‹ Pendant l'invasionChapitre 4 sur 10 · M. LAUNAY , LOUISE , PUFSTER , MANETTE MANETTE · texte numérisé non relu

M. LAUNAY , LOUISE , PUFSTER , MANETTE MANETTE

Voici Monsieur Launay.

PÜESTER , apercevant Louise.

Oh I la charmante entant !

M. LAUNAY

Qu’elle.

C'est ma fille , je n’ai PUFSTER

Monsieur , je loge ici pour quelques heures. La guerre est chose rude et j’en sais de meilleures. . . Un bon gîte , d’abord ! —

(il s’assied.)

Vous permettez X — Et puis Deux jolis yeux pareils aux étoiles des nuits,

(Après un silence.)

Ha ! mes hommes sont las et le froid les transperce. Sans doute vous avez du vin — qu’on leur en verse !

M. LAUNAY , faisant signe à Manette.

Manette !

MANETTE , à part , en s’en allant.

Je l’avais bien dit , qu’on traiterait La maison de Monsieur ainsi qu’un cabaret !

PÜFSTER

Il fait un froid de loup.

(M. Launay met silencieusement 'du bois dans la cheminée. Manette rentre y offrant à boire à Pufster.)

(A Manette.)

Halte-là ! tu n’es bonne ,

Au plus , que pour mes gens !

(A Louise.)

C’est de vos mains , mignonne ,

Que j’entends que l’on m’offre à boire , voulez-vous ?

LOUISE

C’est un ordre, monsieur, j’obéirai.

PUFSTER

Tout doux !

Je n’ai pas à Paris passé deux ans sans prendre Les airs parisiens , et sais de façon tendre . <

Tourner , quand il convient, des regards langoureux.

Peut-on , lorsqu’on vous voit , n’être pas amoureux De vos beaux yeux , de vos cheveux d’un noir d’ébène ,

De votre front si pur et de ce port de reine ?

— C’est ainsi, n’est-ce pas? qu’on parle en vos salons?

— Ne faites pas la prude et la bégueule , allons !

Eh quoi ! vous vous taisez j’attendrai qu’il vous plaise ! —

Mais elle s’en va donc , cette gaîté française Si renommée ?

M. LAUNAY

Elle a sombré dans nos malheurs ,

Monsieur. On ne rit plus chez nous. Le deuil , les pleurs , . .

Le sang qui coule à flots , les' blessures qu’on panse , Voilà ce qui nous reste ! et c’est assez , je pense ,

Pour avoir quelque droit au respect du vainqueur.

PUFSTER

Le bonhomme , je crois , veut m’attendrir le cœur !

— Pardieu ! j’ai toujours soif ! Allons ! un verre encore La belle , de ce vin qui fait qu’on vous adore !

Comment vous nomme- t-on ?

MANETTE , part.

Oh } l’horrible bandit [

M. LAUNAY

C’est ma fille , monsieur , je vous lai déjà dit.

PÜFSTER

Je n’y contredis point. Donc, il faut qu’elle lasse Les honneurs de chez vous à votre hôte.

M. LAUNAY

De grâce ,

— Oh ! j’insiste — souffrez que' ce soit moi. '

^ PUFSTER ’ ,

Chanson î

Belle aflaire d’avoir un pareil échanson ,

Vieillard dont la main tremble et les genoux fléchissent Merci ! j’ai le respect des cheveux qui bianehisseTit !

J’aime mieux cette Hébé . — Que voulez- vous ? le vin Qu elle verse me semble avoir un goût divin.

Et puis., j’ai ce désir bien naturel , en somme .

De lui prendre un baiser , — oh ! rien qu’un !

Est ivre ;!

iLOüISE

Mais cet homme

PUFSTER

Erreur profonde :! à moins que ce ne soit D’amour , et vos beaux yeux m’en donnent bien le droit ! — Vous rd’usez ? alors , je vais le prendre.

M. LAUNAY , »e plaçant devant sa fille.

Venez me l’arracher !

Arrière .!

TUrSTEE

'On est d’humeur guerrière., A ce qu’il paraît , — soit î

M. LAUNAY

On est père , monsieur !

En France , où c’est un titre auquel on fait honneur ,

T affirme qu’il n'est point d’homme assez vil , de reître Lâche , de déjbsauché si perviesrs xju’il puisse être .

Qui , sous les yeux d’un père et quaad son cœur se tend , Trouve que c’est l’instant d’outrager son enfant !

— Vous , vous faites cela ! Voilà ce que vous faites 1 Vous mêlez de la boue au sang de vos conquêtes .!

Vous doublez le soldat du brigand i

PUFSTER

C’est ainsi !

.Vous semblez oublier quel est le maître , ici !

(Appelant.)

Holà!

(Les soldats entrent.)

Saisissez -moi de suite ce bonhomme.

M. LAUNAY

Vous oseriez \ chez moi ? dans ma demeure l

PUFSTER

Et comme

Il crie à me casser Toreille , mettez-lui Un bâillon bien solide !

M. LAUNAY

Oh ! seule et sans appui !

Ma fille ! à sa merci ! Dieu , prenez pitié d'elle !

(Les soldats entraînent M. Launay.)

LOUISE

Misérable ! est- ce là , chez vous , ce qu'on appelle Le courage 1

PUFSTER J sans avoir l’air de l’entendre, à Manette.

Pour toi , vieille , ne t’ai-je pas Dit qu’il fallait donner à boire à mes soldats ?

Dois-je, pour que cet ordre en ton cerveau pénètre,

L’y faire entrer à coups de sabre ?

MANETTE , en s'en allant.

On y va.

(A part.)

C’est bon ! maître ,

Saints du ciel !' ce Prussien est hideux !

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