‹ Pendant la terreurChapitre 16 sur 83 · I.K POÈTE BOUCHER. l'i.'t · texte numérisé non relu

I.K POÈTE BOUCHER. l'i.'t

voire ourrage, quoique, cDfcre nous, il s'y trouve, surtout iImus !<•< notes, des choses «im* je désirerais qui en fussent retranchées.

Au fond. d'Alembert était enchanté de l'ouvrage qui se ressentait singulièrement des doctrines philosophiques de l'Encyclopédie, et il en était si content que. sortant de son rôle officiel à l'Académie, il présentait chaleureusement le poème à ses confrères, et se faisait pour ainsi dire le patron et l'introducteur de Boucher devant la célèbre compagnie.

Cabanis écrit d'Auteuil sous l'impression de la première lecture pour louer des hardiesses auxquelles on ne saurait reprocher que quelques mots trop nouveaux ou quelques défaut? de prosodie.

sont là de petites taches qui tiennent aux plus grandes beautés et qui ne se trouvent que chez les génies créateurs. Il D*est pas donné à la médiocrité de s'élever n ces fautes, disait Pope. J'ai lu et relu certains morceaux que je mets au moins au niveau de ce qu'il y a de plus srrand et de plus parfait dans la poésie ancienne et moderne.

Le 14 juin, de Brive. nouvelle lettre; Cabanis parle de l'article de Garât au Mercure, « article dont les gens de lettres lui sauront mauvais gré pour avoir si bien dévoilé leur manège contre les Mois ».

Quant au père de Cabanis, cet homme trop peu connu, il a admiré le poème, il le relit sans ces- '. il le déclame dans ses promenades : « Les forêts du pays pourraient redire les vers des Mois. » et. cependant, il y a dans cet ouvrage « certains traits qui choquent un peu ses opinion -

Le poème trop vanté avait presque échoué à l'impression. Boucher s'en rendait compte, mais il conservait encore toute

sa fierté confiante, quand il écrivait, le 1er mars 1780, à Dussaulx * :

Je ne redoute pas les détracteurs qui ne troubleront pas ma tranquillité. J'ai mis mon âme en un lieu haut d'où je ne veux pas descendre pour m 'offrir en spectacle aux passants. Le meilleur ouvrage est celui qui provoque le plus de contradictions. On ne regarde pas le fleuve quand il coule en été, dans ses rives ordinaires ; en hiver, à la débâcle, tout le monde s'arrête et admire. Voilà pour les ouvrages de mérite, et voilà encore ce qui me fait recevoir avec reconnaissance la prophétie que vous daignez me faire :La détraction m'attend, dites-vous. Et moi, je réponds : Amen, ftatl fini'.

Le poème des Mois, par son sujet et par ses divisions, — mais par là seulement, — est un des types du genre descriptif, triomphe heureusement éphémère de la poésie didactique au xvnT siècle.

Comme Hosset dans X Agriculture, Saint-Lambert dans les Saisons, Delille dans V Imagination ou les Jardins, Koueher a groupé autour du sujet qu'il avait choisi toutes les connaissances philosophiques de son temps. Donner à des théories scientifiques une forme poétique et plus accessible au vulgaire était une lâche ingrate et un obstacle au succès durable.

De plus, les Mois sont remplis de tableaux, souvent assez mal rattachés à chacun des douze chants, disjecti mernbra poetx. L'épisode pourra être intéressant, la narration rapide, la forme poétique; il restera alors des morceaux excellents, mais isolés, sans liaison et où le lecteur sentira trop le remplissage et le hors-d'œuvre.

I. Dussaulx, membre de l'Académie des belles-lettres, écrivait son nom avec deux s; ee motif nous a fait adopter cette orthographe de préférence à celle de beaucoup d'auteurs qui écrivent Dusavlx.

LE POETE ROI" CHER, bo

Les critiques reprochenl a\ant tout au poète l'absence de plan et c'est le procès même du sujet. Ils n'admettent pas non plus cette division en douze chants parce qu'il n'y a pas. entre chaque mois, une différence qui les distingue avec netteté, et c'est en vain, disent-ils. que Roucher avait lu d'avance à cette objection en rappelant que • l'anliqoité tenait compte des douze constellations et qu'elle indiquait par là même le caractère distinctif de chacun des m >i> . Enfin, les commentateurs regrettent ces tirades où le poêle n'occupe le lecteur que de sa personne, l'abus de la mythologie dans un poème philosophique, les répétitions d'idées, les rejets d'un vers à l'autre et la négligence de la césure '.

En revanche, on admire certains côtés par lesquels l'œuvre de Boucher brise le moule factice de son époque. Quand il décrit les manifestations multiples et variées de la nature; quand sa muse l'élève au-dessus des passions du moment pour ne plus voir que les mouvements de la matière éternelle. dirigés et contenus par une puissance supérieure qu'il reconnaît sans la nommer jamais, Roucher, entraîné comme Lucrèce dont il a subi l'influence païenne, apparaît un novateur hardi. Il emporte le lecteur avec lui; les longueurs s'oublient, et l'esprit, tout à l'heure fatigué, se repose et se complaît dans une admiration qui l'enchante.

Au moment de ces envolées, la hardiesse de l'expression. l'originalité poétique et la coupure bizarre mais puissante

1. bans te Journal de Paris du 12 juillet 1782, à propos du compte rendu de- Jardins de Delille, on parle des Mois « où Roui-her a. trop souvent, négligé la césure. • — Un critique moderne a tut sur Roucuer cette très juste réflexion : « Disciple de Pindare beaucoup plus que de Virgile, il a transporté dans les poèmes de longue haleine ee qui n'avait paru naturel aux Grecs et mu Latin- que d^in; •irts élans d'une ode ou d'un dithvr.iml I

de certains vers comme on n'en avait plus fait depuis l'antiquité, élèvent le poète au-dessus de ses contemporains1.

A ceux qui lui reprochaient ses néologismes voici sa réponse victorieuse2 :

Tout germe devant lui, tout se mont, tout s'a

Le mol s'avive ré voilera sans doute, mais je prie ceux qui le proscrivent d'observer qu'il manque à notre langue, depuis qu'on a cherché à l'épurer. En effet, revivre, s'animer, n'ont ni le même sens, ni la même énergie que s'aviver. D'ailleurs, nos pères s'en servaient. Quelle raison avons -nous eu pour le laisser tomber en désuétude? Ce n'est pas le seul mot ancien que j'aie tâché de rajeunir. On en trouvera, dans ce poème, un grand nombre d'autres comme bleuir, tempéteux, ravageur, fallacieux et même punisseur, qui souvent m'ont épargné la longueur d'une périphrase.

Les poètes anglais et allemands n'ont pas besoin de demander grâce, comme je le fais ici, pour les mots anciens ou étrangers qu'ils emploient. Tout lecteur le> adopte pourvu qu'ils soient harmonieux et intelligibles. Je suis bien loin de vouloir qu'on mêle un idiome étranger au nôtre; mais je ne puis m'-empêcher de souhaiter que nous nous emparions de nos propres richesses trop négligées. Si nous sommes pauvres, c'est notre faute : Montaigne ne Pétait pas!

VA ailleurs, à propos de ce vers du chant de Décembre :

Et le chêne surtout, vieux prophète à Dodoue. Depuis que ce vers a été composé j'ai lu les poésies de

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