‹ Pélerinage d'une âme;Chapitre 4 sur 35 · LES JÉSUITES · texte numérisé non relu

LES JÉSUITES

POUR rendre justice aux Jésuites et pour qu'ils soient mieux connus de leurs adversaires, je crois devoir déclarer franchement ici ce que je sais et ce que je pense de cette remarquable société et du caractère de ses membres :

Elle doit indirectement son origine à Luther !

Vers le milieu du seizième siècle, alors que la réforme paraissait devoir envahir toute la chrétienté et pénétrer jusqu'à Rome, que ceux qui étaient restés fidèles à la domination papale poussaient partout ce cri de détresse : " qui donc nous sauvera ! Qui donc arrêtera ce torrent dévastateur? " Un Espapnol, Ignace de Loyola, homme d'un zèle ardent et d'un rare génie, n'hésita pas à répondre: "Moi, oui, moi, j'arrêterai le torrent, je sauverai l'Eglise. " Comprenant toute la gravité de la crise, toute l'étendue du danger, il s'appliqua de son mieux à organizer une force capable de défendre la papauté contre ses ennemis et d'assurer sa continuité, et le fruit de son habileté et de ses efforts, ce fut la Compagnie de Jésus, reconnue

io Le Pèlerinage d'une Ame.

aujourd'hui comme la corporation la plus puissante dans le monde religieux. Ce qu'elle a accompli jusqu'à présent est affaire d'histoire, ce qu'elle accomplira dans l'avenir est matière à conjecture. Quelque mots seulement de ses moyens d'action et du caractère des hommes qui la composent.

Us ne peuvent être des hommes ordinaires. Ils doivent pouvoir donner des preuves de supériorité dans un genre ou dans un autre.

Quand un postulant a été admis comme tel, les supérieurs, agissant d'après ce principe qu'en tout homme il y a une faculté dominante, s'appliquent à découvrir cette faculté, et l'ayant découverte, ils lui fournissent les moyens d'un plein développement. Si le novice fait preuve d'un aptitude particulière pour l'enseignement, on en fera un professeur vraiment distingué ; s'il s'annonce comme un homme puissant en paroles, on développera le mieux possible son talent oratoire.

Ce dernier point demande quelque détails.

Toute novice est appelé à composer un sermon par lequel on puisse juger de ce dont il sera capable comme prédicateur. On lui donne pour la composition de ce sermon toutes les facultés désirables ; il choisit lui-même son sujet; la bibliothèque est à sa disposition ; il a tout le temps qu'il peut souhaiter. Son travail terminé, il en prévient le maître des novices, et au jour fixé par celui-ci, le

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jeune prédicateur se fait entendre à tous les pères et à tous les frères rassemblés, et chacun de ceuxci doit dire en toute conscience ce qu'il pense du discours et du discoureur.

Ce n'est pas tout. Plus tard le supérieur désigne lui-même au futur orateur un sujet à traiter. Cette fois, le travail devra être achevé en une semaine, et, à la fin des huit jours, la nouvelle composition oratoire sera entendue et jugée comme la précédente.

Ce n'est pas tout encore. Non seulement le sujet, mais aussi le texte seront donnés pour un nouvel essai qui. devra être entendu et apprécié deux jours plus tard. Et enfin viendra la dernière épreuve. Un texte sur lequel il faudra parler le mieux possible dans deux heures.

Après ces diverses épreuves on sait à quoi s'en tenir sur les aptitudes oratoires de l'aspirant Jésuite, et on le dirige en conséquence.

Nombreux sont les Jésuites éloquents orateurs. Ici me revient en mémoire un sermon d'une éloquence singulière qu'aucun des novices de mon temps n'a pu oublier et qui est de nature à intéresser le lecteur.

Lors de la suppression de l'ordre par le pape Clément XIV, en 1774, les Jésuites se voyant repoussés des pays catholiques se réfugièrent pour la plupart en Russie où l'impératrice Catherine II voulut bien leur donner asyle, et ils prirent alors le

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nom de Pères de la foi. Quand Tordre fut restauré, les Pères de la foi français revinrent dans leur pays natal. A l'époque de mon noviciat il n'en restait plus que trois, et l'un d'eux, le père Gloriot, de Besançon, qui s'était fait autrefois une réputation peu commune comme prédicateur, demeurait dans la résidence d'Avignon. Accablé sous le poids des années, ne pouvant plus remplir aucun office, il était là comme une précieuse relique du passé, environné du respect de chacun. Cependant arrive le soixante-dixième anniversaire de son entrée dans la compagnie. Les supérieurs croient devoir le célébrer avec une certaine solennité, et ils persuadent au noble vieillard d'adresser à la communauté dans cet heureux jour un discours de circonstance. A l'heure convenue, pères et novices sont réunis dans la salle des conférences, heureux de pouvoir entendre une fois cette parole jadis si puissante. Le vénéré père parait, conduit par le supérieur ; il prend place sur une chaise, au milieu de l'estrade, se recueille un moment, puis, d'une voix tremblante il prononce ces paroles : " Miseremini meiy miseremini mei, s altem vos, amici mei, quia manus Domini tetigit me" "Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous au moins mes amis, parce que la main du Seigneur s'est appesantie sur moi." Ce texte semble étrangement choisi pour une telle fête. Il n'eut pu être mieux adapté. A peine prononcées,

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ces paroles reçoivent la plus saisissante application ; la tête du vieillard s'incline sur sa potrine, ses yeux se ferment, il s'endort. Quel sermon eut pu produire une impression pareille à celle produite par ce silence et ce sommeil ! Aucun des religieux présents ne l'a oublié depuis. Pour moi, il y a de cela 58 ans, et ce que j'éprouvai alors je le ressens encore !

Revenons à notre sujet :

Ce n'est pas assez que le futur Jésuite s'annonce comme un homme supérieur, soit dans un genre, soit dans un autre. Sa conduite doit être à l'abri de tout reproche, et à cet effet a lieu, une fois chaque semaine, un exercice appelé ' 'exercice de modestie." Les novices étant tous rassemblés dans la salle des réunions, le maître parait, fait une courte prière, puis appelle à sa discrétion un des jeunes candidats. Celui-ci quitte sa place, s'avance en silence au milieu de la salle et tombe à genoux, et alors tous ses frères doivent, chacun à son tour, dire en toute sincérité ce qui dans sa conduite leur parait demander correction ou perfectionnement. Et quand chacun a rempli ce devoir, le maître des novices résume toutes les remarques qui ont été faites, y ajoute les siennes propres et indique de façon précise ce qui devra être corrigé ou amendé avant une nouvelle réunion de même sorte. Chaque novice est à son tour soumis à pareille discipline !

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A cet exercise s'en ajoute un autre ce nature moins sérieuse et qu'on appelle " l'exercice ce

bonne tenue." Son objet est ce donner aux manières du jeune homme une certaine politesse une

certaine dignité. En présence de ses frères, il doit marcher, se lever, se mettre et se tenir a ta': saiuer un supérieur ou un ami, etc., et tous ses

gestes, tous ses mouvements sont soumis à une

franche critique de ses frères afin que, connaissant ses défauts dans sa manière d'être, ce parier et d'agir, il puisse s'appliquer à s'en corriger. Et voiia ce qui donne au Jésuite dans les rapf Drts sociaux cet air d'homme bien élevé qui est une de leur marque distinctive.

Ces deux exemples montrent l'importance attachée aux détails dans la discipline de la société, et l'objet distinctif ce tout cela, c'est ce faire du Jésuite un instrument parfait, entièrement a la disposition des supérieurs,

A cet effet, on attend et on exige ce lui une obéissance aveugle et complète. L'obéissance est pour lui la vertu suprême. II n'y a pas place dans s en code de morale pour les préférences perscnelles. La règle à laquelle il est soumis est conçue dans les termes les plus explicites : "Oceâientia vestra sic ex ommi parte perfecta ; tum in inielleeiu, îum in achi, tum in voltintate" Que votre obéissance soit parfaite ce tout point dans l'entendement d'abord,

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étant intérieurement persuadé que la chose qu'on vous commande est la meilleure que vous puissiez faire ; dans l'action ensuite, faisant exactement ce qui est prescrit, ni plus ni moins ; dans la volonté enfin, le faisant, non parce qu'il le faut, mais de tout cœur.

Cette vertu de l'obéissance est cultivée chez les novices par tous les moyens possibles. Toute relation qui pourrait faire obstacle à son développement est interdite par la règle. Pour eux point d'amitiés particulières, ils doivent toujours être trois ensemble. Il en est ainsi dans les récréations ; il en est de même dans chaque chambre. Le novice qui, pour une raison quelconque, a à quitter la chambre commune, doit obtenir la permission de celui qui est actuellement l'ancien de sa chambre (ce peut être le plus jeune des trois), et lui dire pourquoi il désire sortir. Si c'est pour affaire dans une autre chambre, il doit également dire à l'ancien de celle-ci de quoi il s'agit et obtenir de lui la permission de faire ce dont il est question.

La promptitude est représentée au novice comme caractère essentiel d'une véritable obéissance. Pour lui, la cloche qui l'appelle à n'importe quel exercice est la voix même de Dieu. Son devoir est de quitter à l'instant même l'occupation d'alors, si attachante qu'elle puisse être. Sa parfaite obéissance n'admet pas le moindre délai, même dans les plus

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petites choses, comme achever une phrase commencée.

Il va sans dire que l'objet premier de la discipline est le perfectionnment spirituel du futur Jésuite. A cette fin il donne chaque matin à la méditation une heure entière, précédée d'un quart d'heure de préparation et suivie d'un quart d'heure de revue. En outre, il a à faire pendant son noviciat ce qu'on appelle la grande retraite, une retraite de trente et un jours pendant lesquels il est laissé complètement à lui même, ne pouvant avoir de communication qu'avec son directeur spirituel. Durant tous le cours de cette retraite il a chaque jour cinq méditations d'une heure chacune, dont une au milieu de la nuit ; lesquelles avec les préparations et les revues occupent sept heures et demie sur vingt-quatre. Qu'il me soit permis de dire ici pour ceux qui verraient en cela chose peu sérieuse, qu'on finit par entrer si profondément dans ces graves occupations de l'esprit, que, revoyant les notes écrites par moi après chacune de ces méditations et constatant le temps que les distractions avaient pris, je trouve en plusieurs occasions cette remarque : " Mes distractions pendant cette heure de méditation auraient pris à peu près le temps requis pour la récitation de l'Oraison dominicale."

C'est ainsi qu'on fait du Jésuite un homme su-

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périeur, aux façons distinguées, voué à l'obéissance, et d'une profonde spiritualité ! Quand le supérieur a à sa disposition un instrument aussi parfait, comment le fait-il servir au grand objet de l'institution,

Les deux principaux moyens employés par les Jésuites pour obtenir et exercer sur les âmes une influence décisive sont l'éducation et la direction.

Les chefs de la réforme pour accomplir leur œuvre, s'appliquèrent particulièrement à répandre l'instruction parmi le peuple. Les Jésuites, pour entraver cette œuvre, conçurent l'idée d'opposer non autel contre autel, mais école contre école. Et cela, non en vérité dans l'intérêt de la science et par amour pour l'instruction, mais comme moyen indiqué et requis par les nécessités du temps pour sauver et étendre, si possible, la puissance de l'église romaine. Dans ce but, rien n'est épargné. Le professeur Jésuite ne se contente pas d'instruire ses élèves, il s'applique par dessus tout à gagner leur affection et leur respect. Ceci se practique tout particulièrement à l'égard des élèves protestants dont l'éducation leur est confiée; et ils réussissent si bien en cela, que ceux de leurs élèves qui ne deviennent pas Jésuites eux-mêmes ou fervents catholiques demeurent presque sans exception les amis dévoués de leurs anciens maîtres.

Et l'on peut en dire autant des dames du Sacré- Cœur, dont les établissements d'éducation pour

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jeunes personnes corresp muent à ceux ies Jésuites, qui d'ailleurs s:::: toujours leur directeurs.

Ajoutons que les collèges les Jésuites et les écoles

du Sacré-Cœur se::: destinées non aux enfants ces pauvres, mais à ceux de parents influents et qui sont destinés à occuper un rang eieve dans la s:ciete ! Contrôler :e::e s : :ie:e dans ce :u elle à de plus distingué, cultiver et dominer les eserirs de ceux qui, selon toute apparence, exerceront plus tard une vaste influence par leur position et leur caractère personnel, tel es: le but de leùu:ut:on donnée par les Jésuites !

Il es: pour eux un autre me yen d'influence plus efficace encore : c'est la direction spirituelle. Dans les conditions ordinaires, le nu rie. eue sa conscience accuse, vu se confesser a un prêtre, :ui. avec :u sans quelques mots d'avis, lui donne ou lui refuse l'absolution, e: tout es: dit, les relations entre ie confesseur et le pénitent s'arrêtent la. Il n en 'ru nus ainsi avec le père Jésuite. Avec lui la ûirection remplace la confession. Les révérends pères sont parvenus a inculquer cette idée aux uieux romanistes ; de même que la oartle du pane en matière de dogme doit erre acceptée comme souveraine: ce mente en matière de conduite .a parole du directeur doit être reconnue comme règle suprême. Le pieux fidèle ne marche d'un uas sûr dans la droite voie qu'autant qu'il suit l'avis ce s en directeur, Il

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suit de là que quiconque s'est placé sous la direction d'un Jésuite, et, c'est la cas de presque tous les catholiques de distinction, s'est engagé par là à remplir la tâche, à jouer le rôle qui lui est assigné par le représentant d'une société dont le grand et premier object est l'exaltation de la papauté. On peut voir par là où mène cette obéissanee qui est la vertu capitale pour le Jésuite. Le supérieur général a un pouvoir absolu sur tous les provinciaux de l'ordre. Les provinciaux ont un pouvoir absolu sur les supérieurs des divers établissements de leurs provinces, collèges ou résidences ; ces supérieurs un pouvoir semblable sur les pères et les frères qui leurs sont subordonnés ; les pères, directeurs, quels qu'ils soient, un pouvoir analogue sur les fidèles qui suivent leur direction. Et comme les fervents romanistes de cette dernière catégorie se trouvent à la tête de certaines sociétés apparemment indépendantes, la société de Saint Vincent de Paule par exemple, la même influence atteint par eux jusqu'à la dernière catégorie des catholiques romains.

Et c'est ainsi que les Jésuites parviennent à accomplir leur quatrième vœu. Car il importe pour pouvoir apprécier cette institution de savoir et de bien comprendre ceci :

Tandis que les autres religieux ne connaissent et ne prononcent que trois vœux, les vœux de pau-

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vreté, de chasteté et d'obéissance, les Jésuites en font un quatrième auquel les trois autres sont subordonnés et qui révèle tout l'objet, toute l'importance de cette société. Ce vœu, c'est pour chacun de ses membres, d'employer, sous l'autorité des supérieurs ou directeurs, tous ses talents, tous ses moyens à la défense et à l'exaltation de la papauté. Et voilà pourquoi les Jésuites sont les privilégiés de Rome, obtiennent du pontife romain des privilèges, des pouvoirs que ne possède aucune autre classe de prêtres ou de religieux. Il sont complètement indépendants des évêques, ils ne reconnaissent que le pape comme autorité. Et voilà pourquoi aussi, disons-le, tandis qu'ils sont pour les autres ordres religieux l'objet d'une jalousie peu déguisée, les chrétiens indépendants, les esprits libéraux les tiennent en suspicion. Si estimables qu'ils puissent être individuellement, ils sont voués tout entiers au service d'une cause, qui n'est celle ni de la vérité, ni de la liberté, ni du progrès, ni de l'humanité dans ses hautes destinées. Pour s'en convaincre il n'y a qu'à ouvrir les yeux et à regarder. Comparons les peuples soumis à Rome avec ceux qui sont émancipés de son joug. Les premiers ne sont-ils pas ignorants, dégradés, arriérés, asservis dans la mesure où ils subissent cette fatale influence ? N'est-ce pas chez les autres que fleurissent la liberté, la prospérité, la moralité, l'instruction, le

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progrès ! Les bons pères ne semblent pas voir cela ; quand j'étais chez eux ou avec eux je ne le voyais pas non plus.

Je suis resté plus d'une année dans leur maison de probation, de Janvier 1842 à mars 1843 ; j'ai fait un noviciat complet, passant par toutes les épreuves auxquelles sont soumis les aspirants à cet orçlre fameux. J'en garde de précieux souvenirs. C'est là que j'ai acquis le meilleur de mon expérience religieuse. Et les notes de mes méditations quotidiennes, toujours en ma possession, sont des témoignages non équivoques de foi, de piété et de zèle.

Les pères de la résidence étaient au nombre de huit, les novices au nombre de trente. Jamais je n'ai rencontré en pareil nombre d'êtres humains autant de talent uni à autant de vertu. La soif des âmes semblait dévorer les jeunes aspirants à l'apostolat.

Un jour le supérieur apprend que quatre missionnaires de la compagnie viennent de mourir au Maduré de la mort des martyrs. Il rassemble les novices, et avec une émotion profonde il leur announce la triste mais glorieuse nouvelle. Puis, après un moment de silence, il continue : " Mais, mes frères, ce n'est pas tout Ces héros de la foi, il faut les remplacer. Qui de vous est prêt à partir immédiatement pour évangéliser ce même peuple

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qui vient de mettre à mort nos missionnaires ! ' A cette question tous répondent en se levant comme un seul homme ! Quatre furent choisis et vingt-quatre heures plus tard ils partaient pour la terre des martyrs.

Si sincère que fut mon admiration pour les membres de cette société, quand vint le moment de m* attacher à elle pour jamais, je crus devoir ne point faire le pas décisif, et cela pour deux raisons: d'abord, d'après les règles de l'ordre tout novice qui a prononcé ses vœux, n'étant point encore prêtre, ne peut être ordonné avant l'âge de trente ans. J'aurais donc eu à attendre six années dans l'étude ou dans l'enseignement avant d'être élevé à la dignité sacerdotale, et j'aspirais à prêcher et à me donner aux œuvres du zèle. Ensuite, ma famille avait fait pour mon éducation tous les sacrifices possibles. La reconnaissance et la justice me semblaient exiger que je pourvusse à ce que mes quatre frères et mes trois sœurs eussent en cette grave matière d'éducation des avantages semblables à ceux dont j'avais été favorisé. En conséquence, je résolus de chercher quelque position lucrative, qui me permit, tout en exerçant mes fonctions ecclésiastiques, de remplir aussi mes obligations envers ma famille. Les supérieurs de la société comprenant la situation entrèrent dans mes vues, et il fut convenu que je me rendrais à Paris, que j'y resterais

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sous leur direction spirituelle et m'y préparerais à recevoir les saints ordres, tout en occupant un emploi qui me rapportât les ressources nécessaires pour le double objet sus-mentionné.

Au moment de le quitter, le maître des novices me remit un certificat que je possède encore et dont voici la copie :

"Je certifie que l'abbé Miel, du diocèse de Besançon, a passé plus d'une année dans notre maison de probation à Avignon, pour y étudier sa vocation à la vie religieuse, et que, pendant tout ce temps, il a été un modèle de bonne conduite et de piété. Je certifie en outre que s'il nous quitte, c'est de son plein gré qu'il le fait, et nullement parce que les supérieurs n'auraient plus voulu l'avoir avec eux.

" Donné à Avignon, le 1er Mars, 1843.

" De Jocas,

Recteur du Noviciat ' '

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