‹ Pelléas et Mélisande de Claude DebussyChapitre 14 sur 35 · Le mot cadence veut dire chute. Dans l’art moderne · texte numérisé non relu

Le mot cadence veut dire chute. Dans l’art moderne

ce régime, dont les maîtres surent jouer, la langue harmonique, bridée, suffit pourtant à l'expression des chefs-d’œuvre les plus divers, Mais toutes les autres séries modales (modes de ré, de mi, de fa, de sol, de la) (3) que l’Antiquité et le Moyen Age avaient pratiquées et que l’art populaire conserva très vivantes, furent reléguées et devinrent désuètes. Un pseudo:

mineur, qui n’est qu'un majeur altéré, les remplaça, fort mal.

Vint le temps où ce régime parut trop enfermé : Chopin, Wagner et avant lui Berlioz, en brisèrent les rigueurs : la vieille tonalité fut ébranlée. César Frank, Gabriel Fauré élargirent le jeu des modulations et leur langue se colora de teintes nouvelles. Il appartenait à Debussy d’aller plus loin dans l’extension du langage harmonique ; parce que, tout en se réservant le droit aux précisions, il s’orienta vers un parler ondoyant, plein de sous-entendus. Et voici comment, avant d’avoir rencontré Maeterlinck, il déclarait (1889) concevoir les ressources de l’harmonie.

la cadence habituelle, celle des classiques, est dé la forme À où B. Très souvent elle est annoncée, on pourrait dire préparée, au moyen de l'accord figuré en G sur l’exemple 3, et qui est dit, en raison de sa constitution, accord de quarte et sirte. Il importe de signaler cette coutume contre laquelle Debussy regimba, avec férocité, ainsi qu'on le verra plus loin.

1. Pour se les représenter, il suffit de jouer au clavier, sur les seules touches blanches, la série des sons comprise entre deux ré, ou deux mi, dans l'étendue d’une octave,

Ernest Guiraud s’effarouchait quelque peu des audaces de son élève : il lui demandait de les . justifier. « Est-ce que, répondait le « prix de Rome », frais échappé de la Villa, l’octave ne se divise pas en vingt-quatre demi-tons réduits au clavier à douze, par le tempérament? (1). On peut fabriquer avec cela-telle gamme que l’on veut. Je ne crois plus à l’omnipotence de votre sempiternel : do ré mi fa sol la si do... Il ne faut pas l’exclure, mais lui donner de la compagnie, depuis la gamme à six tons jusqu’à la gamme à vingt et un degrés (2). Il faut user copieusement de l’enharmonie, mais aussi distinguer un sol bémol d’un fa dièse... Les tons relatifs (3), une blague! La musique n’est ni majeure, ni mineure. Ou plutôt elle est les deux, simultanément. Ce qui peut l’assouplir et la renouveler, c’est un compromis perpétuel entre tierces majeures et tierces mineures : du coup les modulations réputées les plus lointaines deviennent simples. Quand je dis le ton de la, par exemple, cela n'’entraîne aucune conséquence modale. Le mode est celui auquel pense le musicien à un instant donné : il est instable... »

Cette manière de voir, Debussy la modifia par la suité, et assez tôt pour qu'on s’aperçoive,

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