DES LETTRES
i3 novembre igi4-
C'est uue des choses qui mintéresseat le plus dans les tristes journaux d'aujourd'hui, que ces lettres trouvées sur des ennemis, ces carnets où le soldat teuton a consigné ses observations, d'abord ses espérances, plus récemment ses ennuis et ses doléances d'une campag-ne interminable.
Elles étalent fréquentes, il y a encore quelques semaines. Elles se font plus rares. On dirait que ce n'est plus la môme armée que nous avonsen face de nous et que la seconde ou la troisième n'a môme plus le courag-e de noter ses mauvaises aventures. Un soldat
qui n'a plus la certitude de la victoire n'a pas grand courage à conter ou des espérances trop incertaines ou des mécomptes trop certains. Ces impressions, que j'ai tirées de lectures frag-mentaires^ne sont peut-être pas très exactes. On n'a en effet publié ces lettres trouvées, ces feuilles de route, qu'à regret, dirait-on. et sans méthode, comme des épisodes insignifiants, alors qu'on aurait pu y trouver la véritable psychologie de l'envahisseur. Tout de même, il s'y révèle une grande naïveté. Ces soldats, arrachés soudain aux professions les plus diverses, semblent tout d'abord continuer la campagne d'il y a quarante-quatre ans. Leur for. mation intellectuelle n'a pas eu d'autre fondement que cette histoire trop réelle, mais amplifiée jusqu'à la légende. Aussi sont-ils très à l'aise avec eux-mêmes tant qu'elle semble recommencer. Quand elle bifurque, c'est le désarroi ou le silence.
DES LETTKES OQ
L'espritallemand est d'une lenteur extraorlinaire.Ils mirent très long-temps, en 1870, croire à leur victoire. En 1914» isur résisace à la mauvaise fortune sera tenace.
N'ayons de ce côté aucune illusion. Il fau- Ira les piler pour qu'ils se jug-ent vaincus.
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