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L'EC^FEU

POÈTE, lorsque ému religieusement, Sans craindre l'âpre écueil ni l'embrun écumant. Du gouffre énorme tu t'approches, Dans la Genèse antique, ô poète qui crois, Tu retrouves le bras qui tailla ces parois, Et la main qui pétrit ces roches.

Tu marches téméraire ou tu vas anxieux. Interrogeant les flots, interrogeant les cieux,

Puis tu t'arrêtes et médites, Et tu ne sais, au bord des grèves où tu vins, Si des hymnes pieux ou des blasphèmes vains

Sortent des profondeurs maudites.

Écoute. L'ouragan siffle; les cormorans

Dans leur fuite ont jeté des appels déchirants;

Toute la côte fume et clame; Et la falaise à pic, rempart debout encor Impassible devant l'effroyable décor,

Vibre à l'assaut de chaque lame.

Regarde. A l'horizon, les flots noirs et plombés, Sur qui sont tous les pleurs de l'infini tombés,

Dressent leurs crêtes triomphales, Et les Dieux irrités de l'abîme marin.

Dans les lueurs de rêve et dans les chocs d'airain.

Brandissent le fouet des rafales.

Brasière gigantesque où bouillonne la mer, Le havre qu'éperdu hante le râle amer

Semble préluder comme un orgue A quelque office obscur pour ceux qui sont venus. Les yeux clos, enlacés d'algues et demi-nus.

S'échouer dans l'horrible morgue.

Et les blocs détachés, vaincus, tourbillonnants, Les vestiges d'îlots, de caps, de continents,

Débris que la houle gouverne.

Les restes de cités basaltiques, épars Dans les tourmentes, sont chassés de toutes parts

Vers quelque béante caverne.

Car le rauque Océan qui gronde sans répit, Et de qui la fureur jamais ne s'assoupit.

Dans ses formidables colères.

Promène, toujours sombre et toujours agressif, L'humble barque brisée à l'hostile récif.

Et les rivages séculaires.

l8o PÈLERINAGES

Et ces épaves vont mortes, et les élans

Des vagues vers les hauts promontoires branlants

Les poussent au gré des marées; Et, par les soirs brumeux, l'homme évoque surpris Dans l'écume cinglante et dans les brouillards gris

Des ruines démesurées.

Mille bruits sur les rocs et dans les cavités Semblent par mille échos géants répercutés,

Et la lutte surnaturelle Qui roule et se prolonge en tonnerres soudains Fait trembler les granits étages en gradins

Et minés sourdement par elle.

Et les phares du ciel sur ces bords infernaux Ne répondent jamais aux timides fanaux

Que l'audace de l'homme allume; Et la nuit on entend le lourd marteau forgeant Pour les lames de fer une frange d'argent,

Tomber sur l'invisible enclume.

Morne Plogolf, où l'ombre erre en s'épaississant, Architecture étrange et dont le flot puissant

Ronge la base et mord la frise; Vaste amas de donjons et de murs, que parmi Des bas-reliefs massifs écroulés à demi

Le temps émiette et pulvérise!...

L'ctcrncI vent du large entraîne loin de là Les nuages hagards que son souffle mêla,

Emporte les miasmes fétides; Et nos yeux ont parfois, tragiquement sondeurs, Perçant l'opacité des glauques profondeurs,

La vision des Atlantides.

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