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PÈLERINAGE AU TOMBEAU DE SAINT BENOIT

Le chemin de fer arrête à San Germano, tout au pied du Mont-Cassin. Il ect trop tard, et nous sommes -trop fatigués pour gravir à pieds les cinq kilomètres et demi de la montée assez raide qui conduit au monastère. Il reste juste assez de crépuscule pour nous permettre de jeter un coup d'œil sur les ruines de la jadis fameuse cité appelée par Strabon, à raison de sa distance, “ la dernière des cités latines,” latinarum ultima.

Elle remonte à l'antiquité la plus reculée, puisque les Sabins et les Etrusques, qui la possédèrent successi-

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vement, l'avaient nommée Cusca, d’un mot qui, paraitil, signifie ancienne. Les Romains la prirent aux Samnites, l’an 341 avant Jésus-Christ, et lui donnèrent le nom de Casinum. Casinum occupait un site enchanteur, le long de la voie latine, qu'on retrouve ;; Pompéi, et dont on voit encore ici de larges pierres sillonnées par la roue des chariots romains. La ville était adossée à des collines couvertes d’oliviers, dont Macrobe a vanté l’huile succulente. Les plus opulents citoyens de Rome s’y étaient construit des villas : on y voit encore les ruines de celle que Varron s'était ménagée sur le Vinius, à l'endroit appelé aujourd’hui Monticelli, et dont il nous a laissé dans ses écrits une description détaillée: Mais le monument le pres célèbre de la vieille cité, et qui atteste le mieux sa grandeur passée, est l’amphithéâtre ou Colisée, qu’une matrone romaine, Ummidia Quadratilla, fit ériger à ses frais pour le divertissement du peuple de Casinum. Une arène, des combats, du sang, voilà le legs touchant d’une dame romaine aux pauvres de son quartier, voilà le suprême effort de la charité païenne.

Cet amphithéâtre, moins vaste que ceux de Rome, de Vérone et de Pompéi, n’en a pas moins 792 pieds de circonférence : les murs en sont ornés d’une espèce de mosaïque, et l’on voit encore quelques restes des conduits par lesquels l’eau du Vinius venait inonder l'arène pour les combats navals. Quel magnifique asile madame Ummidia Quadratilla aurait pu faire bâtir avec son argent pour abriter et soulager les malheureux ! Mais c'était plus amusant de les voir mourir sous la dent des bêtes féroces, et le peuple voulait avoir seule-

ment du pain, avec des jeux sanglants comme dessert ; panem et cireenses !

Mais bientôt la scène va changer. A la loi de l’homicide va succéder la douceur du joug évangélique. Saint Pierre lui-même, si l’on en croit la tradition, viendra faire des prosélytes parmi ces patriciens en villégiature et les légions d'esclaves qui n'existent que pour leur plaisir. Il recueillera ainsi les prémices de cette Eglise de Rome dont il est la pierre fondamentale, et qui doit un jour se proclamer bienheureuse d’avoir été “ empourprée de son sang.” 11 amènera avec lui de Galilée l'évangéliste saint Marc, qu'ii établira évêque à Atina, à quelques pas de la superbe Casinum, pour la surveiller avec une sainte jalousie, et y affermir le domaine du Divin Maître. Puis, au 5e siècle, les barbares sous Genséric détruiront de fond en comble la cité des Romains, et saint Benoit, devant y continuer l’œuvre du chef des apôtres, trouvera à son arrivée, en 529, une

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