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LE TT{Ê

OH ! qu'à l'aube des jours, l'enfantine prunelle Réfléchit le regard des étoiles en elle! Combien, neuve à la vie, et la transfigurant, Elle imagine tout, simple, naïf et grand, Et comme aérienne et musicale, l'heure.

D'une chanson d'abeille en son vol nous effleure! Je revois, quand je songe à ces jours révolus, A ces jours qui jamais ne me souriront plus, Le pré qu'une rivière enchante d'un murmure Et qu'aux yeux fascinés nulle enceinte ne mure. Sinon la verte haie où nichent les oiseaux. Une aïeule y venait en tournant ses fuseaux. Vers l'heure où l'Orient s'illumine et se moire. Et de contes dorés enivrait ma mémoire. Les agiles agneaux et les hardis béliers, Y charmaient les brebis de leurs bonds familiers, Et la noire génisse, et les chèvres bêlantes. Paisibles y broutaient d'aromatiques plantes;

VERSLENFANCE 23

Puis sentant, dans le soir, sous les cicux assoupis,

Leur paupière plus lourde et plus pesant leur pis.

Retournaient à l'enclos d'une allure massive.

Quelquefois, sur la haie agreste, la lessive

Séchait au grand soleil, éblouissante à voir;

Les servantes, bras nus, troublaient l'eau du lavoir,

Et de leurs rudes mains au labeur acharnées.

Scandaient sonorement la fuite des journées.

Et moi, l'enfant chétif qu'on gâtait volontiers.

Emplissant de mes jeux confus tous les sentiers,

Lorsque se déroulaient les rondes et les danses,

Déjà je me pliais aux légères cadences.

Ou j'écoutais déjà, sur quelque tertre assis.

L'écho de nos anciens et fabuleux récits.

Ah! que sont devenus, dans les métamorphoses.

Les êtres chers, les lieux sacrés, les portes closes!

Qui donc, ô toit natal, possède maintenant

La rivière limpide et le pré rayonnant,

Le pré mystérieux où tout me fut asile,

A moi qu'un fol orgueil loin du bonheur exile!...

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AH ! l'enfant d'autrefois au regard ingénu, L'être fait de candeur, qu'est-il donc devenu? Qu'est devenue, hélas! sa pureté divine? Où sont le vieux jardin qu'un orage ravine. Le banc de hêtre où l'humble aïeul venait s'asseoir. Le pré qui s'emplissait de longs appels, le soir, Les chèvres, les agneaux, les béliers irritables, La chanson des bouviers, la rumeur des étables. Le vol d'or des essaims dans l'enclos plein de fruits, Le bosquet embaumé qui filtrait tous les bruits. Et qui laissait pleuvoir le soleil goutte à goutte?... O saintes visions qu'attendri l'homme goûte, O souvenirs empreints d'idéale fraîcheur. Versez votre lumière en l'âme du pécheur!

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VliRS l'i-N TANCE 2f

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LA romance enfantine aux cadences anciennes, Sur vos lèvres de grâce un peu musiciennes A chanté doucement, comme si quelque glas Sonnait la fin de tout dans un monde très las. Plus tremblant que l'oiseau sur sa frêle couvée. Le regard immobile et l'âme captivée, J'ai longtemps écouté le refrain d'autrefois Où revivaient les prés, les collines, les bois, Les treilles sur les murs, les roses sur les portes, Tout le cadre adoré des espérances mortes. Mon cœur pesant, mon cœur fait de glace et de nuit Vogua sur la chanson murmurante qui fuit. Comme sur les flots clairs une lourde banquise ; Et j'ai goûté soudain l'illusion exquise. Sentant par votre voix mon rêve caressé. De revivre un instant l'harmonieux passé.

Lc4 SEl{VcAC^TE

CELLE qui fut ma vieille et naïve servante Vient de mourir, et plus d'une oraison fervente Accompagna son corps jusqu'au lugubre enclos. Et moi je veux mêler au concert des sanglots Quelques vers du rêveur tendre qu'elle vit naître, Pour que, dans son sommeil insondable, pénètre Un écho des chansons qui bercèrent l'enfant Dont le regard se mouille et dont l'âme se fend; Pour que la tombe soit moins noire et moins amère A la femme au grand cœur qui fut un peu ma mère; Pour que, parmi les chers souvenirs effacés, Ce court poème évoque, en de lointains passés, Car des êtres anciens elle me restait seule, L'eurythmique douceur de ses gestes d'aïeule.

VERS L ENFANCE

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