Enquête sur l'Evolution littéraire
sions avec calme, il les subissait comme des chocs violents dont il supportait mal la force. Il s'enivrait d'éther pour se donner l'illusion de vivre un rêve hallucinant, pour être secoué du frisson de la peur ou de l'angoisse, et finissait, sincèrement, par mélanger le réel et l'irréel et par ne plus savoir à quel instant l'aberration de son cerveau lui avait fait entrevoir des chimères. La folie, le sadisme de ses héros naissent moins de l'observation que d'un enfantement cérébral, si je puis dire. Il confond les gestes à l'heure où le poison le fait sombrer dans le vague, et il décrit de bonne foi le déséquilibre d'un personnage, la lubricité des filles entrevues, ou Fhorreur de fantômes imaginaires. D'où un heurt constant de cadavres, de masques, de fous et d'ivrognes, à travers ses contes, dans des décors brossés avec une sorte de fureur sauvage, à la fois lumineux, stupéfiants et lugubres.
« Amateur de sensations » , dit de lui Achille Segard,1 analyste subtil qui aurait pu devenir l'un des meilleurs critiques de notre époque. (A mon sens, l'étude qu'il publia sur Jean Lorrain n'a jamais