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VIV1{E

ON cœur à ton regard lumineux s'ensoleille, Et ton sourire clair me fait l'âme vermeille. Ah ! vivre est sacré ! vivre est charmant ! vivre est beau? Et la vie est partout, même dans le tombeau! Ton sourire me grise et ton regard m'enivre. Pour une éternité d'extase je veux vivre. Oui, c'est afin d'aimer qu'ici-bas nous venons! Les fleurs sans lendemains, les planètes sans noms, Dans l'obscur tourbillon d'ivresse universelle Gravitent, et l'amour mystérieux ruisselle Du calice en parfums et de l'astre en rayons. Ah! que nous avons tort si nous nous effrayons! Le sépulcre, océan de silence où tout sombre. Est joyeux, car l'amour en fait resplendir l'ombre. Car l'amour comme un trait, vibre et siffle à travers L'harmonieux essor des calmes univers.

Ah! savourons le soir et savourons l'aurore! Sur le ressuscité d'hier, épands encore

VERS l'illusion 289

La grâce de ton geste eurythmique et divin Qui n'offre la pitié ni la tendresse en vain. Errons ensemble où dort l'âme d'anciennes choses; Penchons-nous sur la vie et ses métamorphoses; Scrutons la Destinée et songeons qu'il est doux, Alors que le jour meurt, de tomber à genoux. Et de sentir, devant l'horizon qui se voile. Trembler son cœur ainsi que la première étoile.

TEUr-ÉT\E

SI parfois tous les deux nous pouvions nous asseoir Au fond du triste parc enveloppé de soir, Ouaté d'ombre et filtrant du rêve et du mystère; Si, pleins du cher secret que nos cœurs veulent taire, Nous savourions parfois au fond du triste parc Où quelque Amour déçu n'ose tendre son arc, L'ineffable lenteur du tiède crépuscule A l'heure où comme un doux fantôme gesticule Chaque arbre dont la cime a des frissons d'argent, Ah! peut-être le ciel serait-il indulgent! Peut-être la pitié nous amollirait-elle.

Peut-être verrions-nous notre lèvre mortelle Resplendir de l'aveu que l'orgueil y scella. Et rayonner le Dieu qui nous attire là! Peut-être alors, nos mains pâles s'étant unies, Saurions-nous écouter de fraîches harmonies, D'anciens chuchotements ou d'enfantines voix. Et tout ce qui, prêtant une âme obscure aux bois, Des soupirs de l'allée aux sanglots des fontaines. Évoque l'espérance en images lointaines.

VERS L ILLUSION 29I

SC\UTULES

L'antique banc, témoin de nos aveux passés, Est encor dans le parc attendri, je le sais. Les vieux arbres, dont l'âme a des plaintes si douces. Sont toujours revêtus du bronze d'or des mousses, Et l'adieu du soleil aux vaporeux lointains Comme naguère expire en reflets incertains. Mais nul ne me verra, d'une marche qui tremble. Errer seul où parfois nous errâmes ensemble. Et dans l'ombre que font les rameaux autour d'eux. Rêver seul où parfois nous rêvâmes tous deux. Q^uelque chose de notre ancien bonheur peut-être Flotte dans les frissons du tilleul et du hêtre; Peut-être où mon front las s'appuya sur sa main S'exhale une suave odeur de lys humain; Peut-être le sentier que l'herbe me dérobe Conserve le vestige embaumé de sa robe Et l'empreinte menue et fine de ses pas!... Vieux banc, arbres plaintifs, soleil, je n'irai pas

OÙ la voix dti passé nostalgique m'appelle.

Comme on laisse une morte au fond d'une chapelle.

Je laisserai là-bas son souvenir vivant,

Pour que l'encens des fleurs, les prières du vent

Et les soupirs du bois qui sans fin se lamente

Y bercent sa mémoire impalpable et charmante.

VERS L ILLUSION 293

CEC^V1{ES EXTIc4rOn{ES

,A Fernand Gre^h.

MON amour se prosterne en attitudes vaines. Esclave d'un regard, je cueille des verveines, Je moissonne des lys au prestige immortel, Et, comme un néophyte approchant de l'autel. Pour qu'un pardon ému de son orgueil descende. Je dépose à ses pieds la symbolique offrande. Parfois vers les forêts ou l'Océan je pars. Essayant de traduire en mes hymnes épars. Afin que la douleur des choses l'attendrisse, Tous les sanglots de la Nature inspiratrice. Mais ni l'âme des fleurs que dispersent les vents. Ni l'adoration de mes psaumes fervents, Ni les concerts naïfs d'une lyre enfantine Ne charment son cœur fier dont la froideur s'obstine. Hélas! si mes accents ne savent la toucher; Si, pareille à la sainte au faîte du bûcher, Elle reste impassible en sa mélancolie; Si par moi sa rigueur ne peut être amollie,

O VOUS, livrez, livrez aux flammes ces accords, Consumez ces soupirs comme on brûle des corps, Et pieux, emplissez de leur cendre fragile L'urne de grès rustique ou d'amoureuse argile.

VF. RS L ILLUSION 2C)^

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