NM
M. Thiers tout nu, sauf les lunettes dont Tabsence aurait trop nui à la ressemblance, et la peau de a Tbydre de l'anarchie » sur une épaule; il brandit sa massue dont il menace « la vile multitude » représentée par des hommes en carmagnole et en bonnet rouge; sous ses pieds, une barricade démolie, un émeutier renversé et une torche éteinte.
Sur le piédestal, quatre inscriptions :
Rue Transnonain, — rue de Poitiers, — Versailles.
a La République finira toujours dans le sang ou dans le ridicule. »
M. Thiers, également tout nu, également en Hercule^ vêtu de la peau de la « réaction ». — Une Renommée tient suspendu sur sa tête un bonnet rouge bordé d'une couronne de laurier. Il écrase du pied — un marquis et Basile, et des déljris de couronnes et de sceptres brisés. 11 s'appuie sur sa massue, qu'il tient de la main droite, tandis que de la main gauche il tire de sa propre escarcelle les cinq milliards de la rançon de la France.
L'Histoire, représentée par un journaliste opportuniste, écrit sur le piédestal :
« La République est ce qui nous divise le moins. »
If ♦ ♦
En fait de vieux oripeaux, — mais ceux-là je n'ai pas à en prêcher l'abandon, — on n'y est aujourd'hui que trop disposé, — il y a la « politique fantaisiste », — peut-être n'est-ce pas autre chose que ce qu'on appelait
antrefoîs la politique de sentiments^ de bon sens, de patriotisme et de probité.
Parlons-en cependant un peu.
Deux journaux s'intitulant républicains, Fun intransigeant, l'autre opportuniste, ont bien voulu cette semaine et le même jour, Fun très certainement, Tautre probablement, admettre chacun une phrase de moi dans leurs colonnes, mais tous deux d'accord en ce point de consigne scrupuleusement respectée de ne pas proférer le nom, désagréable à leurs oreilles, du seul républicain existî^t aujourd'hui en France.
L'intransigeant dit : un écrivain humoristique a écrit un jour : a Abolissons la peine de mort, mais que messieurs les assassins commencent », etc.
L'opportuniste dit : un politique fantaisiste a proposé autrefois une loi en un seul article.
LOI : Article unique. Il n'y a plus rien.
Certes, pour moi et pour les lecteurs des vieilles Guêpes, cette citation me concerne. Mais il est arrivé un jpur à M. Rochefort d'emprunter cette idée aux Guêpes. probablement sans le faire exprès et oubliant qu'il l'avait lue, car il a assez d'esprit pour n'avoir besoin de rien prendre à personne, si bien que je ne sais pas si c'est lui, si c'est moi, que le journal opportuniste appelle « politique fantaisiste » .
Si c'est lui, — je ferai la remarque, quoique cela ne me regarde pas, — que ce journal et ce parti pourraient parler avec plus de respect d'un ancien ami qui a contribué beaucoup plus qu'aucun d'eux à la chute de l'Empire, contre lequel il a joué hardiment sa lib^té, qui, lors de la Commune, ne s'est enfui qu'après eux, et a passé, à Nouméa, d'où il s'est plus tard courageusement échappé, le temps qu'ils ont plus utilement et
plus opportunément employé à venir, après la bataille, se joindre aux vainqueurs, à les aider contre leurs complices vaincus, et à prendre une large part du butin en se partageant. les places plus ou moins rétribuées, les titres, les honneurs, etc. — Je ferai encore la remarque que ce sont eux qui le tiennent en exil, car ils ont fait faire au Maréchal bien des choses plus difSciles à demander et à obtenir que le rappel de leur ancien complice.
Mais si c'est moi qu'ils désignent par cette périphrase, cr un politique fantaisiste »,
Je leur dirai que la politique que je professe depuis quarante ans a été et est plus droite, plus ferme, plus sensée, plus honnête, plus inflexible, plus utile au pays, plus républicaine, plus française et plus désintéressée que la leur, qui est précisément le contraire de tout cela.
Je comprends qu'ils appellent « politique fantaisiste )> une politique qui ne procure ni places, ni argent, ni pouvoir, — ni ovations,
A la façon de cette mère d'actrice, qui appelait dédaigneusement et avec indignation ce amours platoniques j> les fantaisies que sa fille se permettait en faveur de pauvres diables qui ne la payaient pas.
Et moi aussi — j'ai quelque chose à dire contre Tinamovibilité des magistrats telle qu'elle est constituée en France.
Et ce quelque chose, le voici :
C'est que cette inamovibilité n'est pas complète; pour qu'elle fût complète et qu'elle ne permit pas que l'indépendance de la justice pût même être soupçonnée, il faudrait qu'elle fût établie non seulement par en bas, mais aussi par en haut; que le magistrat, non seulement ne pût être ni frappé de destitution ni de disgrâce, mais aussi qu'il ne pût être atteint ni d'avancement ni de faveur; et puisqu'il est grandement question, en ce moment, de toucher à cette institution, je ne me fais pas, d'émettre ma proposition, un scrupule que je me ferais en tout autre temps de mettre le marteau dans mi vieil édifice.
Je demande donc aux gens de bon sens s'^il y a un danger à ce qu'on assure en l'augmentant et en la complétant l'inamovibilité, c'est-à-dire l'indépendance des
TÀRIÀ 237
magistrats ; le magistrat, ,une fois arrivé, promu à cette haute fonction sociale, ne doit plus avoir devant lui d'autre carrière, d'autre ambition, d'autre but que de se faire et de laisser à ses enfants « un nom honorable », ainsi que le dit un jour mon vieil ami le président de Belleyme, en refusant une faveur de la Restauration.
n est un certain nombre d'institutions entre lesquelles la justice tient le premier rang, qu'il faut maintenir assez élevées pour que le torrent des passions et des folies humaines puisse passer par-dessous, grondant, mugissant, écumant, jaune de vase et de fange, roulant des débris déracinés et arrachés sur les rives comme d'autres torrents coulent et roulent leurs eaux sous les arches d'un pont.
Autrement, il est évident que la société est menacée d'une rechute en sauvagerie.
Ceux qui s'élèvent en ce moment contre l'inamovibilité de la magistrature ne sentent-ils pas ce qu'il y a d'absurde et de grotesque dans leur prétention?
Robert Bfacaire demande à élire Bertrand pour son juge, et lui glisse à l'oreille : — Ah çà, mon vieux, pas de farce, n'oublie pas que si tu t'avisais de me condamner, je te flanquerais à la porte. Tu me juges, mais je te juge aussi, et si tu me condamnes, je te condamne.
Pour beaucoup de gens la politique est une partie de cartes; les cartes sont distribuées; on attend la retourne; qu'elle arrive naturellement ou par quelque adresse, elle indique l'atout. Si cette retourne est un carreau, tous les carreaux, même les plus infimes, le quatre, le trois,.
le deux de carreau sont des atouts et prennent toutes le» autres cartes.
£n laissant de côté l'entreprise insensée faite eaœ moment contre l'inamovibilité de la magistrature, il ne s'est gUssé déjà que trop d'idées fausses dans radmim»> » tration de la justice. Je citerai par exemple le succès des i phrases creuses contre la peine de mort; — ces phrases donnent à ceux qui les récitent un faux air d'humanité et de force, — on ne voit pas vite que cette « humanité » enverâ les assassins est prise sur celle qui appartient à leurs victimes, et que l'on arrive à cette sinistre et dan-* gereuse absurdité — dans l'échelle des crimes et des peines :
Passer pour avoir quelques milliers de francs au fond d'un tiroir ou dans un bas : peine de mort.
Laisser voir le soir, en rentrant dans un quartier désert, une chaîne de montre : peine de mort.
Étrangler un homme et le jeter par-dessus un pont : travaux forcés, à moins qu'on ne soit acquitté.
Couper une femme en morceaux : transporta tion dans les colonies, à moins qu'on ne soit acquitté.
Et pour ne pas reculer devant la vérité, — quelque dureté apparente qu'elle puisse avoir — n'est-il pas étrange qu'il ne soit pas du tout certain que Barré et Lebiez expient leur crime de la peirïe capitale? Cette question sera résolue au moment où paraiti*ont ces lignes, mais il n'en est pas moins vrai qu'elle ne l'est pas au moment où je les écris.
Quelques journaux voudraient bien parler en faveur au moins de l'un de ces deux atroces, cyniques et froids scélérats, qui se disent républicains, mais ils ne Tosent pas tout à fait et se rabattent sur les rengaines accoutumées contre la peine de mort. -^ Une feuille cepenidant^
plus aardie, a glissé que la corporation des laitières, à laquelle appartenait la victime, a la criminelle habitude de mettre de l'eau dans son lait, ce qui pourrait, à im certain point, servir d'excuse à ses assassins.
Il est difficile d'inventer un crime plus hideux, plus froidement, plus cyniquement exécuté que celui de ces deux monstres; cependant donnez carrière à votre imagination, rassemblez les circonstances les plus horribles, les détails les plus cruels, les plus inouïs, vous n'arriverez pas aujourd'hui à composer un crime si atroce qu'il assure à son auteur la suprême expiation. Or, comme les lois ne sont pas abrogées qui disent : « Que celui qui ne veut pas être tué ne tue pas, car celui qui tuera sera tué », la punition des crimes est devenue un jeu de hasard qui, nécessairement, encourage les assassins. D est interdit aux avocats de plaider contre la loi, et jamais le président, ni le ministère public, ne rappellent au respect de cette loi les avocats qui n'hésitent jamais à l'enfreindre. Certains avocats passent pour avoir le privilège, à chaque mstant constaté par les journaux, d'escamoter les crimes à la répression — par une éloquence vulgaire et boursouflée, qui serait plus à sa place sur un théâtre de mélodrame que dans le sanctuaire de la justice. — De temps en temps, cependant, une condamnation à mort vient frapper un assassin, non que celui-là soit plus atroce que tel ou tel autre, mais parce qu'il n'a pas pu avoir tel ou tel avocat, ou parce qu'il ne s'est rencontré dans le jury qu'une minorité imbue de ces phrases toutes faites et vides, fausse monnaie sentimentale frappée par certains écrivains, parce qu'il « n'a pas de chance».
Alors a lieu une double injustice, injustice à l'égard du condamné, puisqu'un crime plus atroce que le sien a
trouvé des juges indulgents, injustice envers la société, qui a délégué le droit de la protéger.
Ainsi, en même temps-queTon condamnait à la prison Maria Boyer, qui vient de mourir tranquillement de maladie après avoir dépecé sa mère avec le couteau à fromage, on condamnait à mort et on fusillait un soldai qui, étant ivre, avait donné un coup de poing à son caporal.
Saint-RaphaëL
Voici le jour ; le vaisseau à trois ponts le Souverain et le Janus ont appareillé et, toutes voiles dehors, s'éloignent et vont quitter la rade de Saint-Raphaël; YHyène est partie cette nuit.
D ne reste bientôt plus en vue que nos petits bateaux de pêche; et les montagnes, hier humiliées, qui entou* rent en grande partie notre mer et en font un grand lac, semblent avoir repris leur hauteur depuis le départ de ces grands b&timents; on n'entend plus que le bruit de la respiration de la mer et le murmure des petites lames blanches qui, se détachant du fond de saphyr, viennent lentement se briser et s'évanouir sur nos rochers de porphyre rouge.
D n'en était pas ainsi ces jours derniers.
Le Souverain — le vaisseau-école des canonm'ers — avait avant^hier tiré plus de huit cents coups de canon entre nos Ilots des Lions et le phare de Camara; puis le soir il était venu mouiller en face de Saint-Raphaël, et le lendemain arrivait l'aviso la Hyène et le soir le Jantij.
La Hyène était envoyée par M. l'amiral Dupré, préfet maritime à Toulon, pour assister aux régates de Saint' Raphaël, — car Saint^Raphaël pour la première fois donnait des régates, — et le conmiandant du Souverain
consentait à rester pendant la fête avec sa mouche le Janus.
Est-ce un bonheur qui est arrivé à Saint-Raphaël? Ce calme petit asile qui^ si longtemps, n'a été connu que de quelques peintres, — naturellement discrets pour que des rivaux ne viennent pas usurper leurs modèles, — révèle son existence au monde et a fait annoncer de Vintimiglia à Marseille, pour le !•' septembre, des courses de yachts et de canots à la voile et à Taviron, des joutes à la lance, des bigues, des courses de natation, des illuminations, un bal, un feu d'artifice, etc.
La présence des vaisseaux de guerre dans notre rade d'ordinaire si paisible était un attrait de plus pour le» populations voisines; de toutes parts on est arrivé en si grande foule que le soir plus d'un millier de visiteurs û'ont pu trouver place dans les trains du chemin de fer, et ont dû passer la nuit sous les pins et les chénes-llèges sur des lits de gazon; l'incognito et l'heureuse obscurité de Saint-Raphaël n'existent plus, et cependant tout avait semblé les favoriser.
Deux fois Napoléon P' était venu à Saint-Raphaël. C'est à Saint-Raphaël qu'il avait débarqué le 16 vendônaiaire, en revenant d'Egypte. C'est à SainIrRaphaël qu'il s'était embarqué, en 1814, en partant pour l'île d'Elbe. Mais personne n'en savait rien, parce que, dans ee temps-là, Saint-Raphaël s'appelait San-Raphean. La plupart des historiens, et M. Vapereau d'après eux, disent a lort que c'est à Fréjus qu'eurent lieu le débarquement au retour d'Egypte et rembarquement pour l'île d'Elbe.
Le rôle historique de San-Raphean ne se trouve constaté que dans les récits officiels contemporains.
Hier tout a conspiré contre l'heureuse obscurité de Saint-Raphaël ; un temps magnifique, une brise de
2tô P£NI>ANT LA PLUIE
N.-O., UB peu fraîche, mais donnant Toccasion à nos pêcheurs et aux marins du dehors de montrer leur hardiesse et leur habileté avec des embarcations extrêmement voilées.
Pour comble de malheur, Taimé et redouté commandant du Souverain^ se faisant un plaisir de favoriser ces nobles et salutaires exercices en y mêlant ses embarcfttions et ses marins, le jeune commandant de la Hyène, ajoutant pour sa part aux ordres de l'amiral Dupré une grande complaisance et une expérience consommée en fait de régates, le Janus ne voulant pas rester en arrière, les trois vaisseaux pavoises donnant et répétant les signaux avec leurs canons, l'entrain des marins, qae leurs concurrents mêmes ont vus avec plaisir remporter un assez grand nombre de prix, cet entrain qui s'est continué à terre, après les courses» pendant le bëd qui a duré une grande partie de la nuit, grâce à plusieurs corps de musique venus de diverses villes des départements, une retraite aux flambeauxi des flammes du Bengale* l'assaut donné aux hôtels, aux auberges, aux cafés, aux cabarets, c'a été complet.
Tous ces officiers de marine ont poussé l'amabilité jusqu'à s'amuser.
Comment, maintenant, pouvons-^nous espérer de garder pour nous ce charmant petit coin de la terre si longtemps ignoré? Nous allons être envahis; les nouveaux venus trouveront bientôt que nous y tenons trop de place et que nous encombrons.
Et personnellement je n'ai pas même la consolation d'avoir résisté. Ces exercices de la mer exercent sur moi une irrésistible séduction.
Car ce n'est pas simplement un jeu d'argent, déguisé comme les courses de chevaux — j'ai été, il y a bien
longtemps, membre des régates du Havre en leur commencement — en peu d'années on signalait de très heureux et très grands progrès dans la construction des embarcations et dans la voilure; les équipages étaient plus exercés, les hommes plus forts, plus habiles.
Pendant les premières années, des Anglais, sorte de lockeys des courses de chevaux, venaient avec des embarcations très fines qui ne pouvaient courir que par le beau temps, avec des équipages exercés et entraînés ensemble, enlever un prix de 1 ,500 francs à la barbe de DOS marins qui n'avaient que des embarcations solides, fûtes pour sortir par tous les temps, mais un peu lourdes; de plus, c'était quelques jours seulement avant les courses qu'ils formaient leurs équipages, au hasard, sans entraînement préalable.
Ils finirent par perdre patience. Les pilotes du Havre, — mon vieil ami Mazerat en tête, — firent construire un bateau de course en cèdre, plus solide que ceux des Anglais qui, ^elquefois, se coupaient en deux sur une lame, mais plus fins et plus légers que leurs bateaux ordinaires et de formes étudiées. — On me fit l'honneur de me choisir pour parrain de Tembarcation et de lui donner mon nom. On forma un équipage choisi qui s'exerça sévèrement et on attendit les Ànj^,
Plutarque raconte une terrible clameur poussée par les Grecs.
C'était aux jeux Isthmiqoes, la première année de la cent quarante-cinquième olympiade. — Flaminius, gouverneur de la (kèce pour les Romains, fit proclamer dans l'amphithéâtre le décret de la république romaine qui rendait la liberté aux Grecs.
Les cris de joie qui s'élevèrent de la foule furent tels^
itm PENDANT LA PLUIE
que des corbeaux, qui passaient au-dessus du stade, tombèrent morts étouffés par la compression de Tair.
Eh bien, à ces régates du Havre, lorsque le bateau de -cèdre des pilotes français, laissant le premier bateau anglais de quatre ou cinq longueurs en arrière, vint toucher le but, il faut croire qu'il ne passait ni corbeaux ni mouettes, puisqu'on n'en vit pas tomber asphyxiés par les hurrahs les plus formidables qui se soient jamais entendus; — les coureurs anglais se jetèrent à la côte et ne rentrèrent pas dans la ville.
Je dois donc confesser que j'ai contribué quelque peu ^ l'institution des régates de Saint-Raphaël, mais il en est de bien plus coupables que moi.
J'ai été séduit surtout par ce qui se passe aujourd'hui :80us nos yeux.
Pour obvier quelque peu « assez peu » à reucombrement des carrières dites libérales, on imagine des obstacles de plus en plus élevés, difficiles, dangereux; seulement, par une étrange aberration, au lieu de les élever à l'entrée de la carrière, on les dresse à la fin; de là tant de malheureux épuisés, écloppés, qui tombent aux derniers obstacles, et demeurent dans la vie aristocrates sans place, n'ayant recueilli pour prix de leurs travaux, parfois très rudes, et des sacrifices de leur famille, que des besoins nouveaux et une haine profonde contre la société marâtre dans laquelle ils n'espèrent plus trouver une place que par la violence et la guerre.
On surmène aujourd'hui intellectuellement les jeunes gens : on en rend beaucoup fous et bêtes et dangereux, beaucoup que la nature n'avait pas destinés à l'être; on fait beaucoup trop de bacheliers et pas assez d'hommes;
YÀRIÀ 245
j'aime à voir à un jeune homme des cheveux, des muscles, de la souplesse, de la force, de Taudace, et quand je trouve occasion d'encourager autour de moi les exercices virils, la course, la lutte, la gymnastique, Téquitation, les diverses escrimes, la rame, la natation, etc., j'avoue que je m'y emploie de tout le mieux que je puis.
Je disais tout à l'heure que le bâtiment envoyé si obligeamment par M. l'amiral préfet maritime s'appelait : Hyène,
C'est une«ingulière et malheureuse idée que de donner ce nom à un vaisseau.
La hyène ou l'hyène est un animal laid, méchant et lâche. Pour les anciens, c'était un animal prodigieux et fabuleux. Âristote et Pline disent qu'il est hermaphrodite et encore d'une façon inusitée. Après Aristote et avant Pline, •vide dit la même chose en vers :
. . . Qu8B modo fœmina . . .
...Nunc esse raarem miremur hyœnam.
Elle va rôder autour des fermes, tâche d'apprendre le nom de quelque berger, puis, comme elle sait parler, elle va la nuit appeler le berger. D sort et çUe le dévore. Tout cela n'est peutrêtre pas vrai, mais une autre incertitude me tracasse davantage. Toute ma vie j'ai aspiré l'ft de hyène, — et voilà que les officiers et les matelots du navire disent l'hyène, et ils sont d'accord en cela avec la plupart des grammairiens et des dictionnaires L'Académie n'aspire pas Y H — Boiste ne le prononce paa «t écrit hiène.
Girault-Duvivier n'aspire pas 1'^.
tèè PENDÂKT LA PLUIE
Uttré noa plus, -^ et il ajoute : a Qadk|ue&-uiiS9 à tortp aspirent Y H. » (Cela me regarde, aussi Je lui iais une chicane). Il cesse ici d'être d'accord avec Gîrault<' Duvivier, LemaîTe, Restaut» etc., qui, eux, aspirent la lettre aspirée et dis^ott : le H.
n est donc bien éyident que j'ai tort. Maia ce qui est bien pis, c'est que je suis décidé à persévérer dans vaoù tort, — malgré Tadage : Perseverare diabolicum, — et voici mes raisons. Commençons par la moindre, Teuphonie : Tby^e, un' hyène, est pour moi plus dur à prononcer que la hy^, une hyène. Seconde raison : en aspirant le H, le mot est plus expressif, il pdnt um aorte d'horreur, de dédain et de dégoût; et oé eentim^t, on semble l'avoir cherché et trouvé dans Beaupoup d'autres mots. Aînsl on dit, avec le son guttunJ du H aspiré : la Haine et tous ses drivés. Haïr, Haïssable, etc.; Happechair, Hargneux, Hâve, Hère, Hide«x, Hernie, Hongre, Houle, Honnir, Honte et ses dérivés, Hofioa» Hure, Haut-mal, H&ter, Hart, Haro, Hsqpper, coH9e,Ba^ pon, le Hic, Harpagon, Hognement, Happelourde (pierre fausse). Hauteur, Haridelle, Hallebreda (injure populaire), Harde (troupe de bêtes fauves). Hagard, se Harpailler, Horde, etc., Hourou (vieille femnte difforme), Hoide, Hoifôpiller, Harcekr, Houssine, Ho»x, Hisrler, HurlO'^ ment, Heurt, Heurter, Hallebarde, Haleta, Hàle^ Hâbler, Hâbleur, Hache, Haillon. ^- Ajoutons : Hanneton, Bérisson. Hobereau, Huard, Hulot, Hibou, Barpie,. Béroo et autres bêtes laides, ou matfaisaiites.
J'avais» deux sujets à traiter, mais les « <»ratrioes » m'agaceul^ et je cède à- Ja Boauvaise humeur qu'elles me itxûûesat
Eh ^d ! les voilà encore I Esi-il bien possible qm ce soimt ies mâmesf La dernière fois que je les ai mes, elles me rappelaient ee personnage d'une anciene comédie, qui, trouvant sa maîtresse absente, dit à une Tîeille can^iste : « Ma bonne, si vous êtes eneore en vie quand elle rentrera, dites-lui, je v<his prie, que J0 reviendrai ce soir. »
Oui, ce sont les mâmes. Elles sont donc inamovibles? En vaia elles ont changé leurs petits noiBS, je les reooimais bien. Quatre cent cinquante ans avant Jésus- Christ, du temps d'Ariatoptrâe» elles s'appelai^s^i Lysistrata, Mirrhine, Sampito, Proxagora.
Que veulent^lles Picore?
TcmjouK la même ehose -^ exemple. --^ Voici ua des articles du nouveau programme émis par le comité des oratrices.
â48 PENDANT LA PLUIE
Que les articles du code regardant le détoumemerU des mineures soient énergiquement appliqués.
En effet, les mineures font grand tort à ces dames âgées, les hommes perdent un temps précieux à détourner les mineures, mais ça a été comme cela de tout temps. AJiisi elles se plaignaient à Athènes et ne se contentaient pas d'invoquer les sévérités des lois d'alors, — elles faisaient mieux, elles édictaient elles-mêmes des lois contre le a détournement des mineures », et se chargeaient de les faire exécuter.
Voyez!
Les harangueuses, ou la réunion privée des femmes, EKIC\HSIAZOYSAI.
« Les femmes ont décrété que si un jeune homme convoite une jeune filley il ne pourra obtenir ses faveurs avant d'avoir préalablement prouvé son amour à une vieiUe. »
Une vieille. — Il ne vient pas d'hommes. Il est cepeik dantbien temps. Je reste là sans rien faire, bien lardée, parée de ma belle robe couleur de safran, freionnant à demi-voix et folâtrant. Toi, mon petit ami, viens près de moi. L'art manque aux jeunes filles et ne se monire que dans l'âge mûr. Moi, je m'attache comme l'aropède aux rochers, cocmep ^ewaç. Les jeunes filles sont volages. Toi,- jeune fille, personne n'ira à toi avant de venir à moi. Et toi, jeune homme, où vas-tu?
Le jeune homme. — Chez cette belle jeune fille.
La vieille. — Il est juste que la loi s'accomplisse, puisque nous vivons sous un gouvernement démocratique.
Le jeune homme. — Quelle loi?
La vieille. — Les femmes ont décrété que a si un jeune homme convoite, etc. » Pourquoi frappes-tu si fort à cette porte?
Le jeune homme. — Pour me la faire ouvrir par la feune fille.
La vieille. — Il en était ainsi sous l'ancien gouvernement, mais maintenant nous passons les premières.
Le jeune homme. — Laisse-moi tranquille, on frappe à cette porte,
La vieille. — Après avoir d'abord frappé à la mienne.
La jeune fille. — Ce n'est pas toi qu'il cherche, vieille sorcière!
La vieille. — Par Vénus ! je ne le lâcherai pas, — je ne laisserai pas violer la loi, — la loi, ô jeune homme! t'ordonne de me suivre et de m'aimer, etc., etc.
Voilà, quant au « détournement des mineures »; vous voyez que ce n'est pas nouveau, 480 ans avant Jésus-Christ!
Un autre point — « la recherche de la paternité ». Avouons d'abord que je suis de votre avis, — après qu'on aura cherché et trouvé les moyens d'empêcher les abus monstrueux qu'entraînerait une pareille loi sans correctifs. C'est assez brave d'être de leur avis, car elles gâtent même la raison et la justice :
Àt subits horrifico lapsii de montibus adsunt Harpyae, et magnis quatiunt dangoribus alas Diripi unique dapes, contactuque omnia fœdant.
a Mais voici que du haut des monts, fondent d'un effroyable vol les harpies; elles pillent nos mets et souillent tout de leur contact. »
Mais ces moyens, il faut les chercher. Je sais bien qu'une de vous en a proposé un, il y a quelques années.
Ne VOUS avisez pas de le nier. J'ai ee document serré quelque part, et je le retrouverai.
« Quand une femme devient grosse, disait^e, et qu'il se présente quelque incertitude sur l'auteur de l'accident, tous les hommes qui la fréquentaient à l'époque de la conception doivent contribuer à l'entretien de l'enfant. »
Retournons aux harangueuses : Proxagora, la communiste, explique à son mari les avantages du nouveau code voté par les femmes.
— Mais, dit Blepyros, avec ces relations mélangées, comment chacun fera-t-il pour distinguer ses enfants?
Proxagora. — Pourquoi les distinguer? Les enfants considéreront et traiteront comme leur père tout homme plus âgé qu'eux.
Un autre point :
Des maisons laïques venant au secours des malheur reuses jeunes filles sortant des maisons centrales.
Pourquoi IcCiques? Est-ce que, dans la situation de ces « malheureuses filles », le retour à des idées religieuses ne serait pas un des moyens de les empêcher de retomber dans le vice?
Des maisons excessivement laïques, — il y en a, et il y en a trop, dont les agents guettent ces « malheureuses jeunes filles » et leur offrent de venir à leui secours, — ces maisons sont tout ce qu'il y a de plus laïque. N'ayez pas peur, mesdames, — et ne vous effarouchez pas de ce que dans un certain argot on appelle ces maisons des « couvents », et les « dames » qui te
BlGARllUUES 251
régissent des ce àbbesses », ce sont des couvents et des abbesses, — du dernier laïque.
Peut-être des maisons moins laïques seraient préférables.
Puis — la rengaine de régalité.
L'Égalité. — Hais, malheureuses» vous rappelez ce fou qui, sur le pont des Arts, offrait en vente des écus de six francs à six sous la pièce.
L'Égalité. — Mais, necraignez^vous pas, imprudentes, de voir les honunes la réclamer de leur côté « reccmventionueUement », comme on dit au palais.
La femme qui a le droit d'être Tégale de l'homme et qui l'est en effet, c'est la femme du maraîcher, qui pousse par derrière la petite charrette chargée de légumes à laquelle s'attelle son mari ; — c'est la femme du marchand qui, assidue à son comptoir, accueille gracieusement le client et tient les livres de commerce ; — c'est la petite bourgeoise, femme d'employé, qui, pendant que son mari vaque dehors aux occupations dont le salaire entretient la famille, soigne son ménage, trouve^ par une économie ingénieuse, le moyen de faire régner l'aisance dans la maison avec de faibles ressources; la femme qui, ne consacrant à sa toilette et aux vêtements des enfants qu'une très petite part de ce que gagne le mari, auquel seul elle veut plaire, s'arrange, à force de propreté, d'industrie, de génie, pour être vêtue décemment et avec une élégante simplidtéi qui la rend belle au dedans autant qu'au dehors.
Mais celle-là n'est pas l'égale de son mari qui, sous prétexte de « se mettre comme tout le monde »» sacrifie l'aisance de la famille à sa parure :
Ne s' inquiétant pas si, pour parer l'idole,
Le paurre époux travaille, emprunte, joue «». ou vole.
Celle-là, c'est une courtisane qui A, le code à la main, droit d'èlre •«. entretenue.
Si bien que, aujourd'hui, ou depuis qu'on parle tant d'égalité, une seule égalité a été obtenue, c'est « Tégalité des dépenses ». Dans la bourgeoisie, à tous les degrés, l'homme et la femme ne sont plus de la même classe. L'homme travaille; la femme est oisive, et, codime le disait un vieux magistrat : c L'oisif est un méchant commencé. » L'oisiveté qui empêche la femme de £adre sa part dans l'association, amène l'ennui, et seul le diable sait jusqu'où peut aller une femme qui s'ennuie. Je me rappelle une autre vieille comédie : une servante fami* lière demande à sa maîtresse si elle sort. — Oui, certes. — Où allez-vous? — Nulle part; je vais dépenser de l'argent, puisque j'en ai.
Les femmes médecins, je les admets si elles ne traitent que les femmes. Quant aux femmes avocats, aux femmes députés, aux femmes magistrats, celles qui veulent faire en jupes ce que font les hommes en culottes, ce ne sont plus des femmes, ce sont des avocats femelles, des députés femelles, et elles redeviennent des femelles conime celle qu'avait reçue l'homme au commencement; être très inférieur, dont la civilisation, la pudeur, la réserve, la timidité, le dévouement, la modestie, dont surtout l'amour ont fait cet être charmant qu'on appelle la fenmie! Être qui sait tout te qui devine tout, et ne se trompe que quand il réfléchit, et est trop finement doué pour vouloir faire ce qu'elle peut faire faire aux hommes, des corvées sociales dont elle est l'inspiration, le but et le prix.
Non, mesdames, vous n'êtes plus des femmes, vous êtes des ... hommesses.
N'ayez pas de voisins, si vous voulez vivre en paix avec eux, et — vive la solitude pour être toujours en bonne compagnie!
Par exemple, dimanche dernier, j'avais à parler de la rage. Eh bien, sans me déranger, j'ai convoqué ou évoqué Pline l'Ancien, Aristote, le vieux Caton, madame de Sévigné, Ambroise Paré, Varron, CoUumelle, la jolie madame du Ludre, Valmont de Bomare, un ministre •de la République actuelle, Virgile, etc., et cela sans aucune cérémonie, — moi, les pieds nus dans mes souliers de corde, — un pantalon et une chemise de toile pour tout costume. Quant à mes invités, ils se sont rangés sans façon, sans* prétention, au hasard, sur une grande table, en face d'une large fenêtre ouverte sur la naer, et là, tous de bonne humeur, tous en verve, ils m'ont dit ce qu'ils savaient et ce qu'ils pensaient sur le sujet que j'avais à traiter.
Puis quand est venue l'heure où je devais arroser certains jeunes palmiers et certains jeunes lauriers-roses qui demandent encore des soins, sans avoir besoin de m'excuser, sans qu'ils en parussent blessés le moins du monde, je les ai laissés seuls au milieu d'une phrase commencée, et, quand je suis revenu, aucun n'avait J'air ni «piqué 9, ni boudeur, ils ont continué où ils en étaient restés.
L'autre soir, c'était Plutarque que j'avais invité à passer un bout de soirée avec moi, il a été, comme de coutume, bonhomme et charmant, et comme il en était venu à parler de l'administration des affaires publiques, je pris la liberté de l'arrêter pour écrire ce qu'il venait
de dire : tout cela s'appliquait à notre temps aussi bieo , qu'à celui où il vivait :
« Beaucoup de gens, dit-il, s'embarquent dans la ; politique et les affaires publiques — pour s'en faire un * amusement, en croyant qu'ils y trouveront gloire et fortune, tant il semble facile de faire mieux que cenx qu'ils espèrent remplacer. Ils ressemblent à des gens qui, séduits par la mer bleue et calme, entreraient dam une chaloupe avec l'idée de se faire un peu balancer pur l'eau ; mais une brise légère les entraîne au large — ils ne savent ni aller quelque part ni revenir à i/erre, et se trouvent en pleine mer, où, au lieu de la glcwre qu'ils s'étaient promise, ils ne rencontrent que dang^, peur et nausées. »
Et, alors, suivant un de ces fils invisibles qui conduisent d'une façon si imprévue quelquefois une conversation où une rêverie, j'en arrivais à penser à Granier de Cassagnac, Cassagnac l'ancien.
Je me rappelai que, il y a longtemps, lui et moi nous étions jeunes, comme il revenait d'Amérique, il raconta son voyage, dans je ne sais quel journal, d'une façon intéressante et spirituelle. A la lecture de ce récit, je fus frappé d'une assertion émise par lui avec l'aplornb particulier aux méridionaux. Il avait, parait-il, horriblement souifert du mal de mer, et après avoir peint ses angoisses, il disait : « Je m'étonne d'une chose, c'est que jamais les anciens, dans aucun de leurs ouvrages, n'aient parlé du mal de mer. »
Je fus d'abord saisi d^admiration ; d'une part j'étais déjà un peu marin, et d'autre part je quittais à peine le collège Bourbon où j'avais été élève très lauréat et jeune professeur; j'étais encore tout confît, tout praliné, tout candi de latin et de grec, et je me dis : Voilà un gaillard
BIGÀURtJilEfi 291^
qcu est fort; car pour affirmer que tel auteiir a dît telle chose, il suffit de se rappeler ime phrase, ua vers, un mot. Mais, pour i^brmer qu'il n'a jamais dit oetle chose, il faut se rappeler tous ses ouvrages tout eatîe*s de la première à la dernière ligna. Qu'est-ce donc de pouvoir savoir qu'aucun des anciens n'a parié du mat de mer?
Puis à l'admiration succéda l'envie; à Fenvie, un doute; au doute, des recherches dans ma mémoire, et je me rappelai que Piutarque prédsôu^nt, dans les questions naturelles, a tout im chapitre sur « les nausées qu'éfUDUvent oeuK qui voyagent sur mer etqu'ils n'éprou^ vmt pas sur les rivières ».
Je me rappelai aussi Cicépon disant à Atticos : a JTai accompli la traversée sans péril et sans mal de mer — sine periculo et sine nemseâ, »
Et au même Attîcus : « Je ne vous presse pas de partir, parce que je crains pour vous le mal de mer. »
Ei, à je ne sais plus qui : « J'ai laissé Antonie dans son vaisseau en proie au mal de mer, eructantemetnaur teantem. ^
Je me piquai au jeu, je cherchai et je trouvai vingt passages contredisant Granier.
D en est un très curieux d'Horace dans sa première ^ître : « Le pauvre, dit-il, sur un bateau de louage, n'aura pas plus de nausées que le riche sur sa propre galère. »
A ce sujet, je ne sais pourquoi ou comment M. Guyard, auteur de la traduction des épitres d'Horace dans la collection des auteurs latins édités par Dubochet, sous la direction de M. Nisard, fait un gros contresens en traduisant nauseaî par « bâille d'ennui ».
Plante, dans YAmphytrioUj nous montre Sosie, si
fatigué du roulis du vaisseau, qu'il en a encore envie de vomir : Etiam nunc nauseo.
Pétrone, dans le Salyricon, « un des passagers couché sur le bord du navire, travaillé du mal de mer », etc., exonerabat stomachum,
Sénèque : « Je n'aime pas un pilote qui craigne le mal de mer, nausecibundus. »
£t, dans une lettre à Lucilius :
< Que ne peut-on me persuader, quand on m'a persuadé de monter sur un vaisseau? La mer était calme au départ. Je comptais sur le peu de chemin qu'il y a de Naples à Pouzzolles . . . J'étais si malade que je priai le patron qu'il me mît à terre, nausea segnis. Une fois près de la terre, je me jetai à l'eau dans les rochers.
Et plus loin :
(c Ulysse était plus heureux que moi, il vomissait facilement; Ulysses nauseator erat. » Qui l'avait dit à Sénèque? Homère, sans aucun doute. — Et plus loin : « Ce mal ne cesse pas, comme on le dit, aussitôt qu'on a quitté la mer. »
Tibulle fut accusé d'avoir feint de prendre le mal de mer pour une maladie, afin de ne pas suivre en Asie son général Messala, et de retourner de Corcyre à Rome auprès de sa maîtresse Délie, etc.
Si bien que, ayant assez peu connu Granier, il est un de ceux de nos contemporains que je me suis rappelé le plus souvent, parce que chaque fois que le hasard demes lectures m'a fait tomber sur un passage grec ou latin, où il était fait mention du mal de mer, je n'ai jamais manqué de penser à lui comme cela vient de m'arriver.
Si bien que j'ai parlé aujourd'hui de pas mal de choses et de gens, et que je n'ai pas dit un mot de ce que j'avais l'intention de dire aujourd'hui.
k M. HENRI DE LACRETELLE
Vous venez, monsieur, de publier un volume sous ce titre :
Lamartine et ses amis.
J'ai fait venir ce livre et je l'ai lu.
Lamartine et ses amis. — Tous ses amis; c'est-à-dire que ceux que vous n'avez pas trouvé bon de mentionner n'étaient pas des amis de Lamartine. Vous faites de l'amitié de Lamartine, au bénéfice d'une petite coterie politique, un temple, une petite église aussi fermée que ce qu'on appelle plaisamment aujourd'hui la « République ouverte », où on n'est admis, comme dans certains bals, que masqué, avec am moins quelque chose de rouge.
Ce procédé m'a offensé. L'amitié constante de Lamartine a été une des joies, un des honneurs, un des orgueils de ma vie. Je ne puis vous permettre , et je ne vous permets pas de la nier, ni même de la mettre en doute.
Je prends donc la plume pour vous prouver que Lamartine a été mon ami jusqu'à son dernier jour,
OU mieux, vous le faire dire par LamartÎHe luimême,
Après vous avoir prouvé que j'ai été, que je suis encore son ami, en signalant et en réfutant les erreurs, inexactitudes, assertions plus que légères, appréciations injustes et erronées — et les manques de respect que contient votre brochure.
Commençons par le commencement, — Ab Jove principium. — Alexandre ne souftrait pa» qu'un autre peintre qu'Apelles osât entreprendre son portrait. Chez les anciens, il n'était pas permis de faire les statues des dieux de tout bois ou de tout marbre; — il y avait peut-être un peu d'audace de votre part à entreprendre cet ouvrage, — mais Tafifection, le respect, Tadmiration, la oiodestie, et aussi les hasards de la vie et prd^abkmeiit vos mérites, qui vous avaient a placé dans son omlae > •et gagné l'amitié de Lamartine, pouvaient vous permettre de faire un ouvrage intéressant; surtout lorsque, en commençant, vous disiez : <x II m'a été donné de regarder ma fond d'une des âmes où Dieu a mis le plus de loimàne. » Mais j'avoue que j'ai été quelque peu désap pointé lorsque, parcourant votre brochure, et y dierebant ce que vous aviez découvert dans cette grande âma jiu ioDd de laquelle vous aviez eu le privilège de régler, yoid ce que j'ai trouvé, — tous ks détails soat intéressants quand il s'agit d'une aussi grande et aussi sympathique figure, mais il n'y avait pas besoin de descendre tout à fait au fond de l'âme pour nous dire : « Il portait un chapeau gris à haute forme. » «t Sa pose harmonieuse et réservée attestait la forée de son géoie. > « Il avait une voix profonde qai ruisselait. »
a U portait une veste grise et un pantalon large »; « un ara et des perruches de leurs notes aiguës