SCÈNE IV
M. LAUNAY, LOUISE, puis MANETTE
M. LAUNAY , refermant la porte sur Maxime.
Ecoute ! ils vont venir. — Oh ! je n’ai pas besoin De te dire qu’il faut ici prudence et soin.
Tu comprends , n’est- ce pas ? qu’ayant pour eux la force Ils peuvent tout ; et puis , ils sont de rude écorce ,
Et tu ne devras pas par trop t’effaroucher ,
S’ils viennent de leurs mots grossiers à te toucher.
Je souffrirai beaucoup, mais enfin, si je t’aime.
Je me dois d’accepter cette épreuve suprême.
• Hélas ! nous traversons des jours qui sont mauvais ,
Et ton père a tant peur pour toi , si tu savais !
Je ferai , soyez sûr , ce qu’il convient.
M. LAUNAY
J’y compte.
Ne va pas les braver , calme une humeur trop prompte. D’ailleurs, je veillerai sur toi ; rien ne défend Qu’un vieux père soit là, veillant sur son enfant.
Les voici !
• MANETTE
M. LAUNAY
Du courage !
MANETTE
Ils frappent à la porte !
M. LAUNAY, résigné.
Manette , il faut ouvrir.
MANETTE
Ouvrir ! la chose est forte >
Ouvrir ! notre maison est-elle un cabaret?
Ouvrir à ces gens-là ! m’est avis qu’il vaudrait Mieux les laisser dehors grelotter sous la bise,
Mais fait* on ce qu’on veut ?
PUFSTER , du dehors.
Ouvrez donc ou je brise !
(A la cantonade, pendant que Manette se rend lentement vers la porte.)
Qu’on mette le village en réquisition !
Mille livres de.pain, vin à discrétion,
Et le reste ! laissez quatre hommes comme escorte.
Qu’ils se tiennent armés , là, près de cette porte !
Allez ! je me repose entièrement sur vous ,
Moi , j’entre en ce logis qui me fait les yeux doux !
(A Manette qui n’a pas encore ouvert.)
Eh ! la vieille , il paraît que tu n’es pas bien sûre Que ta clé soit la clé qu’il faille à ta serrure.
Ouvriras-tu , voyons ! ou n’ouvriras-tu point ?
Et faut-il à ta clé le secours de mon poing ?
Tu te décides. . . bien !
(Entrant.)
Tu n es pas , j’aime à croire ,
La dame de céans — ce serait dérisoire !
Tes maîtres, où sont-ils?
SCÉHE V