‹ Pèlerinages d'outre-mer [microforme]Chapitre 8 sur 24 · PÈLERINAGE DE NOTRE-DAME DU SALUT OU PÈLERINAGE NATIONAL DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

PÈLERINAGE DE NOTRE-DAME DU SALUT OU PÈLERINAGE NATIONAL DE LA FRANCE

J'ai besoin de toute l'indulgence de nos chers lecteurs pour le travail imparfait que je vous adresse . aujourd’hui. Et pourtant quand on parle de la très sainte Vierge à des âmes qui sont les fidèles servantes de son auguste mère, on peut se dispenser des agréments du style, et se contenter de raconter les choses dans leur éloquente simplicité. C’est pourquoi, plein de confiance dans le prestige de Marie et dans la piété du lecteur, je commence sans précautions oratoires le récit de mon pèlerinage, ou plutôt du pèlerinage de toute la nation française au sanctuaire bien-ahné de celle qui a été nommée la Reine de la France.

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Et d’abôrd, laissez-moi vous dire un mot de l’orgaaisation de ces gigantesques processions qui, depuis dix ans soulèvent, comme aux temps des croisades, hommes femmes et enfants, et les transportent à la ferre sainte que Marie a bénie de sa présence et fécondée des trésors de sa miséricorde maternelle. Humainement parlant, la préparation, le progrès et l'exécution d’un plan aussi colossal et aussi ardu semblent impossibles. Mais rien n'est impossible à la nation très chrétienne, malgré la prévarication et l’apathie d’un grand nombre de ses enfants, à la nation qui a consolidé le pouvoir temporel du Saint-Siége, qui a fait les croisades, et qui jette encore à toutes les plages du monde idolâtre, comme une généreuse semence de résurrection et de vie, le sang de ses missionnaires et de ses apôtres. Il suffit de nommer les Pères de l'Assomption, qui sont la tête et le cœur de ce mouvement, pour comprendre que la chose est possible. On dirait en effet que le souffle revivifiant des Bernard et des Urbain IT les anime, et leur apprend à fasciner le peuple chrétien pour l’accomplissement des grandes œuvres de pénitence et de salut. Sous l’impulsion de leur zèle, tout s'anime, tout s'agite, et l'œuvre va son chemin.

Longtemps à l'avance, la date du grand jour est fixée. Le devoir de l’expiation et de la supplication est solidement démontré à cette France chrétienne qui a pour mission de relever la France sa sœur qui tombe, cette autre elle-même qu'elle doit aimer comme ellemême pour l'amour de Dieu Alors les souscriptions sont ouvertes pour payer le passage des malades pauvres, ces membres souffrants de Jésus-Christ. Eux

avant de partir.

PÈLERINAGES D'OUTRE-MER 61 sont la partie vraiment royale du cortège de Marie. Aussi envie-t-on l'honneur de contribuer à leurs dépenses, en attendant celui de les panser et de les servir durant le trajet et le séjour de Lourdes. Je ne parle pas de la partie temporelle de l'organisation : correspondances et démêlés avec les compagnies de chemin de fer, parfois plus ou moins disposées à favoriser les pèlerinages, malgré les bénifices qu'elles en perçoivent ; préparation des hôpitaux pour les stations d'arrêt et les trois ou quatre jours de séjour à Lourdes ; difficulté de maintenir le courage et la piété durant tes huit — jours que dure le pèlerinage.

Mais rien ne rebute le zèle des chefs de ces nouveaux croisés. À l'heure indiquée, tout est prêt. Les billets sont achetés, les programmes de prières et d’exercices de piété sont distribués, et on les accomplira à la lettre jusqu'à la dernière heure du pèlerinage. De toutes les parties de la France partent des trains spéciaux dont les uns se rendent directement à Lourdes et les autres à Paris pour y faire une halte à Notre-Dame des Victoires, première étape de cette marche triomphale à travers la France. Le pèlerinage commence le samedi, jour consacré à la très sainte Vierge. D'heure en heure

les bandes de pèlerins, groupées suivant leurs diocèses,

se réunissent à la gare d'Orléans. Ils sont là avec leurs prêtres, leurs religieuses et leurs malades. Les places de choix sont réservées à ces derniers, dont la plupart ont quitté leur lit de douleur pour se trainer jusqu’à Lourdes, et dont FAP ras même ont été administrés

Et puis, quel trajet long et fatigant ils ont à parcourir dans ces wagons mal ventilés, à plafond bas, à siéges étroits, aux oscillations brusques, veufs do cabinets et de réservoirs d’eau, si inférieurs à nos chars canadiens ; sans compter les chaleurs suffocantes du mois d'août, qui vont toujours croissant à mesure que l'on gagne le midi ! Mais personne ne songe à se plaindre, car le programme recommande strictement la patience et la gaieté, et si j'ai déprécié un peu les wagons français, c'est plutôt au nom de la civilisation que de la mortification.

A l'heure et à la minute précises, le convoi s'ébranle. A peine hors de gare, chaque groupe entonne l'Ave Maris Stella, et puis se succèdent jusqu’au coucher les méditations, la récitation du chapelet, les pieux cantiques, la prière du soir, le tout entremêlé d'aimables causeries sans éclat ni frivolité. Aux arrêts plus prolongés, prêtres, religieuses, nobles dames vêtues de grand tabliers blancs, véritables Marthes par le pieux empressement qu'elles y mettent, s'agitent, se multiplient, vont et viennent pour transporter aux pauvres malades le pain qui empêche de faillir le long de la route, et le verre d’eau que Dieu bénit parce qu'il est donné en son nom.

Nous étions partis à 3 heures et demie de l’aprèsmidi, et, tout le long du chemin, le chant du Tantum ergo, ou de l'O Salutaris, avait salué l'apparition de chaque clocher de cathédrale, d'église ou de chapelle. A 3 heures et demie du dimanche matin, le train arrive à Poitiers. Tous les voyageurs descendent, car il faut sanctifier le dimanche et laisser reposer même les locomotives,

. moins pieuse et modeste, qui après trois pèlerinages à

D'ailleurs nous voici au lieu où vécut et mourut sainte Radegonde, cette grande reine de France, qui renonça aux honneurs du ‘siècle pour se faire l’humble servante des pauvres de Jésus-Christ. Nous voici au lieu illustré par la sainteté et la science angéliques d’un Hilaire, d’un Fortunat, d'un Martin, et‘pourquoi ne pas l'ajouter à tant de grands noms ?—d'un cardinal Pie. C’est donc un lieu de pèlerinage, et nous ne porterons aucun préjudice à Marie en nous reposant le long de la route, à l'ombre des sanctuaires de ces vénérés serviteurs et servantes de son Divin Fils et d'elle-même. Et d’ailleurs, elle va nous prouver qu'elle agrée notre pieux dessein, en laissant faire à sainte Radegonde deux miracles, gages et avant-coureurs des prodiges nombreux qu’elle fera éclater elle-même dans la Terre promise de sa miséricordieuse bonté.

L'un de ces miracles, dont j'aiété moi-même partiellement témoin, est la guérison d’une jeune fille d'Orléans, atteinte de phthisie pulmonaire à un, degré très avancé et frappée d’une extinction de voix totale depuis, je crois, dix-huit mois. A peine a-t-elle quitté Poitiers pour reprendre la route de Lourdes, qu'elle recouvre sa voix et se met à chanter avec ses compagnes tout le long du parcours. J’ai fait le trajet de Poitiers à Lourdes en sa compagnie, et lorsque je la revis au retour, je constätai que ses forces, au lieu de diminuer, avaient augmenté, au point qu'elle put faire à pied l’une des longues processions du soir qui terminent les exercices quotidiens du pèlerinage.

Elle avait pour compagne une autre jeune fille, non

Lourdes, fut guérie subitement l'an dernier d'une maladie des plus graves: la granulation du larynx accompagnée d’autres affections qui l'avaient réduite à l'état de squelette, et ne lui permettaient de prendre qu'avec d’atroces souffrances un peu de nourriture liquide à l’aide d'un tube de caoutchouc à diamètre très étroit. Elle aussi avait perdu. la voix et l'usage de presque tous les inembres, À chaqne mouvement qu'on lui imprimait en la transportant, elle souffrait et poussait des cris. Mais voilà qu'on la plongea dans la piscine une première, une seconde et une troisième fois. La persévérance de la prière et de sa foi ardente lui valurent . une guérison complète. Jamais je n'ai vu personne mieux guérie. À voir le teint frais de cette miraculée, sa figure pleine de santé, sa démarche agile, l’empressement avec lequel elle sautait du wagon chaque fois que le train arrétait un instant, pour aller puiser de l’eau ou venir les mains pleines de doucewrs pour les malades, vous auriez dit: “Décidément la sainte Vierge ne fait pas les choses à moitié.” Aussi rétourne-t-elle à Lourdes pour rendre grâce à sa bienfaitrice, en attendant l'heure désirée où elle pourra se consacrer à Dieu qui n'a permis sa guérison que pour recevoir d'elle en retour le plus beau des sacrifices.

Mais je ne dois pas oublier qu'il es demie du matin, et que je suis rendu tiers, Tout un service est orge

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uale, pour tramsporter les malades aux toits hospitaliers qui doivent abriter leurs souffrances durant leur séjour dans le ville de saint Hilaire, Pour moi, qui n'ai rien de plus sain que mes jambes, je me dirige d'un pas leste vers la basilique de Sainte-Radegonde, dans l'espoir de dire la sainte messe sans trop attendre. Une bonne demi-heure de marche me conduit en face du vénérable sanctuaire. Si j'avais pu lire à cétte heure si peu éclairée, j'aurais déchiffré sur la façade cette belle inscription en vieux caractères à demi rongés et vermoulus: Orucis sanctissimæ amantissima, ora pro mobis: ‘“ Amante de la croix très sainte, priez pour nous.” Cette parole résume toute la vie de sainte Radegonde, qui médita constamment la Passion de notre divin Sauveur, qui fut amoureuse jusqu’à la folie des pauvres, ses membres souffrants, qui posséda et vénéra la relique considérable de la vraie croix que lui donna l’empereur Justin II, et qui fonda le monastère des Filles de Sainte-Croix, encore vivant pour perpétuer l'exemple de ses vertus.

Les portes de la basilique sont ouvertes. Je me rends droit à la crÿpte, sous le chœur, où l'on descend par un escalier de pierre. L’autel de la tombe de sainte Radegonde est préparé pour le sacrifice. Le prêtre seul mancuait, et j'arrivais. Je m'empresse de revêtir les ornements sacerdotaux, heureux de célébrer la première messe du pèlerinage dans ce vénéré sanctuaire, à deux pas de ces dépouilles vénérables de l’illustre reine

* de France, qui abdiqua sa couronne de la terre pour

gagner et enrichir sa couronne du ciel; heureux de prier pour tous ceux qui me sont chers, dans un lieu

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où la ferveur vous pénètre jusqu’à la moëlle des os, et d'où la voix de la supplication semble s'élever droit au trône de Dieu pour en faire pleuvoir l'abondance de ses bénédictions.

J'admire avant de remonter dans la nef, le tombeau de marbre de sainte Radegonde, le même où elle fut déposée. D'innombrables cierges brûlent devant ce monument témoin de tant de merveilles de la puissance de la sainte. Dans la nef supér’eure, du côté de l’Epitre, on voit dans un enfoncement du mur, une pierre surmontée de deux statues qui représentent une apparition de Notre-Seigneur à sainte Radegonde. Cette pierre, qui appartient à une antique chapelle, s'appelle le Pas de Dieu. En effet, d’après une tradition authentique, on y voit l'empreinte d’un pied humain, ou plutôt divin, puisque c’est Jésus-Christ même qui a foulé cette pierre que l’on vénère si justement, et dont on peut dire comme de la montagne de l’Ascension : Adorabimus eum in loco ubi steterunt pedes ejus : “ Nous l’adorerons dans le lieu où ses pieds se sont posés.”

A dix heures on chante la grand’messe. Monsei gueur l’évêque de Poitiers y fait un panégyrique de la sainte. En attendant les vêpres, bon nombre de pèlerins se dirigent vers le sanctuaire de Notre-Dame des Dunes, sur l’autre rive du Clain: Pour y arriver, il faut gravir plusieurs suites de degrés rui mènent aux salles de jeux et de lecture de l’œuvre du Patronage, fondation admirable de l’abbé Fossin. Grâce at zèle apostolique et au talent éclairé de ce prêtre distingué, une grande partie ” de la jeunesse de Poitiers échappe aux mille dangers auxquels leur foi et leurs mœurs sont exposées. Ils s'y

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amusent, ils s'y instruisent, ils y sont heureux. Sous la direction habile de leur fondateur, leur corps de musique a atteint un dégré étonnant de perfection. Dans un récent concours, il a remporté une couronne d'or et deux ou trois médailles. Et ne croyez pas que ces musiciens fassent seulement du bruit. Non, ils savent aussi faire du bien. Ce matin, à 3 heures, ils étaient rendus à la gare, à la suite de l'abbé Fossin, pour transporter des malades. Et ils s’y étaient trouvés à l’arrivée de chacun des cinq ou six trains précédents.

La chapelle de Notre-Dame des Dunes est un véritable bijou d'architecture, de peinture, et d'ornementation religieuse. Mais rendons-nous jusqu'aux jardins pleins de belles fleurs qui entourent la statue de la vierge protectrice de Poitiers ; saluons avec respect la belle statue du cardinal Pie érigée par le même zèle pieux et filial qui a fait naître toùtes ces merveilles ; gravissons la rampe tournante qui longe le piédestal de l’image colossale de Marie, ‘et à ses pieds, contemplons le beau panorama qui s'étale à nos regards éblouis. C'est le Clain, c'est Sainte-Radegonde, c’est la cathédrale de St-Pierre, dont les voûtes ont si souvent tressailli aux accents de la voix doctorale du grand successeur de saint Hilaire, digne à son tôur de compter au nombre des Pèrés de l'Eglise. C'est Notre Dame la Grande, où reposent les restes de l’illustre cardinal, où l’on vénère la stutue de Notre Dame des Clefs, souvenir de la délivrance de Poitiers par la sainte Vierge, lors du siège de la ville par les Anglais ; c’est la chapelle de saint Hilaire, dont l'autel s'élève à l'endroit même où mourut le saint Docteur ; c'est le temple Ssint-Jean, bâti au VIle siècle,

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