‹ Pendant la pluieChapitre 13 sur 32 · À M. HENRI DE LACRETELLE · texte numérisé non relu

À M. HENRI DE LACRETELLE

cheval de soldat qu'il trouve dans la cour, et marche calme à THôtel de ville en fendant les flots irrités et mugissants d'une populace armée.

Et cet homme qui, — vingt fusils dirigés contre sa poitrine, ne trouvait dans ce danger que des inspirations éloquentes, qui faisait reculer et tomber dans le ruisseau Todieux drapeau rouge réunissant les couleurs du vin, de Fincendie et du sang,

C'est cet homme que vous essayez aujourd'hui d'affubler du bonnet rouge que l'émeute sanglante mit sur la tête de Louis XVI, au 10 août!

Oui, Lamartine avait fait la République, parce qu'il était le plus courageux de tous. Armand Marrast disait : « Sans Lamartine, nous n'aurions jamais osé proclamer la République. » Mais la République de Lamartine, ce n'était pas celle du programme Belleville juré par vos maîtres d'aujourd'hui.

Vous prétendez que vous et quelques amis que vous citez, vous êtes les a disciples de Lamartine » , et comme vos alliés, ou plutôt les chefs que vous suivez, puisqu'il vous faut suivre quelqu'un, sont dans une voie où il les aurait combattus de sa mâle et victorieuse éloquence, vous osez faire de lui un « évangile apocryphe », en lui prêtant des paroles et des opinions de fantaisie; vous oubliez que Lamartine n'était pas, comme vos maîtres d'aujourd'hui, de ceux qui se croient forcés de « suivre ceux dont ils sont les chefs », — et vous offensez sa mémoire, lorsque vous dites (page 48) : « D devenait le serviteur de l'opposition. » Vous allez, dans votre hallucination, jusqu'à prêter à ce grand mort vos puériles rengaines d'aujourd'hui contre la majorité du i' Sénat, le cléricalisme et le 16 mai, etc.

Rien n'est plus bizarre que l'assemblage des hommoi

dont VOUS faites aujourd'hui les demi-âîeiix et lesdiefs de Totre République — sans les consulta.

Voltaire, qui se serait enfui cbez le n» de Prusse; — Rousseau, que vous auriez mis hors la loi; — Thiers qui a fait tuer, chaque fois qu'il a été au pouvoir, une armée de vrais et de fauï républicains; — Victor Hugo, qui a écrit des pages éloquentes contre la RépoMiqae rouge, — et, enfin, M. de Girardin, qui ne peu! plus servir un seul parti ni une seule idée qu'il n'ait combattus antérieurement, M. de Girardin, dont vous dites si plaisamment : « Emile de Girardin, dont la République devait être un jour si fièreP 2)^ • Ce panthéon des demi-dieux républicains me rappdle CSaligula. « D était parti, dit Suéf(»ie, pour oondiattre les Germains, — il revenait sans avoir livré une seule bataille, et pourtant il voulait un « triomphe », il choisit — se posuit ad pompanij — pour Teflet, parmi les Gaulois de son. armée, ceux qui étaient de la taille la plus haute, — il leur fit teindre leurs cheveux de la couleur rousse de ceux des Germains, — ruHlare, — on leur apprit quelques mots de la langue, et il les ramena à Rome chargés de chaînes, comme des prisonniers. — II me rappelle aussi ceux qui déclaraient Virgile ehrêtien, parce qu'ils trouvaient dans une de ses églogues la prédiction de la naissance de Jésus-Christ.

Vous dites, — vous le croyez peufr-être : — «r Je ne suis pas sorti de la ligne tracée par moa maître », mai? vous ajoutez a et éclairée par ma ccHiscienee », c'est-àdire modifiée, augmentée, amendée, etc. Eh bien, vous vous trompez, et Lamartine lui-même va vous en donner cfeux preuves qu'il n'aurait pas marché avec vos maîtres d aujourd'hui..

■^ Yeid la lettre qu'il m'adressait en 1837 :

A M. 8ENRI I>Z LACRITILLE 269

7 décembre f8b7.

et Mon cher Karr,

» Je vous adresse le meilleur de mes jeunes amis^ M. Roland, ancien maire de Mâcon et représentant modéré de 1848, plein de cœur, de talent et d'affection. Homme comme il en faudrait beaucoup dans notre pays pour le rendre digne de grandes pensées : il est un peu souffrant, il va «à Nice avec sa jeune femme respirer Totre air et vos roses; faites-leur respirer en toute confiance votre esprit et votre bon cœur; tout ce que Yoos ferez pour lui sera fait pour moi.

» De vig^roa à jardinsLer,

Yofei ee qu'il écrivait (^deltemem^i pouor k publicité en 1848, — j'étais entièremeoft d'accord avec lui^ — je vous mets, vous et les autres, au défi d'établir que je me sois modifié en rien. Donc, comme vous n'êtes pas avec moi, il s'ensuit kigiqaement qoie rom n'été» phis avechii.

iriKïSTÈAC D&9 AFFAIRE» iTRAN6ÈRSS.

16 mars 1849.

<K Monsieur et ami,

» La révolution qui vient de s'accomplk est la révotutioi» de riitteliigenee!; îl est dm devdr, pour tous ceux qm y ont pirépairé les esprits par leurs éeritsv de ebereher à faÉre partie de rAss^ôibiée nationale. Je suis heiEPeux d'apprendre que vou» vous présentez comme caïadidat dans le département de la Seine-Inférieure. Je connais ves sympathies^ et sius d'avance convaineu (gme les io-

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stitutions que nous voulons fonder auront en vous un intelligent et courageux défenseur.

» Recevez, monsieur et ami, etc.

» LAMARTINE

« Monsieur et ami,

» Votre nom et votre talent sont trop connus pour cpie vous ayez besoin des offices de personne. Il y à, dans vos livres sérieux et même dans vos l'euilles les plu? légères, une aptitude politique dont nul ne saurait contester la portée.

» Présentez-vous donc hardiment aux habitants des côtes de Normandie qui vous estiment et vous aiment conune im des leurs. Âdresâez-vous au grand cœur du peuple, il comprend surtout deux choses : le courage et le bon sens. Voilà les titres qui lui plaisent et qui assurent, n'en doutez pas, le succès de votre candidature.

» LAMARTINE

Cela m'amène naturellement à ce qui me concerne, et c'est encore Lamartine qui va attester lui-même Tamitié qui nous a unis jusqu'à sa mort.

Il n'est pas tout à fait nécessaire, comme vous semblez le penser (pages 31 et 172), de « le suivre par derrière à la promenade », ou de « marcher à pied à côté de son cheval », pour avoir droit à être compté aui nombre de ses amis.

Pas plus que d'assister à ces banquets de Mâcon, où « les bouteilles éclataient sous les bouchons et répandaieat des flots de pourpre » (ça devait être propre), où vous « êtes montés sur les tables », oii « la foudre croisait ses bras furieux », assourdie sans doute et intimidée par les a trépignements, les chants, les cris do

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