QUI GARDE POUR L’ÉTERNITÉ LEUR DÉPOUILLE MORTELLE
L’autel de la crypte jouit des mêmes privilèges que l'autel supérieur. C’est ici que l'auteur infortuné de la Jérusalem délivrée, l'illustre Tasse, vint à deux reprises demander à Dieu la paix qu'il ne pouvait obtenir des hommes. Je ne suis guère poëte, hélas! et Dieu me préserve des mélancolies du malheureux chantre de Tancrède ! Mais la paix ! qui ne la désire ? qui ne donnerait tout ce qu'il a afin de l'obtenir pour les siens et pour lui-même? C’est donc la paix des “hommes de bonne volonté ” que j'ai demandée à Dieu par les mérites de ses grands serviteurs Benoit et Scholastique, la paix pour les vivants: dona nobis pacem ; la paix pour les morts / locum refrigerii, Lucis et pacis.
En remontant de la crypte dans la nef supérieure, quelle richesse, quelle magnificence vient s'offrir aux regards ! C’est bien ici la basilique, ou maison royale, et on a réuni pour la demeure du Roi des rois tout ce que la nature et l’art peuvent donner de plus précieux.
A la vue de ce riche sanctuaire, de cet ensemble de colonnes, de marbres, de dorures et de tableaux répandus à profusion, on est tout étonné de trouver tant de merveilles au sommet d’une montagne, La main des peintres et des sculpteurs les plus renommés à dessiné en traits impérissables toutes les grandes lignes de l’his-
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toire bénédictine, tous les miracles du saint Patriarche et de sa lignée spirituelle, toutes les figures les plus illustres de son immortelle famille.
Les vingt Papes de l’ordre bénédictin sont là, plusieurs couronnés de l’auréole de la sainteté. Puis les saints fondateurs des diverses réformes et congrégations bénédictines : saint Romuald, fondateur des Camaldules ; saint Robert, des Cisterciens ; saint Sylvestre, des Silvestrins; le Bienheureux Bernard Tolomei, des Olivetains, saint Guillaume, des Virginiens ; saint Pierre del Morrone (le Pape Célestin V), fondateur des Célestins, et saint Jean Gualbert, de Vallombreuse. — A cette galerie de saints, il faut ajouter les figures des dix Docteurs de l’Ordre de saint Benoit qui ont plus particulièrement célébré les gloires de Marie, et dont les plus renommés sont saint Ildefonse, saint Anselme, saint Pierre Damien et saint Bernard, tous quatre Docteurs de l'Eglise.
Huit belles chapelles, quatre de chaque côté, correspondent aux arches de la nef principale. Les autels, les bases, les colonnes, les pavés et les balustrades sont riches en incrustations et en mosaïques, et les marbres les plus rares y brillent à profusion. — Ces chapelles sont dédiées aux divers saints du Mont-Cassin, car les fils de saint Benoit, sans quitter le monastère, n'avait que l'embarras du choix pour se choisir des patrons au ciel. Mais toutes ces richesses pâlissent devant celles du sanctuaire, avec ses fresques incomparables, ses stalles aux mille dessins plus délicats et plus artistiques les uns que les autres, avec son maître-autel attribué au
Crayon de Michel-Ange, et orné des plus riches décorations, Trois gradins en albâtre surmontés de deux autres, dont le premier est incrusté d'améthystes, et le second, sculpté à jour et revêtu de blanc et noir antique, soutiennent le tombeau de l'autel. Le devant de cet autel était recouvert jadis d’une table d'argent ciselée avec art, mais les Républicains Français en ont fait des écus, de sorte qu’il ne faut plus en parler. La partie postérieure de l’autel, qui fait face au peuple, (car la plupart des maîtres-autels en Italie, étant placés à l'entrée dn sanctuaire, sont visibles dans tout leur pourtour, et le célébrant à ainsi le visage tourné vers les fidèles), est entourée d’une rangée de treize lampes toujours allumées en honneur de saint Benoit et de sainte Scholastique, C'est ici la partie la plus riche de l'autel : on y remarque surtout des mosaïques formées de vert antique, de lapis lazzuli, de mère-de-perle, et de brocatelle d'Espagne. A droite du maître-autel se dresse le mausolée superbe de Pierre de Medicis, fils de Laurent-le-Magnifique, et frère” . de Léon X, qui fuyant l’armée victorieuse de Gonzalve
de Cordoue, se noya à peu de distance du Mont-Cassin dans les eaux du Garigliano.
Pendant que je m’extasie devant tant de merveilles le son d’une clochette attire soudain mon attention. Je me détourne, et je vois Passer près de moi un Père Bénédictin portaut la Sainte Eucharistie depuis l’autel du Saint Sacrement jusqu'au maître-autel, où elle doit rester exposée toute cette journée. Le thuriféraire qui porte l’encensoir fumant, le servant qui tient l’ombrel.
lino, et les deux acolytes avec leurs flambearx brûlants, marchent avec tant de recueille
ment, leur maintien
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est si modeste, leurs jeunes figures si angéliques, qu’on dirait des anges de marbre descendus de leurs niches pour faire escorte au Dieu trois fois Saint, ou bien une des fresques ravissantes de la voûte soudainement animée de vie et de mouvement. Puis, tout-à-coup, la voix tendre et forte à la fois de l’orgue magistral, chef-d'œuvre de Catarinozzi de Subiaco, et une des merveilles de l’Europe, fait entendre ses accents religieux. C'est le signal de l’entrée des Séminaristes, grands et petits, du diocèse du Mont-Cassin, qui se rendent processionnellement au chœur. Revêtus de leurs scutanes, et de leurs cottas ‘ou surplis, les jeunes clercs de plus de douze
ans, qui ont déjà reçu la tonsure, ressemblent à des
prêtres en miniature, et ils en ont déjà la gravité. Derrière eux s'avancent les moines portant la tunique et le scapulaire noirs, et l’habit de chœur aux larges manches de même couleur. C’est le Révérendissime Père Abbé qui ferme la marche. Il est revêtu pontificalement du rochet, de la mosette et il porte la croix pectorale, car il gouverne tout le diocèse du Mont-Cassin qui compte 100,000 âmes, et il a tous les pouvoirs d’un Evêque, moins celui de conférer les ordres sacrés, de faire les saintes huiles et de consacrer les églises. L'abbé actuel, le Révérendissime Monseigneur Dom Nicolas IV d'Or: gemont, deux cent onzième successeur de saint Benoit, descend d’une noble famille française fixée à Naples depuis des siècles.
Autrefois les Abbés du Mont-Cassin jouissaient de privilèges considérables, car les Papes et les Empereurs s'étaient plu à les combler d’honneurs. Charlemagne les fit chanceliers de l’Empire ; les rois de Naples, pre-
miers barons du Royaume, et Urbain V leur donna dans les Conciles la préséance sur tous les autres Abbés.
Monseigneur étant rendu à son trône pontifical, on entonne la grand’messe de ce ton solennel qui caractérise le chant bénédictin. Aujourd'hui, d’ailleurs, on ne célèbre pas une fête ordinaire : on s’acquitte d’un vœu fait vers la fin du siècle dernier, en action de grâces d’une délivrance miraculeuse, Le tonnerre, durant un orage terrible, tomba dix-sept fois sur le monastère sans y faire aucun dégât, et les moines, par reconnaissance, instituèrent à perpétuité cette solennité avec exposition du Très Saint Sacrement.
La sacristie de la Basilique est tellement ornée de fresques, de stucs et de sculptures, sans compter les buffets ciselés et incrustés de marbres rares, qu'elle ferait à elle seule une chapelle somptueuse. Le trésor, outre une parcelle considérable de la vraie croix et d’autres reliques précieuses, contient le poids du pain que la règle bénédictine accorde par jour à chaque religieux. Il pèse un peu plus de deux livres ; c'est le seul objet qui reste de saint Benoit. Je me trompe, il reste encore la tourelle qu’il a habitée, avec les mille souvenirs qu’il y a laissés de sa vie toute céleste.
Rendons-nous avec une crainte religieuse à ce sanctuaire du Patriarche, dont l'exemple et l’intercession ont engendré une famille qui compte 14 siècles d’une existence aussi glorieuse qu'édifiante et utile.
En 1880, à l'occasion du quatorze centième anniversaire de la naissance de saint Benoit, on célébra avec une solennité incomparable le retour plus de mille fois séculaire de cette date mémorable, C’est alors qu'on
restaura les murs vénérables de la tourelle de saint Benoit. Des moines expulsés d'Allemagne par jes lois de Mai, tracèrent en fresques à l'antique, et d’une perfection surprenante, les grandes scènes de la vie de saint Benoit. Sous la bure sévère du religieux, ils cachaient des âmes d'artiste, La princesse royale de Prusse, visitant un jour ces chefs-d’œuvre, s’étonna qu'on eût chassé de son royaume des peintres si habiles, et promit de travailler à leur rapatriement. Inutile de dire que son zèle échoua devant l’entêtement de Bismarck le chancelier de fer.
Quel parfum de sainteté on respire dans ces étroites cellules où le saint fit tant de choses pour la plus grande gloire de Dieu ! Voici la salle où il composa la Règle de son Ordre. Sur l’autel, une statue de saint Benoit, le doigt sur les lèvres, invite au silence, tandis qu'une inscription : Ausculta, 6 fili, praecepta magistri ; Ecoute, 0 mon fils, les préceptes du maître, prêche éloquemment à tous le grand commandement de l’obéissance. Et puis, dans une cellule voisine, la fenêtre étroite d’où il vit l'âme de sa sœur Scholastique pénétrer au ciel sous la forme d’une colombe. C’est ce que rappelle une légende charmante : O belle fenétre de Dieu, toute voisine des lumières d'en haut, d'où l’on peut voir les âmes se diriger vers le cicl.
C'était peu de temps après la dernière entrevue que Benoit avait eue avec sa sœur prédestinée. Cette scène admirable est trop connue pour que je la rappelle ici. Qui, en effet, ne se souvient avec admiration des grandes lignes du tableau ? Les instances de Scholastique, et le refus de Benoit de manquer à sa règle ; la sœur, qui
“ la tête plongée dans les mains, verse un torrent de larmes qui trouble la sérénité du ciel” Le tonnerre et les éclairs qui éclatent dans un ciel auparavant sans nuage. Le doux reproche de Benoit, la joie de Scholastique dont Dieu à exaucé la prière, comme dernière consolation avant sa mort prochaine, et la sainte nuit consacrée à des colloques angéliques sur les choses du ciel.
En remontant de la tour de saint Benoit, on trouve la salle capitulaire ornée de cinq magnifiques tableaux dûs au pinceau de Paul de Matteis. Dans celui qui représente la vocation de saint Mathieu à l’apostolat, il à tracé son propre portrait, avec ceux de sa femme, de son enfant et de sa vieille mère. Un coup d'œil par le grillage, en passant, sur les 20,000 volumes précieux de la bibliothèque ; mais rien qu’un coup d'œil ! car les Piémontais y ont mis les scellés, au nom de la lumière et du progrès ! En face, voici le grand réfectoire, large de 28 pieds, haut de 45, et long de 144. Il sert à la fois aux moines, aux séminaristes, et aux collégiens, car il y a ici un collége renommé où viennent s’instruire les enfants des fonctionnaires publics. C’est même à ce titre que la radicaille ministérielle permet aux moines du Mont-Cassin de vivre encore en communauté dans leur monastère. À l'entrée du réfectoire, de grands lavabos vous invitent à vous laver les mains, en même temps que des légendes expressives vous engagent à vous purifier avant tout des souillures de l’âme. Au milieu de la vaste salle se dresse une chaire en marbre où se fait la lecture quotidienne durant le repas. Un aigle en travertin, les ailes déployées, sert de pupitre, et une
inscription rappelle la parole de Jésus-Christ au tentateur : “ L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.”
Mais ce qui frappe le plus, c’est le tableau colossal de 27 pieds de largeur qui occupe le fond du réfectoire. Cette toile due au pinceau des frères Bassano, représente la multiplication des pains par Jésus-Christ et la propagation mystique de la règle de saint Benoit sous le symbole du pain. On y remarque plusieurs figures historiques, entr’autres celles de saint Benoit, à côté de Notre Seigneur, et plus loin, saint Ignace de Loyola, un crucifix à la main. A l'extrémité droite on discerne le triste visage de Calvin, coiffé de la barrette de docteur, et regardant Notre Seigneur avec un air d'incrédulité, La grande variété d'expression et de coloris, le naturel des poses, la perfection anatomique, la grâce du large voile de pourpre qui ombrage le tableau, font de cettetoile pleine de vie et de mouvement un des chefs-d'œuvre de l'école vénitienne.
Si du réfectoire corporel nous passons à l’intellectuel, à l’archivium, ou dépôt des archives, quels trésors incalculables n’y trouvons-nous pas! L'archivium du Mont-Cassin est peut-être le plus célèbre du monde entier. Dans une première salle on trouve les cartes des anciennes possessions de l’abbaye, qui au temps de sa splendeur comptait dans son domaine, 2 principautés, 20 comtés, 440 cités, bourgs et villages, 250 châteaux, 23 ports de mer, et 1662 églises. Mais c’est dans la seconde salle qu’il faut admirer les richesses littéraires. En tout 1380 volumes de manuscrits et de parchemins, dont plus de 800 antérieurs à l'invention de l'impri-
merie. Outre neuf palinypsestes, où manuscrits dont on a gratté les caractères pour y écrire une seconde fois, on y compte des manuscrits qui datent des 4e et 5e siècles. Un grand nombre sont richement enlufninés et ornés de lettres initiales et de miniatures d’une grande perfection artistique.
Parmi les monuments exposés à Fadmiration des étrangers, on remarque surtout le Missel de l'abbé Désiré, qui est du XIe siècle. Il est ouvert à la messe de Noël. Une miniature d’une délicieuse fraicheur représente la scène touchante de la Nativité de Jésus-Christ, tandis que sur la page en face on lit en lettres onciales et en notes d’or sur un fond rose, ces paroles sublimes de l'Zntroit : Puer natus est nobis, flius datus est nobis ; Un enfant nous est né, le Fils nous est donné. Puis, voici une édition manuscrite de la Divine Comédie de Dante, à peu près contemporaine du poëte,et dont l’imprimerie du Mont-Cassin a publié an fac-simile à l’occasion du sixième centenaire de l’immortel poëte. Vénérons encore en passant une lettre autogr. phe de saint Thomas d'Aquin, écrite sous forme de commentaire, en marge d’un livre que lui avait envoyé l'abbé Bernard pour le consulter. A la dernière page d’une copie de luxe des Moralia de saint Grégoire, le copiste Etienne vous avertit poliment “ d’avoir les mains lavées” pour le feuilleter : — Un Lexique Hébréo-Chaldéo-Biblique en 99 volumes,
par Casimir Correal, donne une idée du travail de ces fainéants de moines.
Un peu plus loin on entre dans le corridor supérieur habité par une partie des Pères. Ce magnifique corridor, qui va d’une extrémité à l’autre du monastère,
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à 531 pieds de long. Vers le milieu se trouve un balcon d'où l’on peut voir la plaine arrosée par le Rapido, petit affluent du Garigliano, illustré par la valeur de Bayard, le chevalier “sas peur et sans reproche,” et à une petite distance du spectateur, sur le site d’un ancien temple païen, les restes d'une forteresse construite lors de l'invasion autrichienne en 1821. Du côté de l’orient,. on jouit d’une vue encore plus belle. A nos pieds, au fond d'un précipice de 1350 pieds, la petite ville de Cassino, dominée par son château médiéval, la plaine traversée par le chemin de fer ; plus loin, de pittoresques villages, et dominant le tout, le long Apennin de l’Abruzze couronné de neiges.
Je ne vous parlerai pas des magnificences du Cloîûtre des statues, que l'abbé Squarcialupi fit construire “ à la mémoire des héros bienfaiteurs, en souvenir de la reconnaissance des moines du Mont-Cassin, et pour l’instruction d'autrui,” ni des colonnes et des marbres précieux, enlevés à l'antique temple d’Apollon, ou recueillis à Rome et à Constantinople, qu’il consacra à son embellissement. Je ne vous parlerai pas de cette galerie de Papes, d'Empereurs et de Princes, qui entourent le majestueux cloître, car je veux jouir du coup d'œil du balcon du plan supérieur.
En face, dressant fièrement la tête à 4650 pieds audessus du niveau de la mer, le Mont-Cairo avec son petit lac poissonneux, né dans une seule nuit, d’un tremblement de terre, en 1724. A gauche, la voie qui mène au monastère de l’Albaneta, où saint Thomas d'Aquin, encore novice bénédictin, fit ses études, et où plus tard saint Ignace de Loyola séjourna cinquante
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jours pour y rediger la Règle de la Compagnie de Jésus et ses fameux Ærercices spirituels.
Mais toutes ces beautés ne sont que le prélude de celles qui nous attendent au cloître principal ou Loge du Paradis. Une longue suite de portiques se prolonge majestueusement sur une étendue de 264 pieds, kes arches de ces portiques, au nombre de 79, sont d'ordre dorique et en travertin, et forment un immense carré allongé ou parallélogramme, divisé par deux autres portiques ouverts en trois cours distinctes, centrale est terminée par un escalie d’une salle de cinq arches. Le portique qui l’entoure, et qui soutient la Loge du Paradis, fut dessiné par le célèbre Bramante. Les grandes pierres du pavé recouvrent une vaste citerne creusée dans le roc vif, et dont l'ouverture, en forme de Coupe octagonale, est surmontée d’un architrave supportant l’écusson de l'abbaye entre deux lions et deux cornes d'abondance. La croix couronne le tout. Dans la cour de droite on admire une colonne de porphyre, d'une grosseur prodigieuse, (plus de 9 pieds de circonférence), qui provient soit du temple d’Apollon, soit de la villa de Varron. Puis, revenant à la cour centrale, on se recueille devant les deux grandes statues de saint Benoit et de sainte Scholastique. La première porte cette inscription sur le piédestal : Benedictus qui venit in nomine Domini : Béni (ou Benoit) celui qui vient au nom du Seigneur ; et la seconde : Veni, columba mea, veni, coronab
eris : Viens, mu colombe, viens, et tu seras couronnée. C’est au milieu de
ces Cours que j'ai vu se promener gravement les trois corbeaux traditionnels qu'on y nourrit en souvenir de
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ceux qui atcompagnèrent de Subiacc le saint Patriarche. Ils sont tellement apprivoisés qu'ils ne songent nullement à s'envoler, et purtagent fraternellement avec des centaines de pigeons leur repas monastique. Saint Pierre Damien, qui visita le Mont-Cassi=: au XIe siècle, raconte qu'on y conservait encore les descendants des corbeaux qui y étaient venus avec saint Benoit, cinq siècles nuparavant.
Ce cloitre vraiment merveilleux s'appelle Loge du Paradis, à raison de la vue enchanteresse dont on y jouit, et certes! le nom n’a rien d’exagéré. Jamais mon imagination n'avait révé rien d'aussi ravissant. Rien n’égale, en effet, la beauté de ce panorama. En face, véici les montagnes de Gaëte, qui entourent comme un vaste hémicycle le bassin verdoyant, arrosé par ce Liris chanté par le poëte :
Rura quæ Liris quieta Mordet aqua taciturnus amnis.
“Ces campagnes que le silencieux Liris baigne de ses eaux tranquilles !” Dans cette fertile plaine, la campagne heureuse des Romains, sur ces collines couronnées d’orangers chargés de fruits, existaient jadis les riches cités de Frégelle, d'Aquin, d’Interamna et de Casinum. Les quelques bourgs qu'on y voit encore ça et là sont Sean Giovanni in Caricr, près de l'antique Frégelle, au pied de Rocca Secca, où l'on voit encore les ruines du château qui vit naître le Docteur Angélique. Aquin, dans le pays des Herniques, patrie du poëte Juvénal, “ élevé dans les cris de l’école,” donna son nom à l’Ange de l'Ecole. Je n'ai pas besoin de distinguer celle-ci de la
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première, L'école de Dieu et selle de Satan ne se confondent pas. Ponte-Corvo, dont on fit une principauté à Bernadotte sous le premier Empire, Rocca d'Evandro et Sant Andrea, d’où l’on peut discerner avec de bons yeux et par un temps serein une lisière du golfe de Gaëte et de la Méditerranée. Ajoutez à tous ces charmes le ciel bleu d'Italie, et les flots de lumière qui éclairent et vivifient cet incomparable tableau, et vous reconnaîtrez sans peine un avant-goût du Paradis. Quelque nouvelle que soit pour moi la vue de ce spectacle enchanteur, je ne suis pas tout-à-fait en pays étranger. Car ces bourgades qui émaillent la campagne heureuse appartiennent en partie au diocèse de Monseigneur Ignace Persico. C’est ici que Pie IX l’& placé pour le reposer ds ses fatigues de missionnaire, de ses travaux apostoliques dans l’Hindoustan, la Georgie d'Amérique, et à S&int Colomb de Sillery, près de Québec. C’est à ve saint évêque que je dois le don le plus inestimable, celui de la consécration sacerdotale. De la Loge du Paradis je contemple avec émotion les pâturages bénis que ce bon Pasteur a fertilisé de ses sueurs. Puissé-ie un jour contempler dans la gloire du ciel le pontife veuéré, qui m'a associé au ministère de l’Agneau toujours sacrifié et toujours vivant! Je serai alors au terme de mon pèlerinage, et ne pourrai plus signer