‹ Pélerinage d'une âme;Chapitre 15 sur 35 · E PLURIBUS UNUM · texte numérisé non relu

E PLURIBUS UNUM

La devise nationale de ce pays est la devise même de l'humanité. La civilisation dans toutes ses branches va du complexe au simple.

Les langues n'ont été d'abord qu'une multiplicité d'idiomes divers, tous plus ou moins grossiers, qu'un idiome plus parfait a fini par absorber.

Les nations ont commencé par tribus, par peuplades, par provinces, qui, n'étant presque rien à l'origine, ont crû chaque jour en importance.

Quelle variété infinie de costumes d'abord ! Autant que d'individus, que de familles, que de groupes, jusqu'à ce que tous les hommes en soient venus, ainsi que toutes les femmes, à s'habiller de même.

Quelque chose de semblable se manifeste dans les mesures, dans les monnaies, dans les moyens de transport. Aujourd'hui le système décimal prévaut partout; un système postal uniforme est adopté

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presque par tous les peuples. De pareils systèmes de voies ferrées unissent tous les pays.

Ce même fait se remarque également dans la famille humaine. Dans le commencement, il y avait presque autant de races que de familles ; plus ces races se sont fusionnées, plus la race elle-même s'est formée. Le lien principal et final de cette fusion, c'est le pays où nous sommes, l'Amérique du Nord. Ici plus d'Anglais, plus d'Allemands, plus de Français, plus d'Espagnols, plus d'Italiens, tout cela devient l'Américain du Xord, et l'Américain du Nord ce sera l'homme.

Xe doit-on pas en dire autant de la religion ! Chaque pays d'abord a eu la sienne. Chaque foyer même a eu ses dieux familiers. Aujourd'hui quatre ou cinq grandes religions se partagent les âmes. Mais déjà sous le souffle du Christ, il se fait d'elles toutes une sorte de fusion. On peut leur appliquer ainsi qu'aux diverses nations chrétiennes ce critérium de la vérité : elles sont vraies par ce qui les unit, fausses par ce qui les sépare. "Ce qui divise," a dit Bossuet, "n'est pas la vérité." Toutes les églises chrétiennes et toutes les grandes religions autres que le Christianisme, Judaïsme, Mahométisme, Boudhisme ont un fonds commun, et ce fonds commun représenté particulièrement par le christianisme sera la religion de l'avenir, la religion non plus de tel peuple, de tel pays, de telle

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race, de telle langue, mais la religion de toutes les races, reconnaissant Jésus-Christ comme sauveur, comme maître et comme parfait modèle. Ce progrès s'opère en vertu du même principe. " E pluribus unum."

14 Septembre.

Si j'avais conservé les préjugés de ma jeunesse, si j'étais resté dans la voie tracée par mon éducation, je prêcherais aujourd'hui un sermon plein d'âme et de sensibilité en présence de mes amis d'autrefois et de toute ma famille, à l'occasion de la première messe de mon frère ordonné prêtre hier. C'est ce que je fis, il y a six ans, pour mon cousin, l'abbé Theuret, aujourd'hui évêque de Monaco, qui me doit en grande partie sa position comme prêtre d'abord, puis comme précepteur du jeune prince de Monaco, et qui, s'il s'en souvient, ne s'en souvient guère. Tous, aujourd'hui comme alors, réunis en famille, nous nous sentirions particulièrement heureux et bénis. Au lieu de cela, mes chers parents gémissent de mon absence, et moi je souffre de leur peine et plus encore de mon impuissance à les consoler. Ils me croient impie parce qu'en religion je n'agis pas conformément à leurs vues, et c'est pour ne l'être pas que je suis une conduite si peu intelligible pour eux. " Mon Dieu, fais-le leur comprendre et sois béni mille fois

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pour m' avoir inspiré le courage de tout sacrifier à la vérité, et pour les joies et les compensations dont je surabonde dans mon sacrifice."

17 Septembre, 1856.

Quel beau jour pour Boston ! On inaugurait la statue de Franklin en face de l'hôtel de ville. La magnifique procession qui a eu lieu à cette occasion est une des manifestations les plus significatives que j'aie vues jamais. Comme tous ces hommes de toutes les classes avaient bien l'allure d'hommes libres ! Comme ces honneurs rendus à l'industrie sous toutes ses formes, à l'instruction dans tous ses degrés, témoignaient éloquemment que la source de la puissance et des espérances de la nation se trouve par dessus tout dans le développement des forces humaines, le travail et l'étude.

J'avais déployé au balcon de ma demeure un drapeau français avec cette devise : " La France applaudit !" Les jeunes gens de l'université de Cambridge voyant cela se sont arrêtés et ont crié trois hurrahs à la gloire de notre drapeau national !

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