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GEORGES RODENBACH

Il se tenait au seuil de l'existence et n'y entrait pas, et, de ce seuil, il nous regardait tous avec une tristesse profondément délicate.

Camille Mauclair.

Des cheveux blonds, légers, haussés en touffe sur le front large, des yeux ardents, une taille souple et longue, une voix chaude, des gestes combatifs, — Georges Rodenbach ne semblait pas, aux premiers jours de sa gloire, être l'homme d'une œuvre de tristesse où les lentes cloches agonisent, où les béguines mystérieuses défilent au seuil des cloîtres gothiques, où les canaux immobiles retiennent l'image penchée des beffrois et des tourelles... Mais la souffrance sut vite l'identifier à ses songes, et nous comprenons mieux aujourd'hui la mélancolie qui s'exhale de la face douloureuse et fine du poète dans le cadre taciturne de Bruges, — telle que Lévy- Dhurmer l'a peinte.

Et, devant les objets familiers parmi lesquels il vécut, près de Mme Anna Rodenbach, qui entretient pieusement son souvenir, j'évoque celui qui fut avec Emile Verhaeren, Edmond Picard, Maurice Maeterlinck et Camille Lemonnier, l'un des plus parfaits écrivains des Flandres.

Une brume matinale, opaque et lourde, s'appuie aux vitres de ce cabinet élégant, où Mme Rodenbach elle-même composa des pages délicates... On se souvient de l'article ému du Figaro, dans lequel Mme Rodenbach goûta l'amère joie de faire revivre l'admirable époux que la mort ravit à sa tendresse. La mort t... Il y songeait sans cesse, il ne pouvait en éloigner l'obsession. Les nonchalances qui succédaient à ses enthousiasmes lyriques révélaient sa résignation d'averti. Il disait parfois dans ce petit hôtel du boulevard Berthier, où il vécut ses derniers jours : « Les nouvelles demeures sont pleines d'angoisses et hallucinantes, elles font songer à ces paroles d'Alphonse Daudet : « Quand j'entre dans un nouvel appartement, je vois immédiatement la place où Ton posera mon cercueil. » C'est là d'ail-

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