‹ Pendant l'orage. Préf. de Jean de GourmontChapitre 14 sur 73 · LA GUERRE ET L'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

LA GUERRE ET L'ÉDUCATION

i8 novembre igi4-

Du temps de Napoléon, l'Europe vivait dans la guerre perpétuelle. Ici ou là, le canon tonnait. Il est vrai que c'était, vue de France, la guerre hors frontières, mais on pensait cependant aux risques, et toute l'éducation avait pour but de donner aux jeunes gens les moyens de surmonter la possible mauvaise fortune. Les Goncourt rapportent dans leur Journal ce que disait à soji fils un homme de ces temps : « Il faut que tu saches le latin, on peut se faire comprendre partout quand on sait le latin. Il faut que tu saches le violon, parce que si

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tu es prisonnier de guerre dans un villag-e, tu pourras faire danser les paysans et cela te rapportera quelques sous; et situ es prisonnier dans une ville, on pensera de toi que tu es un homme distingué, appartenant à une bonne famille, et cela t'ouvrira les sociétés et te fera faire de bonnes connaissances. Et puis il faut que tu dormes sur l'affiit d'un canon comme sur un lit... » Il aurait pu ajouter quelques recommandations non moins utiles sur la faim, la soif, l'ennui, les privations de tout ordre qu'il faut s'habituer à supporter. Qui sait si demain le terrassement, le creusement des tranchées ne deviendra pas une des choses enseignées, et non pas théoriquement, à la jeunesse, et qui sait si on ne l'habituera pas, les ayant creusées, à savoir y vivre, y dormir, à s'y adapter comme un animal à sa tanière? La surface de la terre tendant, en état de LCuerre, à devenir inhabitable, il faudra

acquérir, de même que certains grands lourmiliers, l'art de disparaître instantanément sous terre et d'y cheminer, conquête qui ira de pair avec celle de Tair.

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