PORTE
terre pour réclamer de Dieu l'extirpation de l'erreur. Quand il se releva, la forme de ses genoux était profondément empreinte dans le rocher. Sa prière avait été entendue, le miracle en faisait foi. Les profanes demeures des prêtresses de Vénus se changèrent en cellules qui retentirent des louanges de Dieu.
De la terrasse où s'élève la quatrième croix, l’on jouit d'un coup d'œil saisissant de l’extérieur de l’abbaye, avec sa rangée imposante de hautes murailles. Puis on salue en passant la dernière chapelle, dédiée à sainte Agathe contre les tremblements de terre, on traverse une avenue d’acacias, et l’on arrive bientôt à la porte du monastère.
A peine l’a-t-on franchie qu’on se trouve sous une voûte basse et obscuie, où l’on est d’abord tenté d’éprouver un sentiment de désenchantement. Mais cela ne dure pas; car voici d'abord la tourelle habitée par saint Benoit. Elle remonte aux temps romains, et elle est pleine de souvenirs du saint Patriarche, comme nous le verrons ensuite. D'ailleurs, lisez-en l'inscription latine, et reprenez votre sang-froid, car vous n’entrez pas en prison. L'inscription nous dit: Ne sois pas étonné, étranger, de voir cette voûte grossière, basse et étroite. La sainteté de notre illustre Père l'a rendue auguste. Avance donc et sois le bienvenu. Autour de l'arc d’un oratoire où se trouve une statue de saint Benoit d’une majestueuse sévérité, on lit quatre vers latins qui rappellent quatre grands miracles du saint, accomplis en cet endroit : la résurrection d’un enfant ; l'empreinte du coude de saint Benoit sur le rocher ; la chûte sans rup-
ture d’un vase plein d'huile pour confondre l’avarice de son cellerier, et la trouvaille providentielle de deux cents sacs de farine devant la porte du monastère.
C’est ici que le portier, le Frère Boniface, un allemand, neus accueille et nous conduit à ia basilique pour y célébrer la sainte messe. A peine sommes-nous dans la sacristie, que le jeune Père de la Tille vient nous trouver. Il embrasse cordialement mon compagnon, une vieille connaissance, et un vrai Bénédictin par sa science profonde des lettres et de la linguistique. Cet excellent Père est le neveu d’un cardinal français du même nom, et descendant direct du gouverneur qui garda le Masque de Fer, de mystérieuse mémoire.
Comme le Révérendissime Père Abbé célèbre en ce moment la sainte"messe au maître-autel de la basilique je descends à l’église souterraine pour offrir les saints mystères à l'autel qui est immédiatement sous celui de l'église supérieure. C'est entre ces deux autels que reposent les restes glorieux de saint Benoit et de sainte Scholastique, son angélique sœur. A cinq reprises différentes, on fit l'invention des précieuses reliques, et on en constata l'identité. L'abbé Angelo della Noce, sous qui on fit la dernière invention en 1659, s'écria à cette occasion : C’est maintenant, Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre servileur, puisque mes yeux ont vu le très saint Patriarche Benoît, gloire de l'Italie, désir de la France. C'est ce même abbé qui fit graver sur une cartouche de marbre noir celte touchante épitaphe en latin :
LA
BENOIT ET SCHOLASTIQUE, NÉS SUR LA TERRE D'UN SEUL ENFANTEMENT, UNIS D'UN MÊME AMOUR A DIEU DANS LE CIEL, REPOSENT ICI DANS UN MÊME TOMBEAU,