‹ Pelléas et Mélisande de Claude DebussyChapitre 23 sur 35 · Acte II · texte numérisé non relu

Acte II

Une fontaine dans le parc. — La scène s’ous vre par le thème V, qui est mañifestément celui de Pelléas, et qui a, dès le second tableau de l’acte I, marqué l’arrivée du personnage. Il est ici chanté par les flûtes. À l’entrée de Pelléas et de Mélisande les instruments à cordes dessinent, avec le concours furtif dés bois, en alternances, une girandole Sonore qui äüra son rôle à travers l’acte :

A VY gs ; Flüte 5 FR :

et qui paraît traduire, sans harmonie imitative, le ruissellement des eaux et leur limpidité. De béaux accords parfaits, d’abord aux bois, puis aux cordes graves, sübdivisées, tandis que les violons tiennent un la aigu, enveloppent de mystère ces mots : « Il paraît Que c'était une fontainé miraculeuse : elle ouvrait les yeux des aveugles.… » Mélisande se penche imprudemment suf

le bassin pour plonger ses mains dans le crista] des eaux. Pelléas, en lui disant : « Prenez garde !... » provoque l'éclosion d’un nouveau thème :

que lé développement scénique utilisera, en re: tour. Le thème II (Golaud) reparaît, appelé par les souvenirs que remue Pelléas : « C’est au bord d’une fontaine qu'il vous a trouvéei »

TRES | Météante: Oui! Mélisande: Rien!

Pelléas voudrait que Mélisande lui répétât tout l'entretien avec Golaud. Distraite par les miroitements de l’eau, Mélisande répond à peine aux questions qu'on lui pose : « Vous allez tomber! insiste Pelléas. Avec quoi jouezvous? »

L'anneau tombe au fond de l’eau : la jolie formule mélodique prend une forme nouyelle :

Meélisande.

Ce n'est plus! elle. Eleest per due, perdue.

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Il se fait un développement symphonique de ce thème, revenu à sa forme primitive, tandis que Mélisande se reproche d’avoir jeté la bague « trop haut du côté du soleil »... Pelléas rappelle que « midi sonnait au moment où l’anneau est tombé » [thème VI (la fontaine), à la harpe; thème VIII (la bague), au violoncelle] et il faut l’observer avec lui : la scène suivante - nous apprendra les rencontres de l’heure.

Ce tableau de la Fontaine dans le parc, par la délicatesse des nuances, par l'intensité d’une émotion intérieure qui se voile, par l'intimité du discours musical, est peut-être ce qu’il y a de plus achevé dans la partition.

L'interlude qui suit, sombre, contient un

dramatique roulement de timbale :

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Une lente cantilène de violoncelle, sur laquelle le motif de Mélisande, écourté, se greffe à diverses hauteurs, aboutit au thème de Go- Jlaud (IT), dont les trois premiers temps se con-

fondent sinon par les rythmes, du moins par les « degrés », avec le thème de l'anneau (VID) ; rencontre qui n’est pas fortuite et qui marque dans la pensée du musicien, des intentions pareilles à celles du poète : corrélations mystérieuses entre les hommes et les choses :

Un appartement dans le château. — Golaud, blessé, raconte à Mélisande l’effroi qui a emporté son cheval aux « douze coups de midi »

et qui a entraîné sa chute... « Prenez gardel Mélisande... » rappelle le hautbois, qui chante le thème indiqué plus haut, accompagnateur de cette exhortation ; et cette ressouvenance prend ici la valeur d’un présage. ne

Un motif nouveau apparaît, attaché, semblet-il, à l'état de souffrance qui sur son lit couche Golaud :

Mais les thèmes de Golaud et de Mélisande,

plus ou moins modifiés, interviennent plusieurs fois. Celui de Mélisande subit, entre autres transformations, celle-ci, qui vaut d’être montrée : c’est au moment où Mélisande, ne pou-

vant retenir ses larmes, s’attire cette question : « Pourquoi pleures-tu tout à coup? » et répond :

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Et lorsque plus loin elle murmure : « Vous ne pouvez me comprendre : c'est quelque chose de plus fort que moi... », le thème de Pelléas re-

paraît furtivement :

Il y a pour soutenir ces paroïes de Golaud :

« Ne peux-tu te faire à la vie qu’on mène ici? n. quelques mesures confiées aux bois, en extrême , douceur, et qui sont admirablement expressives.

Par une subtilité charmante, lorsque Mélisande, après s’être plainte de ne jamais voir le ciel, avoue qu'elle l’a vu pour la première fois « ce matin », c'est du ruissellement de la fontaine (thème VI, exemple 53) que se détachent quelques notes à la flûte. Aïnsi, Mélisande évoque la rencontre avec Pelléas.

Golaud exige que l'anneau perdu soit retrouvé... Il faut un interlude pour transporter Mélisande à la grotte : le thème de Mélisande, celui de la Fontaine dans le parc, le thème de Golaud, autrement rythmé, s’enchevêtrent, se. développent, s’interrompent, se transforment, sans qu'il en résulte une impression de décousu ou de travail thématique. Ces idées musicales sont des images flottantes qui s’appellent, “s’unissent et se séparent sans effort apparent. Elles suscitent d’ailleurs des idées et des dessins secondaires qui aident à leur fusion.

Devant une grotte, — Teintes orchestrales assorties à l’objet :

Pelleas

Il fait si noir + que l’entrée de la

* &rofte ne se distingue plus du reste de la nuit

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Ces temps ternaires, qui roulent sourdement ici, vont se transmuer, sur le même dessin, en temps binaires; au moment où Pelléas et Mélisande pénètrent dans la grotte. Il s'établit ainsi une différence et une parenté, qui assurent et la variété et l’homogénéité de la scène :

On signalera seulement, dans cet étrange tableau, l’insistance harmonique pleine d'agré-

ment, qui prolonge un certain accord (1) pour faire attendre « que la lune ait déchiré ce grand nuage »; accord émietté en courtes valeurs répétées; — et, en fin de scène, la dénudation harmonique chargée de peindre et le sommeil des aveugles et la famine qu'ils oublient en dormant. Le même dessin se poursuit, ici en noires, et de nouveau ternaire ;

Le tableau s’achève dans le yieux mode de ré (A), en ton de la (B), et qui a pour formule :

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