SOLEILS
J'ai regardé Tamour fixement, et depuis, Perdu dans je ne sais quel rêve, je ne puis Distinguer autre chose, et tremblant de vertige Je sens qu'autour de moi tout chancelle ou voltige Et, tel un cerf qui craint les traits sûrs de l'archer Je m'enfonce dans l'ombre et je n'ose marcher, Tant l'éblouissement inoubliable embrase Et fascine mon cœur d'une idéale extase, Et tant, ivre à jamais, je demeure pareil A celui qui longtemps regarda le soleil.
VERS l'illusion 285*
ÉCLcAI^CIES
PARFOIS l'amour, oiseau léger dont l'aile hésite, Grave, me rend encore une sainte visite, Et son vol gracieux effleure tendrement Ma vieillesse précoce et mon isolement.
Mes tristesses alors semblent atténuées; Ainsi qu'un coup de vent chasse au loin les nuées. L'horizon de mon cœur s'élargit un instant. Et des effluves chauds le font plus palpitant. Mon âme nostalgique et lasse du mensonge Éveillée à demi tressaille; puis je songe Devant ce frêle espoir subitement ouvert. Au soleil éclairant tout à coup un désert.
VoiVEU
LES mots les plus voilés, les plus chastes, les plus Caressants, les mots doux comme des angélus. Traduiraient-ils ce qu'ont éprouvé nos deux âmes, Lorsque, le tendre soir venu, nous apaisâmes La soif d'amour qui fait comprendre l'infini Dans un baiser que nul souffle impur n'a terni? L'œillet humide encor des anciennes rosées. Où tour à tour se sont nos deux lèvres posées, Entendit le secret divin, qu'éperdûment Y scella notre lèvre en son noble tourment. Puis effeuillée enfin pétale par pétale, L'humble fleur fut rendue à la terre natale, Au sol où nous avons nos racines tous deux; Et les amants futurs sentiront autour d'eux, Car l'empreinte jamais n'en peut être abolie, L'aveu de ma tristesse à ta mélancolie.
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T'BjSOTi TE%pU
DEPUIS que tous les deux, chaque jour, nous allons Vers les bois des coteaux ou les prés des vallons, Et qu'au parc, où la sente à la sente s'enlace, Votre âme apitoyée étreint mon âme lasse; Depuis que mariant les œillets aux jasmins. Nous errons au hasard par les tendres chemins, Le soir est embaumé de vos chastes paroles Plus que par les parfums suaves des corolles, Et je m'enivre moins à leur divine odeur Qu'à votre émoi naïf et rose de candeur. Mais je ne puis toujours, d'une marche sereine, Atteindre l'idéal éphémère où m'entraîne Votre rêve encor vierge et que rien n'a déçu. O fraîcheur des premiers aveux!... Si j'avais su. J'eusse gardé pour vous, avec une foi neuve. Tout ce que de moi-même a dispersé l'épreuve. Pour, sans remords ni peine, en la grâce des soirs. Mêler mes cheveux gris avec vos cheveux noirs!