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JEAN MORÉAS il 5

tait avec sa vanité savoureuse : « Comprenez-moi, comprenez-moi... Quand je dis que c'est un sot, c'est plus flatteur pour sa mémoire que quand d'autres (il prononçait à'otres) disent que c'est un génie t »

L'œuvre qui devait révéler son nom au public ne fut pourtant pas une œuvre simple. L'auteur des Syrtes et des Cantilènes, après avoir protesté contre l'épithète de décadent et réclamé celle de symboliste (les cymbalistes, disait Verlaine), publia Le Pèlerin passionné. Il en profita pour fonder l'école romane. Il avait lancé des manifestes assez vagues où il prétendait rénover la langue. Le Pèlerin passionné fut admiré ou critiqué avec peu de mesure. On crut à une date de l'Evolution littéraire. Anatole France déclara que c'était un beau livre mais qu'il n'en pouvait toutefois « citer beaucoup de vers sans glose, commentaire ou lexique». Le symbolisme ou l'école romane devaient-ils remplacer le naturalisme déjà désuet ? Jules Huret s'en inquiéta et courut interroger tous les écrivains notoires. Le résultat fut curieux et produisit cette Enquête sur l'Evolution littéraire qui sera toujours consultée par quiconque voudra faire revivre

cette époque de luttes. Il semble que les romanciers et les poètes aient été d'accord pour juger que Moréas était un parfait grammairien, « Un artiste charmant qui manie la vieille langue comme un lunguiste», dit Anatole France : « C'est un artiste, dit Barrés, qui joint aux préoccupations du symbolisme le plus grand souci de la langue, qu'il voudrait renouveler.» a Mais on fut unanime à lui reprocher l'outrance de son archaïsme. «Là, c'est mon domaine exclusif, i ripostait Moréas. Je suis le seul à réclamer ue renouveau de la langue poétique, un retour aux traditions, un style retrempé aux sources de l'idiom* roman. Voilà trop longtemps que nous vivons sm le vocabulaire romantique! Ce vocabulaire paru assez savoureux (il l'était), à l'époque de son éclo sion. Par malheur, la syntaxe des romantiques fu médiocre : c'est là une grande lacune en fait d ! style î Considérez que ce vocabulaire sans syntax rationnelle, tourné et retourné de toute façon, es usé jusqu'à la corde ! Il y a des gens qui se récrier devant l'impossibilité de réintégrer tels mots, tel tours abolis ; laissez-les se récrier ! Consultez L Bruyère et Fénelon ; revoyez l'histoire de la langue vous verrez que des mots, des tours, insolites il y

ix ans, défrayent à cette heure « le plus coutumier irler », le style dont je désire la restauration don- 3ra une nouvelle vigueur à l'expression poétique.4 » A vrai dire, les audaces de Moréas n'avaient rien extravagant. Le style agressif de ses Manifestes 1 de ses lettres laissait espérer des nouveautés us nombreuses. Les vers du Pèlerin passionné ahissaient un labeur patient et l'absence de cette spiration qui fait les purs poètes. Barrés prétendit en que ce recueil constituait le chef-d'œuvre tendu du symbolisme. Mais Barrés avait ses rai- >ns, et, avec lui, sait-on jamais la part réelle de ncérité qui entre dans ses critiques? Si Moréas avait écrit que cette brochure fameuse, peut-être irait-il été voué à l'oubli comme tant d'autres meurs alors célèbres. Le tour en était gracieux, erte, mais l'émotion ne se dégageait guère de ces rthmes habiles et calculés :

Nous longerons la grille du parc A l'heure où la Grande Ourse décline.

Et tu porteras — car je le veux — Parmi les bandeaux de tes cheveux La fleur nommée asphodèle.

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