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AUX SANCTUAIRES DE LA SABINE

— C'était le lundi de Pâques au matin. Les saintes et salutaires rigueurs du carême sont finies. Il est juste, d’ailleurs, de faire trève, pour une semaine, aux travaux ardus de la scolastique, de jeter de côté bouquins et syllogismes, de respirer à pleins poumons l'air pur des montagnes, de reposer par des scènes champêtres les yeux fatigués d'écrire et de déchiffrer les vieux textes. Mais il n’en est pas moins juste de se récréer saintement, de “ se réjouir dans le Seigneur,” puisque c'est la saison des joies pascales.

— Nous sommes six étudiants du collège Romain, bien décidés à nous fatiguer les membres pour nous reposer la tête, et pour faire la chasse aux pieux souvenirs.

— En route donc pour les montagnes de la Sabine ! Tivoli, Subiaco, Olevano, Genazzano, Palestrina : voilà l'itinéraire charmant que nous allions suivre, et que nous savourions à l'avance depuis assez longtemps.

La gare du tramway est à deux pas de la basilique de Saint-Laurent hors-les-murs, où reposent les restes vénérés de l’immortel Pie IX. C’est un tramway à vapeur, sorte de convoi de chemin de fer èn miniature, qui fait le service entre Rome et Tivoli. C’est plus rapide et surtout plus confortable que les pataches surannées qui naguère transportaient le touriste, et qui le transportent encore dans certains endroits de l'Italie; sorte de diligences indignes du nom, que des chevaux étiques traînent nonchalamment sur les voies antiques, pour nous donner le temps de lire les inscriptions latines, et d'admirer l'architecture des monuments dont la route est jalonnée. Voitures basses et peu spacieuses, où les voyageurs sont serrés comme des anchois, sans égard pour les lois de l’espace et de la quantité.

Le billet qu'on nous délivre à une longueur proportionnée à celle du trajet, car les noms des stations y sont imprimés à la suite, sur autant de coupons. De Rome à Tivoli, il y a au moins une verge et quart de papier rouge, car, sur un parcours de 18 milles, on arrête un peu partout.

Le premier arrêt important se devine, comme dit la chanson, ‘“ moins par l'esprit que par le nez” Une

odeur très-prononcée d'œufs pourris imprègne l’atmosphère. Il y a évidemment une source d'eaux sulphureuses dans le voisinage. Er effet, ce sont les fameuses Aquæ Albulae des Romains, eaux blanches avec une teinte bleuâtré, chargées d’acide carbonique et d'hydrogène sulfureux.

Agrippa avait fait construire ici des Thermes, où J'empereur Auguste venait prendre des bains. Il y trouvait un remède pour les maladies nerveuses dont il souffrait,

Les feuilles et les branches d'arbre plongées dans cette eau s’y changent en pierre. On y obtient les pétri-

fications les plus gracieuses et les plus parfaites.

Villa Adriana ! crie le conducteur, et le tramway nous laisse en rase campagne. A quelques pas du débarcadère on voit un mur avec une porte d'entrée, et une guérite pour les gardiens du monument national. C'est la fameuse villa d’Adrien, construite au deuxième siècle, cette merveille de l'antiquité, et qui fait encore, malgré ses ruines et la disparition de ses trésors, l’admiration du voyageur.

— L'empereur Adrien qui la construisit voulut y reproduire en marbre, en bronze et en or, tous les chefsd'œuvre d'art et d'architecture qu’il avait admirés dans ses voyages en Grèce, en Asie et en Afrique. Cette vaste

enceinte de dix milles de circuit, il en fit un musée. , De sa Chambre de malade il pouvait contempler la fidèle

réproduction des monuments et des lieux les plus célèbres.

— Voulait-il discourir en imagination avec les disciples de Platon ou du Stagyrite ? Il avait son Académie et son Lycée: Il pouvait se promener, comme dans sa chère Athènes, sous le Pæcile, ou Portique orné de pein- , tures. Il avait son théâtre grec pour goûter les tragédies d'Eschyle ou de Sophocle. Se promenait-il dans la Vallée de Tempé, des troupeaux de cerfs bondissaient autour de lui. Voulait-il se donner les émotions d’un combat naval ; des caneaux souterrains convertissaient l'arène d’un amphithéâtre en un vaste bassin, où les trirèmes voguaient à l’aise,et dont les eaux serougissaient du sang des combattants. Puis il buvait l'oubli de ses souffrances et de ses remords aux ondes du Zéthé, ce fleuve factice comme le remède qu'il y cherchait, qu’il avait fait creuser en souvenir du fleuve des Champs Elysées. Tantôt il errait dans les avenues de la Canope, ville construite sur le modèle de sa fameuse homonyme en Afrique.

Il y avait prodigué des richesses incalculables, dans ce Paradis terrestre où il cherchait en vain le secret du bonheur. Tous les cabinets de l’Europe se sont enrichis des dépouilles de cette villa aux richesses fabuleuses, et que trois siècles de fouilles n’ont encore pu épuiser.

On croit facilement aux descriptions merveilleuses des historiens de Rome, quand on voit ces ruines somptueuses, ces colonnes d’une seule pierre qui soutiennent encore des fragments de corniches corinthiennes,

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