‹ PèlerinagesChapitre 11 sur 24 · Lettre datée de Toulon, 2 février · texte numérisé non relu

Lettre datée de Toulon, 2 février

autres», ce qu'ils disent, ce qu'ils pensent!... Si vous saviez comme je suis loin de tout cela. Mon Dieu ! vous ne pouvez pas vous en douter, et combien je suis heureux de vivre loin de Paris. J'espère bien n'y pas revenir de longtemps. » Et il s'installa en effet complètement dans sa villa de Nice, auprès de sa mère qu'il aimait avec dévotion. Et chaque fois l'espoir renaissait dans le décor propice aux illusions : « Je me remets ici lentement à la brise de mer qui entre dans ma chambre avec le bleu du ciel et le bleu du large. Oh ! la joie de vivre dans des grandes pièces, vastes et fraîches, hantées de courants d'air, et toutes les fenêtres ouvertes sur les oliviers et les cyprès d'un grand jardin abandonné, presque italien... 0 t le charme des villes de saison l'été, des villes désertées, vides d'étrangers et redevenues ligures, la race retournée à ses mœurs et à ses instincts, un Nice où il n'y a plus que des Italiens et que des Corses. »

Alternatives d'espérances et de découragement se succédèrent. Par instants il s'aigrissait, découragé devant l'effort inutile et le néant de sa tâche : « Avezvous oublié que j'ai quitté Paris, las de tous et de tout et que je traîne au soleil une santé compromise

par les trente ans de luttes et d'intrigues inutiles d'une vie plus dangereuse pour les nerveux que la morphine et que l'alcool ? J'ai trente ans de labeur et je suis encore obligé d'écrire pour vivre. Jugez 1 Et j'ai une telle horreur de la littérature et des littérateurs que si j'avais des rentes, je quitterais la France demain ! et Ton me demande des leçons d'énergie ? des leçons de désespoir, oui ! Ajoutez de plus que je suis très malade : quand vous m'avez vu à Paris, je couvais déjà le mal qui m'abat maintenant. Châtel-Guyon m'a démoli. L'estomac, les intestins, la vessie, tout est pris... Je peux à peine sortir une heure par jour quand il ne pleut pas, et je me traîne de pièce en pièce comme une bête blessée...» «La littérature, disait-il encore, est devenue un métier impossible. Trop de bouzilleurs de copie ont mis l'inspiration des autres au rabais. » Il s'enferma dans cette villa Bonnin qu'il affectionnait, croyant être devenu misanthrope et certain de ne plus reparaître sur le Boulevard. Il m'envoyait de belles photos de son home et les commentait ainsi * :

« Vous voyez que vous avez de quoi choisir. Les photographies de la villa ont cela d'intéressant qu(

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