‹ Pelléas et Mélisande de Claude DebussyChapitre 22 sur 35 · KE · texte numérisé non relu

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que nous est annoncé le développement du drame.

Un appartement dans le château. — Des arpèges aux bois accompagnent le lever du rideau; on les doit signaler parce qu'ils reparaitront, en fir de scène, à la fermeture. Geneviève, pour lire à Arkel la lettre de Golaud à Pelléas, adopte plus complètement que partout ailleurs dans le drame cette déclamation, voisine du langage, que préconisait Jean-Jacques .:

Un soir, je l'ai tr vée tout en pieurs au bord dune fon

sta. ne, dans la fo rèt où Je me suis perdu

À plusieurs reprises le thème de Mélisande insinue dans cette trame si simple son expressif début :

a) Geneviève

S'il consent néanmoins à l’accueillir comme

accueille - rait sa pro-pre fil : le

Le en ds dise co PE

Arkel, interrogé par sa belle-fille, et aussi, pourrait-on dire, par la réitération, au violon: celle, et très expressive, du thème IV,

répond avec le calme et l'incertitude d’un sage... Et cependant il ne « parle » pas : il « chante » un très noble motif, qui ne devient pas un air, mais dont la ligne mélodique, très: arrêtée, est soutenue par le cor anglais *

Cor anglais

. . é . . . Je Ti avait foujours sui. vi mes conseils jusquicis

j'avais cru le rendre heureux en TADUE deman.der,,

C'est que Debussy n'est l’esclave ni d’une formule ni d’un système : suivant les impulsions de son instinct et les choix de son goût, il varie son langage. Même il emploie ici, après l'énoncé de la précédente cantilène, une sorte de « réponse » de fugue, à laquelle les mots confèrent une émouvante tristesse :

Une ponvaif pas rester seul, et depuis le

mort de so femmeil était triste d’être seul,

Il prend son bien où il lui plaît ; et, à l’occasion, du vieil arsenal il tire des matériaux qu'il rajeunit. Nul musicien n'est moins pédant que lui; nul aussi n’est moins exclusif. Sa culture technique met à sa disposition tout ce qu'il peut souhaiter.

Le beau thème IV revient, — qui paraît bien être le motif de la Destinée, — lorsqu'Arkel, méditant sur le sort de Golaud, approuve tacitement le nouveau mariage de son fils :

{n'arrive peut-être pas. d'éye. n6«

- ments f. nuti les:

L'entrée de Pelléas se fait sur un 3/4, syncopé à la basse :

et où l'insistance de la quarte la-mi, en divers accords, prend l'accent d’une angoisse. Mais il semble que la fin du tableau subisse un effacement volontaire, afin que, dans l’interlude qui suit, et surtout à l’entrée de Mélisande, le thème qui l’incarne, énoncé cette fois dans toute son ampleur, fasse mieux saillir sa beauté.

Devant le château. — Ce thème est confié à un hautbois auquel font cortège deux flûtes dans le grave, un cor et le quatuor des cordes, divisé en huit parties. Rien de plus aérien que cet ensemble, dont se pare l’entrée de Geneviève et de Mélisande :

C’est à cet instant qu'un des critiques de 1902, dont il vaut mieux ne rappeler ni le nom ni l’article, se pencha vers un voisin pour lui dire, presque à voix haute, pendant la répéti-

tion générale : « Décidément, il n’y a pas de mélodie! »

« I] fait sombre dans les jardins », dit Mélisande. Des triolets, syncopés, aux bois, puis aux cordes, semblent aussi jeter un voile sur l'orchestre. Mais le thème III, par instants, il-

lumine la grisaille. « Ici, il fait un peu plus .

clair qu'ailleurs... » Sur ces mots de Geneviève, trois flûtes s’empressent, en une escalade qui aboutit à un accord attristé (mineur), car Geneviève ajoute : « Et cependant la mer est sombre... »

Que l’on ne croie pas, cependant, que Debussy épilogue musicalement, sur tous les mots du texte, et trop minutieusement les commente. Les exemples ici présentés de certains « accents », remarquables, ne doivent pas faire croire à un morcellement perpétuel de la musique, dû à une interprétation trop serrée du texte poétique. Aussi bien ce commentaire, dont je sens et les lacunes et l’insuffisance, ne peut-il être lu, sans danger de méprise, que par des auditeurs familiers déjà avec le drame et l’ayant perçu, par les oreilles et par les yeux, à la scène, — et là l’ayant senti.

Ils. se souviendront du papillotage de lumière qu'évoque le phare, de l'intervention inattendue d’un chœur lointain de matelots, auquel se superposent le thème de Mélisande (II) et celui de Golaud (I) :

Flûte et Hantb,

LT L . ‘ Ê o Melisande: Cest le na. vire qui mamenée 1 Ci,

Ces rappels et ces souples enchevêtrements qui peuvent être comparés à ceux de Tristan, étant du même ordre sentimental, n’ont rien de commun avec les abus thématiques de la Tétralogie, qui sont du système. Et lorsque s’achève ce premier acte sur un dernier rappel du thème de Mélisande,

(@) | IN Flûtes

nous ne pouvons juger indiscret son retour.

La clarté de toutes ces ordonnances est par: faite : elles manifestent, de la part de l’au-

Maurice Emmanuez. — Pelléas. 11

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teur, la volonté d'’individualiser chaque scène, de la délimiter par des rappels de la mélodie ou des déssins, d'établir éntre les tableaux successifs des parentés et des soudures. Cette préoccupation Va se faire jour, uné fois de plus, au début de l’acte suivant,

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