‹ PèlerinagesChapitre 5 sur 24 · Edmond Picard. Préface de N'a-qu' un-Œil · texte numérisé non relu

Edmond Picard. Préface de N'a-qu' un-Œil

époux; M,,e Judith Cladel, l'auteur charmant des Confessions d'une Amante, rectifiait une date, ajoutait au récit quelque anecdote précieuse. Et c'est ainsi, grâce aux paroles des deux êtres qui l'aimèrent, que je pus reconstituer la vie du grand romancier quercynois.

Fils de Pierre Gladel, bourrelier à Montauban, et de Jeanne-Rose Montastruc, Léon Gladel fut un paysan. Il le resta toute sa vie, et son amour pour ceux de la glèbe lui dicta ses meilleures œuvres. Il a dépeint son père dans un conte des Va-Nu- Pieds : Montauban-tu-ne-le-sauras-pas. C'était un homme rude, âpre au gain, d'une volonté féroce., mais avec un coin de tendresse inavouée, dont il se cachait comme d'une tare. A cette époque, il fallait accomplir un voyage pour être accepté maître bourrelier. Montauban-tu-ne-le-sauras-pas fit son tour de France, vécut sans pitié pour lui-même, et ne comprit que fort tard que Ton pût exercer une profession en dehors de celles établies par la sagesse humaine. Il avait ce que l'on nomme du bon sens, et les rêveries ne laissaient pas de le surprendre.

Sa femme, douce au contraire, indulgente aux frasques du < petit», soutint Léon Cladel de son inépuisable affection.

Léon vint d'abord à Toulouse pour y faire son droit. « A cette époque, raconte-t-il dans la Kyrielle de Chiens, j'étais un adolescent très délicat, en outre, très fashionable... Et s'il est vrai qu'aujourd'hui j'aille volontiers en sabots et les cheveux incultes, autrefois je n'en donnais pas moins le ton, ne vous en déplaise, aux blancs -becs de mon âge et de ma condition. » Il affectait une tenue étrange et portait «des pantalons caca-d'oie ou gorge-de-pigeon à grand ou à petit pont, et boutonnés de haut en bas, le long des coutures, sur lesquels voltigeaient, de la hanche au cou-de-pied, des rossignols et des fauvettes, où s'enroulaient des reptiles dont les queues se perdaient sous les basques de l'habit et dont les dards frémissaient sur des brodequins de maroquin rouge à bout de cuir noir verni. » C'était, comme l'on voit, un véritable élégant.

Il retourna dans cette tenue un peu baroque au moulin de la Lande, en Quercy, où il passa les vacances. Son chic lui valut quelque autorité sur

ses camarades, mais il eut beau exprimer son désir de vivre à Paris, on ne l'écouta point, et force lui fut d'entrer chez un avocat où il copia, pour sa plus grande torture, maintes formules abrutissantes. Il feignit alors d'être malade et sut attendrir si bien sa mère qu'elle s'inquiéta. La lutte fut longue ; enfin la volonté tenace du jeune Léon triompha et, un jour qu'il faisait mine de trépasser, sa mère, émue, le chargea d'une commission bizarre, dont il s'acquitta à merveille. Muni d'une médaille de cuivre, il alla trouver sa grand'mère Rose qui, à la vue du talisman, se signa, lui indiqua une bicoque près du lieu qu'elle habitait et entama cette conversation mélodramatique :

— Il séjourne là.

— Qui ? demanda Gladel avec surprise.

— Poussole !

— Eh bien ?

— A F Angélus, il abordera sur l'autre rive.

— Et puis ?

— Tu frapperas trois fois dans tes mains... Il te demandera qui t'envoie... Tu répondras : « Celle qui t'a donné. » Ensuite tout ira quasiment comme sur des roulettes, s'il plaît à Dieu.

Gela plut à Dieu, car tout se passa ainsi que l'avait prévu Même Rose. Le passeur Poussole remit au jeune Léon un sac en toile d'emballage qui contenait « 167 pièces de six livres à l'effigie de Charles X, roy de France et de Navarre, au millésime de 1829, formant toutes ensemble un total de mille deux francs». C'est avec cette somme, cousue dans la doublure de sa ceinture, que Léon Cladel débarqua à Paris. Il emporta aussi un chien, des vers, des nouvelles et un drame en cinq actes, dix à douze tableaux et une apothéose finale : de quoi faire dignement son chemin dans le monde.

Il avait prévenu un ami de son arrivée, et à peine débarqua-t-il, qu'il fut entouré par une bande d'étudiants du Quartier-Latin qui, baragouinant un argot crapuleux, le pilotèrent toute la nuit, lui, sa valise et son chien, à travers les mauvais lieux de la capitale.

Dépaysé, ahuri par les chansons hurlées à ses oreilles :

Ohé ! les petits agneaux, Qu'est-ce qui casse les verres, Les poêlons, les soupières, Qu'est-ce qui casse les pots ?

il se laissait traîner sans protester. Les colis furent déposés hôtel de ia Langouste, place de l'Odéon, puis Cladel se retrouva — sans trop savoir comment — au Prado où, attaqué par un fêtard ivre, il se défendit tant bien que mal, puis enfin il atteignit un restaurant nocturne. A l'instant où la troupe opérait son entrée tapageuse, un homme, les yeux au ciel, la main sur le cœur, soupirait :

Hier, en voyant une hirondelle Qui nous ramenait le printemps...

Les spectateurs l'écoutaient, admiratifs et larmoyants. C'était Murger.

Enfin Léon Cladel fut transporté jusqu'à sa chambre d'hôtel, où il constata qu'il ne possédait plus que quelques écus et qu'il avait égaré son chien. Et le pauvre provincial, ruiné, las, désespéré, se mit à réfléchir sur les surprises de la vie parisienne.

Il écrivit à sa mère pour lui dire que sa valise s'était perdue. Montauban-tu-ne- le -sauras -pas consentit, si son fils se plaçait chez un avoué ou chez un notaire, à lui accorder une pension de trente sous par jour. Léon chercha, et fut enfin admis en qualité de troisième clerc chez Me Gaulier, rue du

Mont-Thabor, aux fastueux appointements de trente francs par mois.

Il vécut longtemps misérable, n'ayant que la seule distraction de déclamer, à son compagnon retrouvé, les vers de ses poètes préférés. Un soir qu'il avait entendu Tomaseo Salvini, dans Othello, à la salle Ventadour, il griffonna son premier article, lequel fut imprimé dans le Pirate, petite feuille hebdomadaire.

La « gloire » commençait.

Depuis ce jour, ses rêves ambitieux lui valurent de telles distractions qu'il résolut de démissionner. Par indulgence, Me Gaulier, qui connaissait la durée des jeunes enthousiasmes, ne l'écouta pas tout d'abord, mais il dut bientôt le congédier. Imaginez que Gladel, clerc improvisé, avait rédigé un jugement fantastique qui, lu d'une voix grave en appel par le président, donnait à peu près ceci :

«Attendu que... etc., plaise à Messieurs de la Cour de confirmer le jugement de première instance et de déclarer itérativement que...

Auront les yeux clairs et méchants, Ces dames au retour des champs,

Landrirette, Le sein rose et le teint fleuri,

Landriri. »

LÉON CLADEL 4i

Ce fut, on l'imagine aisément, un vacarme affreux, et Léon Cladel, tout penaud, se vit une fois encore sur le pavé. Il en profita pour se mettre en rapport avec les écrivains de l'époque et fréquenta Jules Vallès, « s'escrimant, dit-il, à paraître enragé», et salua Béranger et Lisette à la Chaumière.

Son chien, nommé Monsieur Touche, ne le quittait guère. On ne pouvait reconnaître la silhouette famélique du poète sans distinguer, au ras de ses talons, la tête pensive de Monsieur Touche. Gladel croyait fermement que son compagnon devinait ses préférences et ne s'étonnait pas de le voir se précipiter au devant d'Alfred de Musset qui, alors perclus de rhumatismes, se traînait sur les boulevards au bras de son frère Paul.

Il se plaisait à constater ces coïncidences d'impressions : il raconte qu'un jour il rencontra, chez son ami Léon Maufras, un gentilhomme affable qu'on nommait avec respect « Monsieur le Comte ». Cladel, dès son arrivée, se mit à discourir avec une autorité tranchante et ne s'aperçut point du sourire condescendant qu'il provoquait. L'ami présenta vite le débutant au noble seigneur : C'était Alfred de Vigny. Léon Cladel faillit tomber à la renverse, et le sen-

sible Monsieur Touche fit aussitôt pipi sur les culottes gris-perle du poète de Samson qui l'avait recueilli sur ses genoux. C'est ce même chien qui, avisant Lamartine, faillit lui déchirer les mollets, au grand scandale populaire. «Il avait, comme beaucoup, dit Léon Cladel, pris ce charmant méditateur pour un épouvantail. » Et c'est encore lui que Méry, l'auteur oublié à'Eva, de la Guerre du Nizarn et de la Floride, porta dans sa poche pour qu'il ne couvrît point de ses aboiements l'un de ces prestigieux discours dont il avait le secret.

Ce sont là des souvenirs qui rapprochent les êtres. Léon Cladel aima les chiens d'une tendresse véritable. « 0 mes chiens ! disait-il, le pire d'entre vous me fut meilleur que l'homme. »

Et Cladel connut la lutte lassante, les repas hasardeux, la noire pauvreté. Mis au courant de la triste situation de son fils, le terrible Montauban-tu-ne-lesauras-pas, loin de s'en inquiéter, lui coupa les vivres. Le jeune Léon affecta de s'en consoler. D'ailleurs sa première œuvre, Les Martyrs ridi-

cules, avait été acceptée par l'éditeur Poulet-Malassis, et il écrivait à la Revue fantaisiste de Catulle Mendès.

Un jour, un homme entra dans les bureaux de la Revue, et l'émotion fut grande parmi la jeunesse présente lorsqu'on reconnut Charles Baudelaire. Il demanda Léon Cladel et lui apprit qu'il venait de lire les épreuves de son livre : « Vous avez beaucoup de talent, Monsieur, dit-il, mais votre style est à corriger. Voulez-vous que nous travaillions ensemble?» C'est ainsi que Baudelaire lui donna quelques leçons de technique et lit la préface des Martyrs ridicules. Depuis, Cladel désavoua cette œuvre, sans que l'on sache, en vérité, pourquoi, car, touffu, hésitant, espèce de tragi-comédie, ce livre annonçait un écrivain.

Ces menus succès ne lui procurant aucun subside, Cladel, afin de pouvoir continuer la tâche entreprise, se résolut à être comptable aux abattoirs de la Villette, puis homme d'équipe. Il collaborait déjà au Boulevard de Carjat, à la Revue nouvelle d'Albert Collignon, au Nain jaune, à la Revue française, à la Situation de Grenier où il rencontrait Arthur Arnould et Jules Vallès ; au Corsaire*

à la République française. Entre temps, il entra à Y Europe de Francfort qu'avait fondée Grégory Ganesco. Il devait y rédiger les échos littéraires, mais il y donna aussi Pierre Patient, œuvre d'une violence telle qu'elle fit supprimer le journal. La malchance poursuivit le malheureux romancier. C'est là, toutefois, qu'il avait connu Floquet, Frédéric Morin, Spuller, Gastagnary, et qu'il s'était lié avec Gambetta.

Il dut retourner en Quercy, au moulin de la Lande, où l'attendaient ses vieux parents pour qui il était toujours le «petit». Brusquement, il sembla comprendre la beauté sauvage de son pays; il se mêla aux laboureurs, courut les routes, s'enthousiasma pour le moindre coin de plaine entrevu sous l'ardent soleil. Il écouta chanter l'âme de cette terre généreuse, ses instincts de paysan s'éveillèrent, et il écrivit le Bouscassié et la Fête votive, ses meilleures œuvres.

Revenu à Paris, il porta, acharné et tenace, ses manuscrits de journaux en journaux, mais il se vit éconduit de partout. Aucune aide ne lui parvenait du « pays ». Son père ne lui pardonnait pas son entêtement incompréhensible. Pourquoi ne retour-

nait-il pas chez Me Gaulier ? Gomment osait-il railler les honneurs du barreau et s'obstiner dans ce misérable métier d'homme de lettres?... Léon Gladel recevait bien du Moulin de nombreuses missives mystérieusement pliées en triangle, mais il n'y trouvait que des menaces et des ironies agressives. Pourtant il se raidissait dans sa volonté ; rien ne pouvait le faire dévier de sa voie.

Un jour qu'il passait rue Neuve-des-Augustins, il aperçut les bureaux de YEtendard que dirigeait alors Auguste Vitu. Il mourait de faim. Il entra à tout hasard et offrit le manuscrit du Bouscassié. Une semaine après — ô miracle ! — il recevait la réponse : le roman était pris. Ce fut un triomphe. Quand le dernier feuilleton parut, le directeur fit appeler Gladel et, devant les rédacteurs réunis, le remercia de « l'honneur qu'il avait fait à YEtendard en lui donnant ce chef-d'œuvre». Le volume, en librairie, continua le succès. Léon Gladel était célèbre.

Un homme s'obstinait à ne rien vouloir entendre, c'était Pierre Gladel. Léon Gladel s'en désolait : « Gomment faire, disait-il, pour persuader à l'Ancien

que je ne suis pas un paresseux et qu'on parle de son fils ? » Paul Arène lui conseilla d'envoyer au Moulin les coupures de journaux qui vantaient l'écrivain et le roman.

— Hélas ! répondait Léon Gladel, mon père en ferait du feu, et s'il les lisait, il n'en croirait pas un1 traître mot.

— Même la Revue des Deux-Mondes ?...

— Même la Revue des Deux-Mondes ! Pour mon père, il n'existe que le Petit Journal.

Paul Arène connaissait Alphonse Millaud. Il tâcha d'obtenir un article dans le Petit Journal sur le Bouscassié. Mais à cette époque, Timothée Trimm régnait, et il fallut présenter la chronique sous forme de «cause célèbre», comme si l'intrigue du livre était réelle, et le nom du romancier ne fut révélé qu'à la fin, timidement. L'article fit un bruit énorme et bouleversa le Quercy.

Deux jours plus tard, Gladel recevait une nouvelle enveloppe triangulaire, mais cette fois elle contenait une invitation. On l'attendait au Moulin, et le veau gras était tué.

Gladel a raconté ce retour dans un chapitre des Va-nu- pieds intitulé : Montauban-tu-ne-le-sau-

ras- pas. Il s'est figuré sous les traits d'un rapin, et nous le voyons conduire son père au Salon, devant sa toile qui représente la gorge de Saint- Bernard -la -mort -de s -ânes. Le vieil insensible, reconnaissant son pays, éclate en sanglots. Cette toile, c'est le Bouscassié, et c'est en lisant les pages où il retrouvait son propre champ, la couleur des bois familiers et la senteur chaude de la terre quercynoise, que le vieux bourrelier pleura soudain comme un enfant.

Maintenant, près de la mort, il disait à son fils : t Pardon, je n'avais pas compris ! » Un soir qu'incapable de remuer il se laissait dévêtir, quelque chose tomba de sa poitrine. C'était le Bouscassié. « Petit, dit le vieux, replace ce livre, et quand je m'en irai, qu'on le mette avec moi dans la caisse. »

Ainsi fut fait le lendemain. Le rude bourrelier s'éteignait doucement et son fils déposait auprès de lui, dans le cercueil, le livre qui avait réveillé son cœur de pierre.

Plus tard, quand la Fête votive, qu'avait imprimée le Constitutionnel , parut en volume, Louis Veuillot publia dans V Univers un article : La haine du paysan. Parce que Léon Cladel avait dépeint,

avec une franchise brutale, les paysans de là-bas, Veuillot crut qu'il les méprisait. Barbey d'Aurevilly comprit mieux et répondit, dans le Figaro, par cet éloge admiratif dont le titre rappelle si bien le bouillant connétable des lettres françaises : « Un rural écarlate. »

Cladel, après l'année terrible, vécut à Sèvres, dans sa maison de la rue Brongniart, « une maison sombre, en recul, lépreuse, sourcilleuse, tragique, avec une avant-cour clôturée à l'alignement par un mur percé d'une porte basse». Un poêle ronflait constamment dans le salon encombré de meubles et de brochures, Cladel, éternel frileux, n'ayant pu nulle part retrouver la chaleur bienfaisante du Midi.

Il vivait là, entouré de sa femme et de ses petites filles. Des amis fidèles venaient le voir : Catulle Mendès, Verhaeren, Barbey d'Aurevilly, Valade, Albert Mérat, Edmond Picard, Villiers de l'Isle- Adam, Théodore de Banville, Charles Monselet, et les jours s'écoulaient, faits de travail, de simplicité et de douceur. Simple, Léon Cladel le fut au point de dédaigner les moindres honneurs et de mépriser les consécrations bruyantes. Gambetta était resté son camarade ; la villa des Jardies étant voisine de

Sèvres, les deux hommes se rencontraient souvent dans le parc de Saint-Gloud. Ils se brouillèrent plus tard pour des raisons politiques, sans que jamais Gladel eût rien sollicité du puissant tribun. Il n'aimait que le silence et la solitude. Edmond Picard rapporte que lorsqu'il le reçut chez lui, à Bruxelles, Gladel se trouva tellement glacé par son luxe qu'il réclama « une mansarde avec rien dedans » . C'est chez Picard qu'il connut toute la jeune Belgique : Albert Giraud, Georges Eckhoud, Iwan Gilkin, Georges Rodenbach, dont l'élégance s'effarait de la tenue débraillée de l'auteur de N' a- qu' un-Œil. Il y rencontra aussi Constantin Meunier, le peintre de la vie ouvrière, et il fut un peu, pendant cinq semaines, le Maître adulé auprès de qui toute une génération enthousiaste vint entendre la bonne parole de l'art sincère. Gladel, dans ce cercle attentif, lisait parfois des pages entières, mais si l'on s'exclamait sur la forme de son style, il rappelait la nouvelle Duœ, où il silhouetta Baudelaire, esclave de la forme. « Le vrai beau, disait-il, est celui qui sert une grande cause. »

Son œuvre, d'une verve imagée, où la phrase possède une cadence musicale, n'a traduit, en effet, que

ses propres opinions, souvent violentes. Arrièreneveu de Jean-Bon Saint-André, il se plaisait à affirmer avec force son républicanisme farouche. Il est mort à Sèvres après avoir achevé son labeur, comme un bon ouvrier se retire une fois sa tâche faite. Cette œuvre vibrante et chaude du soleil de là-bas, animée des gestes de «ses paysans», nous apparaît aujourd'hui, malgré sa truculence et ses excès, d'une puissance, d'une maîtrise singulières.

M1Ie Judith Gladel m'a conté qu'elle avait été, avec sa mère, voir ce Moulin de la Lande où l'auteur d'Ompdrailles écrivit ses meilleurs livres. Sur la porte, on distingue encore ces mots : Cladel petit fils. On aime toujours, en Quercy, l'enfant des bourreliers qui a su si bien chanter sa terre natale. Le buste de Bourdelle immortalise ses traits à Montauban. A Paris, parmi les générations nouvelles, Gladel est bien oublié; mais lit -on Villiers ou Barbey?...

Les livres de Cladel, d'ailleurs, ne sont pas tous faciles à trouver. Beaucoup sont épuisés. On y remarque un rare souci de l'harmonie dans la typographie. Ils sont imprimés avec un soin parfait sur

des feuilles à grandes marges, et chaque titre est un sujet d'art soigneusement choisi. C elui- de -la-Croix auœ-Bœufs, entre autres, est une véritable merveille d'édition.

Gladel avait l'habitude de faire écrire ses préfaces par des camarades moins connus que lui : Camille Delthil, Glovis Hugues, Picard, Camille Lemonnier, Dargenty, etc. Ainsi prétendait -il révéler leurs noms au public.

Il a laissé des œuvres inédites que MIIe Judith Cladel se propose de publier. Il serait juste qu'un des meilleurs et des plus probes écrivains du XIXme siècle fût mieux connu d'un public prompt à négliger les simples et les modestes.

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