‹ Pelléas et Mélisande de Claude DebussyChapitre 12 sur 35 · LE PELLÉAS ËT MÉLISANDE · texte numérisé non relu

LE PELLÉAS ËT MÉLISANDE

un contact direct avec elle, se sentir soutenus par autré chosé que dés rimes misérables.

De son immédiate union avec Maurice Maeterlinck, Claude Débüssy a recueilli lés fruits : il a complété, et parfois dépassé, — n'est-il point permis de le dire ? — l’art de son poète. Maeterlinck se plaît à découvrir ce qui se cache en ñhous et que noûüs ignorons. Par les hantises dont il use, sans ménagement, il nous inquiète et péut nous lasser : mais « chanté » par un aussi passionné colläborateur, il insinue dans nos pensées, sans rébellion de notre part, sa philosophie pessimiste,

Observations générales. — L'examen analytique de Pélléas est de nature à rendre surprenants quelques-uns des reproches qui furent faits à l’auteur en 1902 : « Pas de mélodie; pas de motifs; des harmonies barbares; pas de lignes; point de rythmes ». La richesse de l'ouvrage én mélodies, en motifs, en trouvailles harmoniques, en figurations rythmiques variées et persistantes, en rappels de « couleurs », en symétries; la netteté du dessin sous des estompages voulus ; tout cela saute aux yeux en même temps qu'aux oreilles. Il est vrai que l’accoutumance s’est faite, qui nous rend familiers des modes de langage jugés déconcertants en raison de leur nouveauté. fl n’est pas douteux non plus que l’étrange matière musicale dont de bruyants producteurs nous vantent aujourd’hui les vertus, nous fasse trouver plus exquise la langue non contrainte que parle, dans Pelléas, Claude Debussy. Voilà même que ce musicien, ennemi déclaré du pédantisme et des formules d'école, nous apparaît —tel Wagner lui apparaissait à lui-même, — comme un continuateur des classiques, par l’esprit d'ordre, par les belles proportions, si soi

gneusement ordonnées, de ses constructions sonores. Le classicisme n’est pas, comme le croyait Debussy (1), inféodé à un certain langage. L’évolution des vocables et de la syntaxe n'empêche pas Montaigne, Pascal et La Bruyère d’avoir entre eux des parentés d’esprit, sinon de style;

de pratiquer, dans leur discours, ce choix des”

pensées et des mots, raisonné, rationnel, qui est la marque des modèles. Il y a d’analogues conformités entre un Josquin Després et un Mozart, entre un François Couperin et un J.-S. Bach : chez tous la perfection de la technique garantit la liberté de l’imagination, en même temps que la volontaire obéissance à des convenances générales. Mais les langages sont fort divers.

Debussy nous apparaît fidèle à ces habitudes d'esprit et à cette discipline qui fait les classiques. Il n’ébranle pas les colonnes du temple : il y surajoute, en s'appuyant sur elles, des ornements nouveaux, et s’il a eu le tort, à certains jours, de ne point professer pour les maîtres anciens (2) la révérence qui leur est due, il s’est

doublemnt trompé : il a été vis-à-vis d’eux in-

juste, et imprudent vis-à-vis de lui-même; car il est demeuré leur disciple, plus sans doute qu'il ne pouvait l’imaginer. Il n’a pas rompu avec la tradition; il l’a suivie partout où elle lui livra des filons exploitables.

LA

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