RAPPORT
Fait au nom de la commission chargée de Vèxamen
des papiers trouvés che» Robespierre et ses complices ^
par E. B. Courtois, député du département de l'Aube,
dans la séance du 46 nivôse,
An III' (Je la République française une et indivisible*.
Imprimé par ordre de la Conyention nationale.
Certifié conforme aux originaux, par nous, représentants du peuple, membres de la commission chargée de l'examen des papiers trouvés chez Robespierre et ses complices.
» Signé : courtois guffroy, lomont
et GALES. »
. Je vais transcrire un très petit nombre des pièces de cette correspondance. Quelques-unes des plus intéressantes ont rapport à la ville de Lyon. Les lecteurs, après cette communication, s'étonneront peut-être de voir
298 PEKDANT LA PLUIE
cette cité, si longtemps la « seconde ville de France » par l'industrie, le travail, l'intelligence, le commerce, le goût des arts et la richesse, aspirer aajourd'hni, par une singulière émulation, à devenir la première pour l'agitation, le trouble, l'anarchie et... la misère.
Quand on voit Lyon choisir pour la représenter, non pas les plus intelligents, les plus laborieux de ses enfants, — et elle ne manque pas de ceux-là, mais nommer H. Barodet, un inconnu quelconque, dont l'élection a renversé M. Thiers, demi-dieu aujourd'hui, M. Ranc, que les Lyonnais ne connaissaient absdument pas, sur l'injonction insolente d'un comité parisien, — M. Ranc, condamné pour participation à la Commune, — M. Bonnet-Duverdier, qui ne paraît pas se tirer nettement de graves accusations plus que politiques; — quand on voit Lyon chercher un nouveau représentant parmi les condamnés, quand on se rappelle l'assassinat d'Arnault, quand je me rappelle, pour ma part, la situation embarrassée et périlleuse où j'ai vu M. Challemel- Lacour^ en traversant Lyon en 1871, on se demande si cette grande et noble ville a perdu la mémoire de son histoire, ou si elle se rappelle trop et se rappelle avec terreur ce qu'il lui en a coûté en 1792, pour ne pas s'étr<^ montrée suffisamment ardente pour la révolution et le sans-culottisme.
Je recommence, et je copie.
Fouché et Colbt-tïHerbois à la Convention nationale.
Citoyens et collègues,
Nous poursuivons notre mission avec l'énergie de républicains qui ont !e sentiment profond de leur caractère, nous ne descendrons pas de la hauteur où le peuple nous a placés, etc....
REMINISCERE 109
Convaincus qu'il n'y a d'innocent dans cette infâme ville que celui qui fut opprimé par les assassins du peuple, nous sommes en défiance contre les larmes du repentir; rien ne peut désarmer notre sévérité, l'indulgence est une faiblesse dangereuse ; — les démolitions sont trop lentes, il faut des moyens plus rapides à l'impatience républicaine, — votre décret sut Yanéantissement de la ville de Lyon doit être exécuté avec la rapidité du tonnerre, — l'explosion de la mine et l'activité dévorante de la flamme peuvent seuls exprimer la toute-puissance et la volonté du peuple.
FOUGHÉ, GOLLOT-d'hSRBOIS.
Ville affranchie (Lyon), 26 brumaire an II.
Collot-d'Herbois à Robespierre»
. . . J'ai donué un plus grand caractère à tous les moyens employés jusqu'ici; l'armée révolutionnaire arrive enfin après-demain, et je pourrai accomplir de plus grandes choses : il faut que Lyon ne soit plus et que l'inscription que tu as proposée soit une vérité.
... Il faut faire évacuer ceat mille individus, travaillant à la fabrique, bien éloignés de la dignité et de l'énergie- qu'ils doivent avoir; en les disséminant pacmi les hommes libres, ils en prendront les s^itimeots. Nous avons créé deux nouveaux tribunaux, plusieurs fois vingt coupables ont subi la peine due à leurs forfaits le même jour. €eia est encore lent pour la justice d'un peuple entier qui doit foudroyer tous ses ^memis à ia fois et nous nous occupons à forger la foudre.
gollot-d'herbois
Ville afiranchie, 3 frimaire an II. . .
Collol-d'Herbois à Couthon.
... D y a ici soixante mille individus qui ne seront jamais républicains, il faut les répandre avec précaution sur la surface de la République. Ainsi disséminés et surveillés, ils marcheront au pas ; réunis, ce serait un foyer dangereux; les générations qui en proviendraient ne. seraient même jamais entièrement pures.
Concer.te-toi avec Robespierre pour finir le décret concernant cette commune qui ne peut subsister sans danger. La population licenciée, il sera facile de la faire disparaître, et de dire avec vérité : Lyon n'est plus.
... Des mesures révolutionnaires, continuellement rééditées et mises en action, vont consommer le grand événement de la destruction de cette ville rebelle.
Je t'embrasse, respectable ami.
GOLLOT-D^HERBOIS. '
Ville alDraiichie, 17 bmmaire an II.
CollotSHerhois et Fouché à la Convention nationale»
• . . Point d'indulgence, citoyens collègues, poiiM de délais, point de lenteurs dans la punition du crime; les rois punissaient lentement parce qu'ils étaient faibles et cruels. La justice du peuple doit être aussi prompte (jue la volonté. Nous avons pris des moyens efficaces pour marquer la toute-puissance de manière à servir de leçon à tous les rebelles.
. . . Quant aux prêtres, leur arrêt est prononce.
• • • Nous saisissons chaque jour de nouveaux trésors, nous avons découvert chez Tholosan de la vaisselle eiu^bée dans un mur et beaucoup d'or et d'argent.
gollot-d'herbois, fouché.
5 frimaire «n IL
RIMINISCBRE 301
Collot'd'Herbois au citoyen Duplay père.
. . Nous avons tiré les patriotes de la tiédeur où de faux principes et des idées de modération les avaient ^entraînés.
Nous avons ranimé Faction d'une justice républicaine; elle doit frapper les traîtres comme la foudre, et ne laisser que des cendres; en détruisant une cité infâme et rebelle, on consolide toutes les autres, voilà nos principes ; nous démolissons à coups de canon, et avec Texplosion de la mine autant que possible...
La bâche populaire faisait tomber vingt têtes par jour, et ils n'en étaient pas effrayés, les prisons regorgeaient, nous avons créé une commission aussi prompte que peut l'être la conscience de vrais républicains. Soixantequatre de ces conspirateurs ont été fusillés hier, deux cent trente vont tomber aujourd'hui. Ces grands exemples influeront sur les cités douteuses.
collot-d'herbois.
15 frimaire an II.
Ces représentants du peuple envoyés dans a Commune affranchie y> à la Convention nationale.
21 ventôse, an II* de la République démocratique, une et indivisible.
La justice a bientôt achevé son cours ; dans cette cité rebelle, il existe encore quelques complices de la révolte lyonnaise, nous allons les lancer sous la foudre, il faut que tout ce qui est opposé à la République ne présente; ^ux yeux des républicains que des cendres et des décom-i bres.
. . .L'opulence qui fut si longtemps et si exclusivement le patrimoine du vice et du crime, est restituée au
peuple. Vous en êtes les dispensateurs; les propriétés du
riche conspirateur lyonnais acquises à la République
sont immenses; elles peuvent porter le bien-être et
l'aisance parmi des milliers de républicains. Ordonnez
promptement cette répartition; ne souffrez pas que des
fripons enrichis enlèvent les propriétés des sans-culottes;
ne faites rien à demi.
roucHi.
Bvissart à Robespierre,
. . «U faut tuer Taristocraiie mercantile, comme on a tué celle des nobles et des prêtres. Les communes doivent être seules admises à faire le commerce.
Collot-d'Herbois à ses collègues du Comité de salut
public.
La ville est soumise, mais non convertie; les sansculottes laborieux n*y voient pas encore clair, il faut les animer pour la République; les hommes sûrs étant extrêmement rares, la démolition allait lentement, les ouvriers gagnaient leurs journées à ne rien faire: la -commission militaire aperduàjugeretàélargir des accusés contre lesquels elle n*a pas trouvé de preuves, des moments dont chacun devrait être un jugement terrible, «lie en a fait fusiller plusieurs. Ce tribunal va plus ferme, mais la marche est lente, il a encore peu opéré; les exécutions mêmes ne font pas tout Teffet qu'on ^i devait attendre, la prolongation du siège et les pérUs journaliers ont inspiré une sorte d'indifférence pour la vie.
La mine va accélérer les démolitions; sous deux jours, les bâtiments de Belcour sauteront. J'irai de suite partout où «le moyen sera praticable de miner les
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bâtiments proscrits. Les accusateurs publics vont marcher plus rapidement. Les jacobins arrivés seront employés utilement; enfin je me concerterai pour des mesures nouvelles grandes et fortes.
collot-d'herbois.
17 brumaire an II.
Du même aux mêmes»
Bien des embarras naissent de Tinsuffisance des premières mesures prises et de la disette d'hommes surs. Nous avons donné aux tribunaux et commissions une marche bien plus vive. Hier, six coupables ont reçu la mort. Un nouveau tribunal va se mettre en action. La guillotine pour Feurs a été commandée hier, et partira sans délai.
Le 19 du 2* mois de l'an II.
Vilot à Gravier.
Ville affranchie, 13 frimaire an II.
Mon ami, si j'ai tant tardé à te donner des nouvelles de Ville affranchie , c'est que je voulais que ma citoyenne t'instruisit elle-même, mais son départ a été retardé par ma maladie. Ma santé se rétablit chaque jour par l'effet de la destruction des ennemis de notre commune patrie. Mon ami, je t'assure que cela va on ne peut mieux : tous les jours il s'en expédie une douzaine, on vient même de trouver cet expédient trop long, lu apprendras sous peu de jours des expéditions de deux à (rois cents à la fois, — les maisons se démolissent à force avec le temps, et la fermeté des républicains; la liberté et l'égalité s'assureront à jamais. Sous huit à dix jours, ma citoyenne partira, elle empoj^
tera les objets de consommation p&ur le citoyen Du-
playe.
vi::OT.
Du même au même.
24 frimaire an II.
La guillotine et la fusillade ne vont pas mal. Soixante, quatre-vingts, deux cents à la fois sont fusillés, et, tous les jours» on a le plus grand soin d'en mettre de suite en état d'arrestation, pour ne pas laisser de vide aux prisons.
Du même au même.
25 nivôse an II.
Notre tribunal va toujours bien. Hier, Guichard a porté sa tête à la guillotine. — Du moment où j'aurai pu me procurer les bas pour Robespierre, je te les ferai passer. — Je t'ai fait passer un jambon, je souhaite que tu le manges en bonne santé.
Le sans-culotte ViLOT.
Du même au même,
7 floréal an H.
Le comité de salut public, dont les membres qui
le composent offriront bientôt à l'univers entier cette force de caractère qui découle de cette vertu sans mélange et de la probité la plus sévère qu'ont jamais offertes les siècles les plus mémorables à aucun gouvernement démocratique. '
VILOT.
REMINISCBRB 305
Emery^ officier municipal de Commune affranchie, à
Gravier^ frère du juré.
Le 2 pluviôse an I.
Le conseil général de la commune de Grenoble vient de faire parler de noire commune, etc.
Permetsr-moi de te dire que cet ouvrage est un des plus mauvais, que le tout annonce le moderantisme, et l'aristocratie y montre à découvert le bout de Foreille.
Vous dites que « vous avez préservé votre cité de ces spectacles de sang qui révoltent ».
N'est-ce pas dire que vous blâmez les mesures qui ont été nécessaires pour faire la Révolution, et même celles qui s'exécutent présentement dans les départements pour purger la terre de la liberté de toute cette secte qui la trouble.
Vous dites que « vous êtes assurés des traîtres et que vous les tenez sous le verrou national ».
Le seul verrou national doit être celui de la guillotine : tout autre est mauvais, — en doutes-tu encore?
« Vos mains sont encore vierges de sang. »
Comment osez-vous le dire? N'est-ce pas insulter cette vengeance populaire qui a été si nécessaire? Où diable avez'vous puisé ce langage? Je vous l'aurais à peine pardonné du temps de l'Assemblée constituante.
RévelUest-vous donc et faites juger ces traîtres à mort, oui à mort; sinon, que diable voulez-vous que la République dise de vous? Selon moi, cela finira mal; — certes, si. on me demandait mon avis, je voterais pour votre arrestation.
Tu dois protester contre ta signature.
Salut, santé, courage, nos ennemis à mort. Vive la République!
306 PENDANT LA PLrjIE
Achard à Gravier.
28 nivAse an II de l'ère répablicaine.
QueUe est donc cette rage qu'ont tous ces crq)aucls •de vouloir coasser, encore qu'à la fin dame Guillotine soit obligée de les recevoir tous, les uns après les autres, à sa croisée salutaire? La société se ranime par les orateurs qui prêchent les principes. Le tribunal poursuit avantageusement sa carrière. Il aurait certaineiDeiit besoin de bons renseignements, mais il ne ae donne pas la peine de les rechercher. Néanmoins, hier, dix-sept ont jms la tète à la chatière, aujourd'hui huit y passent, et vingt et un reçoivent le feu de la poudre. Nous sommes à la piste des intrigailleurs, agents de Pitt et de Cobourg. Quatre cent mille livres par décade pour les démolitions. Encore si l'ouvrage paraissait! mais l'indolence des démolisseurs démontre que leurs bras ne sont pas ^propres à bâtir une république.