I1 KM) A. NT LA TERREUR
Cependant les qualités de versification ne sont p,as les
seuls titres du poêle. Son unie tout entière était passée dans son œuvre. Dans les Fleurs d'Avril, dans la Veillée au village ou dans la Mélancolie du soir « la douceur et le charme intime, comme disait Sainte-Beuve f, éclatent à chaque vers », tandis que, dans d'autres passages, la Débâcle, les Alpes, les Glaciers, Roucher montre ce profond sentiment de la nature, inconnu avant Rousseau, mais que le philosophe de Genève avait révélé à ses admirateurs et à ses amis -.
L'histoire, elle aussi, a inspiré quelques pages de ce vaste poème ; en dehors de ses chants sur l'héroïsme de Jeanne d'Arc et le courage de Jeanne Hachette, Roucher a frétai avec indignation le partage de la Pologne, tandis que l'amour de l'humanité lui a fait glorifier la paix et la libertd dans ces vers qui terminent l'ouvrage :
Et moi, durant ces jours d'injustice et de guerre, Oubliant tous ces rois qui désolaient la terre, Heureux, je célébrais l'heureuse paix des champs; Elle avait tout mon cœur. — Les vœux les plus touchants Attendrissaient pour elle et ma voix et ma lyre : Écho les entendit; Écho peut les redire. Ah! jusques à la mort puissé-je conserver Cet amour d'un bonheur si facile à trouver!
1. Causeries du Lundi, I. XI, p. 131. Sur La poésie clans la nature, Sainte-Beuve parle encore de « celle fleur inattendue de poésie qui, tout d'un coup se découvre », dans Roucher; — il admire « certains vers qui décèlent un instinct de fraîcheur et de nouveauté ».
2. Roucher poussait l'amour de la nature jusqu'à la superstition. Il n'aurait pas voulu qu'on tuai les animaux, même pour nourrir les hommes, et il a pleuré les arbres abattus dans des vers dont Lapradc, qui est de sa famille littéraire, parait avoir conservé le souvenir. C'est à propos de cette sensibilité excessive que Sainte-Beuve disait de Roucher qu'il avail trop de Greuze en lui.
Le l'otîi: bouche*. 71
Vers 1810. le grand chancelier de Lacepède rencontrait le lils de Bouclier et, re\enant avec mélancolie sur la destinée du poète, il s'exprimait ainsi : « Quel malheur ! Il serait aujourd'hui des nôtres. • Ne s'abusait-il pas, et Rou- • lier, qui conserva jusqu'au pied de l'échafaud toutes ses illusions généreuses, se serait-il jamais rallié au glorieux . amoureux des batailles et destructeur de toutes les libertés ! ?
Le poème des Moi* était sous presse quand on apprit que Roucher allait publier dans les notes les Quatre lettre* écrites par Jean-Jacques Rousseau à .1/. de Malesherbex. au mois de janvier 1762.
" Rousseau n'a jamais rien écrit d'aussi beau », dit
Sainte-Beuve8. « Ce sont, dit un autre commentateur3, des
chaînons philosophiques qui relient les Confessions aux
Rêveries <Iun promeneur solitaire. » Dans le livre XI de
onfessions, Rousseau en parle ainsi :
J'écrivis à M. Je Malesherbes traître lettres consécutives où ^ lui exposant les vrais motifs de nia conduite, je lui décrivais
1. Il serait injuste de ne pas signaler au passage ces S>jtes, pleiues ■l'indilion et de variété, auxquelles les critiques de l'époque rat
•'■ tant de pages. Elles étaient d'une hardiesse philosophique ou littéraire qui s'imposait forcément à l'atteution ; elles contenaient des essais poétiques comme le beau fragment des prophéties d'Isale ou de véritables traités d'économie politique, de législation et de haute littérature. La note Sur les comédiens faisait dire à Baignères qae -i jamais KOBCbci abordait le théâtre il aurait des adversaires implacables. La haine de Cidlot-d'Herbois, bien que Roueher ne t
• essayé dan- le genre dramatique, donna raison à cette prédit tiuii. — H'iueher eut un moment l'idée de faire uue tragédie, Bêtisaire. Un en trouve la trace daus ses papiers, mais il ne donna aucune suite à ce projet.