M. LAUNAY , LOUISE , PUFSTER , MANETTE MANETTE
Voici Monsieur Launay.
PÜESTER , apercevant Louise.
Oh I la charmante entant !
M. LAUNAY
Qu’elle.
C'est ma fille , je n’ai PUFSTER
Monsieur , je loge ici pour quelques heures. La guerre est chose rude et j’en sais de meilleures. . . Un bon gîte , d’abord ! —
(il s’assied.)
Vous permettez X — Et puis Deux jolis yeux pareils aux étoiles des nuits,
(Après un silence.)
Ha ! mes hommes sont las et le froid les transperce. Sans doute vous avez du vin — qu’on leur en verse !
M. LAUNAY , faisant signe à Manette.
Manette !
MANETTE , à part , en s’en allant.
Je l’avais bien dit , qu’on traiterait La maison de Monsieur ainsi qu’un cabaret !
PÜFSTER
Il fait un froid de loup.
(M. Launay met silencieusement 'du bois dans la cheminée. Manette rentre y offrant à boire à Pufster.)
(A Manette.)
Halte-là ! tu n’es bonne ,
Au plus , que pour mes gens !
(A Louise.)
C’est de vos mains , mignonne ,
Que j’entends que l’on m’offre à boire , voulez-vous ?
LOUISE
C’est un ordre, monsieur, j’obéirai.
PUFSTER
Tout doux !
Je n’ai pas à Paris passé deux ans sans prendre Les airs parisiens , et sais de façon tendre . <
Tourner , quand il convient, des regards langoureux.
Peut-on , lorsqu’on vous voit , n’être pas amoureux De vos beaux yeux , de vos cheveux d’un noir d’ébène ,
De votre front si pur et de ce port de reine ?
— C’est ainsi, n’est-ce pas? qu’on parle en vos salons?
— Ne faites pas la prude et la bégueule , allons !
Eh quoi ! vous vous taisez j’attendrai qu’il vous plaise ! —
Mais elle s’en va donc , cette gaîté française Si renommée ?
M. LAUNAY
Elle a sombré dans nos malheurs ,
Monsieur. On ne rit plus chez nous. Le deuil , les pleurs , . .
Le sang qui coule à flots , les' blessures qu’on panse , Voilà ce qui nous reste ! et c’est assez , je pense ,
Pour avoir quelque droit au respect du vainqueur.
PUFSTER
Le bonhomme , je crois , veut m’attendrir le cœur !
— Pardieu ! j’ai toujours soif ! Allons ! un verre encore La belle , de ce vin qui fait qu’on vous adore !
Comment vous nomme- t-on ?
MANETTE , part.
Oh } l’horrible bandit [
M. LAUNAY
C’est ma fille , monsieur , je vous lai déjà dit.
PÜFSTER
Je n’y contredis point. Donc, il faut qu’elle lasse Les honneurs de chez vous à votre hôte.
M. LAUNAY
De grâce ,
— Oh ! j’insiste — souffrez que' ce soit moi. '
^ PUFSTER ’ ,
Chanson î
Belle aflaire d’avoir un pareil échanson ,
Vieillard dont la main tremble et les genoux fléchissent Merci ! j’ai le respect des cheveux qui bianehisseTit !
J’aime mieux cette Hébé . — Que voulez- vous ? le vin Qu elle verse me semble avoir un goût divin.
Et puis., j’ai ce désir bien naturel , en somme .
De lui prendre un baiser , — oh ! rien qu’un !
Est ivre ;!
iLOüISE
Mais cet homme
PUFSTER
Erreur profonde :! à moins que ce ne soit D’amour , et vos beaux yeux m’en donnent bien le droit ! — Vous rd’usez ? alors , je vais le prendre.
M. LAUNAY , »e plaçant devant sa fille.
Venez me l’arracher !
Arrière .!
TUrSTEE
'On est d’humeur guerrière., A ce qu’il paraît , — soit î
M. LAUNAY
On est père , monsieur !
En France , où c’est un titre auquel on fait honneur ,
T affirme qu’il n'est point d’homme assez vil , de reître Lâche , de déjbsauché si perviesrs xju’il puisse être .
Qui , sous les yeux d’un père et quaad son cœur se tend , Trouve que c’est l’instant d’outrager son enfant !
— Vous , vous faites cela ! Voilà ce que vous faites 1 Vous mêlez de la boue au sang de vos conquêtes .!
Vous doublez le soldat du brigand i
PUFSTER
C’est ainsi !
.Vous semblez oublier quel est le maître , ici !
(Appelant.)
Holà!
(Les soldats entrent.)
Saisissez -moi de suite ce bonhomme.
M. LAUNAY
Vous oseriez \ chez moi ? dans ma demeure l
PUFSTER
Et comme
Il crie à me casser Toreille , mettez-lui Un bâillon bien solide !
M. LAUNAY
Oh ! seule et sans appui !
Ma fille ! à sa merci ! Dieu , prenez pitié d'elle !
(Les soldats entraînent M. Launay.)
LOUISE
Misérable ! est- ce là , chez vous , ce qu'on appelle Le courage 1
PUFSTER J sans avoir l’air de l’entendre, à Manette.
Pour toi , vieille , ne t’ai-je pas Dit qu’il fallait donner à boire à mes soldats ?
Dois-je, pour que cet ordre en ton cerveau pénètre,
L’y faire entrer à coups de sabre ?
MANETTE , en s'en allant.
On y va.
(A part.)
C’est bon ! maître ,
Saints du ciel !' ce Prussien est hideux !