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dominicain qui court vers moi et m'embrasse avec affection. C'était un de mes anciens élèves, le Révd père D. que je n’a vais pas revu depuis six ans, et avec qui j'avais toujours correspondu. Imaginez notre étonnement et notre joie mutuels. Une rencontre en pareil lieu et aussi inattendue ! Cela tient presque du prodige. Assurément le saint Archange à voulu me ménager une ravissante surprise, puisque je rencontrais à la porte de son sanctuaire le premier Canadien que j'aie vu depuis mon départ du pays, le 16 juin, et ce Canadien, le premier dé mes élèves qui ait embrassé la règle de saint Dominique,
Le trésor de la basilique possède, outre les bannières richement brodées que divers pèlerinages y ont apportées, un ostensoir fort précieux, don anonyme ; l'épée du général Lamoricière, suspendue au-dessus d’une bannière composée de ses habits et de ses insignes militaires. C’est sa pieuse femme qui a confectionné ce touchant ex-voto, et qui a peint sur l’oriflamme la figure de l’Archange sous les traits gracieux de sa fille ainée. Mais ce qui frappe surtout dans cette salle des joyaux du royal Archange, c'est sa ravissante couronne. Elle est en or massif. Deux ailes d’archange aux émadx variés soutiennent une grande étoile au centre de laquelle scintille une aigue-marine de la plus belle eau, et dont les rayons sont .enrichis de diamants, de rubis, d’émeraudes, d'opales, d'améthystes. Audessous de l'étoile, le cri de guerre de l’Archange Quis ut Deus ! est tracé en grandes lettres gothiques avec des grenats. De chaque côté, de grandes coquilles de pèlerins en or, et autour du diadème. neuf ailes d’or, avec neuf grandes
de laeau, et rubis, us de Deus !
renats.
en or, randes
topazes brûlées, symbolisant les neuf chœurs des anges, dont les noms sont écrits en émail azuré au-dessous de chacune des ailes.
Le soleil. baisse rapidement à l'horizon, l'ombre de la Montagne s'allonge de plus en plus’ sur la plage immense, le pêcheur ramassant ses filets après sa laborieuse journée peut voir, longtemps avant de regagner son gîte, se dessiner sur les sables de la baie, les contours du merveilleux édifice qui protège son modeste foyer. C’est l'heure de jouir du spectacle grandiose que l'œil peut contempler de la plate-forme, devant la basilique. A gauche, l’île Tombelaine et les ruines de la forteresse qu'y bâtirent les Anglais—A droite et sous vos pieds, le fleuve Couesnon, limite qui sépare la Bretagne de la Normandie, et presque en face, la ville d’Avranches, siége de saint Aubert, aujourd’hui occupé par un illustre prélat, monseigneur Germain, héritier des vertus de son saint prédécesseur et surtout de sa dévotion envers l'Archange. L'ouvrage qu’il a ‘écrit sur le Mont St- Michel et le culte de son céleste patron est un monument de science et de foi.—Et puis le silence se fait au haut de ce rocher solitaire, et dans la ville de 150 habitnnts qui dort 4 ses pieds.—Cette nuit, il n’y aura pas de chant de matines dans le chœur de la basilique, car les saints moines qui ont sanctifié ces lieux dorment depuis longtemps leur dernier :"mmeil sous la crypte.
Il ne reste plus d’autres voix pour chanter les nocturnes que celle des astres qui publient la gloire du Très-Haut, et la grande voix des flots de l'océan, qui portent à tous les rivages l'écho de sa puissance et de sa majesté.
56 PÈLERDUGES D'OUTRE-MEE,
Le lendemain matin, à 5 heures, j'ai eu le bonbeur de célébrer la sainte messe à l'autel même de saint Michel. Comme à Sainte-Anne d’Auray, j'ai consacré un souvenir tout spécial aux excellents lecteurs des Annales. J'espère qu'eux à jeur tour penseront un peu à moi, et m'obtiendront par leurs prières un heureux voyage. J'ai fini mon action de grâces; encore une prière du fond de l’âme à saint Michel, quelques mots d'adieu aux bons Pères de la Congrégation de St-Edme, qui desservent le pèlerinage, et vite à la diligence pour prendre le train de Pontorson.
En m'éloignant de ce moutier, théâtre de tant de grandes choses, de ce monument de la nature et de l’art, qui mérite si bien d’être appelé la Merveille de l'Occident, les mots d’un poète anglais me revenaient à la mémoire. Je les ai trouvés si beaux que je ne puis m'empêcher de vous les transcrire :
“ Une ‘nuit, dit-il, dans tes murs bien gardés, Ô Mont Saint-Michel, est plus maintenant pour moi, que, dans les palais arabes, des trésors de fabuleuses merveilles. Jamais chevalier à la cotte de mailles, au retour de . Palestine, jamais religieux à sandales, vénant de la terre des miracles, ne traversa avec un cœur plus dévot que le mier, tes grèves bleues, rayées de courants. Chefs, rois et hiérarchies monacales semblaient m'ouvrir la marche, lorsque pieds nus comme un pèlerin, je m'arrétai devant tes tours grises.
“ Tu étais là, debout, Ermite-Roi de la nature,admiration d’un monde qui mettait sa gloire à jeter à tes pieds tout ce qui brille par la richesse, tout, ce qui rayonne par la splendeur. Tes tours formaient tes gardes, ton
trône fameux était la pyramide de roc qui pointe vers le ciel ; à ton front étincelait toujours la mitre gothique d'autrefois.
. “Ah! que les jeunes villageoises viennent encore suspendre des fleurs à la châsse de l'Archange, et que, non blâmées par la lyre du poëte, elles remportent dans
leur demeure tes coquilles, comme une heureuse remembrance. dé
“ Au revoir, au revoir, monument consacré par les siècles !
“ Adieu ! baie normande sauvage et bleue!”
Encore un mot pour demander à l’Archange sa protection, par la voix d’un ancien cantique : Oui
Toy qui commande à ces flux Et reflux, Fais qu'aucun mal ne nous greve, Et deffend ton pèlerin Au chemin, Quant il passera la grève.
Adieu !
ET
En RTE