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SOUS-'BOIS

REPU de fruits, gorgé de miel, ivre de vin, Le jeune Dieu, d'un doigt inhabile, s'efforce, Sous un chêne allongé, d'en écarter l'écorce, Pour saisir la Dryade au sourire divin.

L'espiègle adolescent, de qui l'effort est vain. Cambre la grâce et la souplesse de son torse; On voit croître à son front la double corne torse; Le soleil en jouant caresse le Sylvain.

Soudain, plus conscient de sa vigueur naissante. Il s'élance à travers le taillis et la sente, Et poursuit au hasard les blanches nudités;

Car, jetant le roseau sonore qu'il agace.

Il sait qu'Amour subtil, aux desseins médités.

L'a sans merci blessé d'une flèche sagace.

Sc4m{E EU^VOT^éMl

Jl\. De ses traits d'or, lassé, la paupière mi-close, Au plus profond du bois, sur la mousse, il repose, A quelque Dieu de bronze ou de marbre pareil.

Un silence embrasé pèse sur son sommeil. L'astre brûle et rutile, à son apothéose. A peine en se jouant la brise enchantée ose Frôler ses bras velus et son torse vermeil.

Par moments, saturé de bien-être, il s'étire. L'harmonieux roseau gît non loin du satyre, Par qui les moindres bruits ne sont plus épiés;

Et des nymphes, chacune espièglement venue, Forment, baissant les yeux vers l'obscur chèvre-pieds. Un groupe rose autour de sa face cornue.

éMUSIQJJE LOl^NJToil^NiE

LES coteaux que bleuit un vaporeux encens Ferment à l'horizon l'harmonieuse arène Où, quand le ciel naguère obscur se rassérène, Bondissent au soleil mes agneaux innocents.

Le satyre prélude à ses tendres accents. Caché par le feuillage agreste de ce frêne, Enivre-toi du rythme amoureux, mais refrène L'irritable désir des cœurs adolescents.

Fuis le troupeau barbu que ce bouc revendique. Fuis avec ses brebis le bélier impudique Attentif à la flûte espiègle du Sylvain;

Loin des mâles qu'aux Dieux l'humble pasteur immole. Et qu'une fière ardeur ne brûle pas en vain. Savoure l'ombre fraîche et la cadence molle.

TiEtNiO^CEéMEtNiT:

BIEN que de race ancienne et du sang des Héros, Tu préféras la glèbe et les labeurs rustiques Aux mâles actions que, sous de clairs portiques. Le marbre immortalise en gestes sculpturaux.

Dès l'aube, ta main ferme accouplait les taureaux Qu'irritent des taons vils et d'infimes moustiques; Et tu cherchais, le soir, au fond des nuits attiques, Pour rejoindre tes Dieux, des chemins sidéraux.

Si jadis tu plantas le tilleul et l'érable

Qui croissent au-dessus de ton front vénérable,

A leur ombre, revis les jours que tu vécus;

Et, te remémorant le souvenir auguste

Des élans vers la gloire obstinément vaincus,

Savoure le passé, comme un vin qu'on déguste.

VERS LES DIEUX yf

VOUCE VIE

CHOISIS le chaume sombre ou prends la tuile gaie, Mais que, dans la douceur d'une ample floraison, Au milieu de l'enclos s'élève la maison Où tour à tour chacun de tes enfants bégaie!

Que des roses d'amour frissonnent à la haie! Qu'aux croupes des agneaux blanchisse la toison! Qu'au retour du pacage, où croît l'herbe à foison. L'épouse qui guida tes génisses les traie!

Coupe le seigle ou l'orge et vendange le vin; Recueille le miel blond de tes ruches sonores; Sème et récolte; aucun labeur, ami, n'est vain.

Et que, par toi plantés, d'agrestes sycomores Accompagnent plus tard d'un murmure divin Les souvenirs sacrés que tu te remémores!

LE K^OSEqAU

Du roseau gémissant dont la grêle harmonie Enchantait le silence et le calme du soir, J'ai fait ma flûte, et seul, la nuit, je vais m'asseoir Et confie à l'écho ma tristesse infinie.

Au sonore instrument ma lèvre reste unie. Où le vent soupirait, pleure mon désespoir. Mes timides sanglots charment l'horizon noir, Des montagnes de Thrace aux grèves d'Ionie.

Une amoureuse haleine, en ce roseau sacré, Avec la brise errante et molle a murmuré. L'air suave est ému de la plainte jumelle;

Et l'obscur voyageur, qu'a lassé le chemin. Fait halte pour bénir la Nature, qui mêle Sa divine tendresse à notre rêve humain.

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VERSLESDIEUX 77

L'EC^CLOS C^c4rc4L

LE silence et le deuil flottent discrètement Sur le verger jadis hanté des Dieux où j'erre; Et l'aurore a vêtu de sa pourpre légère Les choses, dont émane un attendrissement.

O morne enclos natal, la voix du passé ment. Mon âme sous mon toit me semble une étrangère. Je ne reconnais rien, et mon trouble exagère Tant de mélancolie et tant d'isolement.

Mais je reconstitue en moi l'humble domaine,

Tel que l'aima mon cœur dans une extase humaine,

Tel que l'ont vu mes yeux dans un rêve enfantin;

Et, dédaigneux de tout ce que l'orgueil envie, J'éprouve en ce verger doré par le matin. Que la mort fait un peu le charme de la vie.

tAu vicomte de Guerne.

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