin un sermon vraiment chrétien, parfait quant au fond, parfait même quant à la forme. Il est du Rev. Dr. Huntington, professeur de philosophie, chaplain de l'Université d'Harvard (Cambridge). Il avait pour sujet l'état actuel de l'union Américaine. Je doute avoir jamais entendu mieux exposer l'action de la Providence dans le gouvernement du monde moral. Nombre de phrases exprimaient des idées à retenir et on sentait en elles toutes le langage du cœur et de la conviction. Le Dr. Huntington n'a pas une position bien tranchée parmi les sectaires. Officiellement, il est unitaire, mais les orthodoxes prétendent qu'il partage leur manière de voir. J'aimerais à penser que cet excellent homme, éloquent orateur, n'appartient à aucune secte, mais qu'il est et veut être simplement chrétien.
Plus tard le Révérend Docteur se joignit à l'église épiscopale, gardant toutefois son esprit
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libéral. C'est aujourd'hui l'un des évêques les plus considérés de cette église !
26 Juin, 1856.
Tout est accompli !
J'ai payé à Miss Fannie Neail, dans la mesure du possible, la dette de ma reconnaissance, Dieu aujourd'hui a uni pour jamais nos deux destinées. Qu'il soit béni ! et que toute notre vie consacrée au bien soit un hymne à sa gloire.
" Pense par toi-même." Jamais Descartes ne s'est montré plus sage que quand il a écrit cette grande parole. Et celui-là seul mérite la qualification de sage qui agit d'après ce principe. u Pense par toi-même," c'est le commencement de la sagesse. Ne rien admettre comme doctrine vraie, avant d'avoir jugé, autrement on s'expose à de funestes erreurs. " Toute la terre est dans la désolation parce qu'il n'y a personne qui réfléchisse." C'est la même idée. Il est vrai qu'il est plus commode d'accepter, sans y regarder, une religion toute faite. Cela va aux esprits paresseux, et ils sont en si grand nombre quant à ces matières ! Cependant il n'appartient qu'aux enfants d'avaler indistinctement tout ce qu'on leur met à la bouche. Parvenus à l'adolescence, ils discernent d'eux-mêmes ce qui leur convient ou leur est nuisible. Pourquoi n'en
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serait-il pas de même quand il s'agit des choses de l'esprit? L'âme doit-elle donc demeurer purement passive, se prêter à toutes les impressions qu'il plaira à tel ou tel de lui faire subir ! Si j'ai l'esprit de discernement, n'est-ce pas pour que je discerne ? Ne dois-je donc remuer qu'autant qu'on me remue !
4 Juillet, 1856.