Cn/series du Lundi, t. If, p
:;. Dcsaleft-Kégis, Rem* de Paris du 20 eetofcre 1812. arlnle intitulé le 7 Thermidor et consacré en entier à Pencher.
fidèlement mes goûts, mes pensées, mon caractère, et tout ce
qui se passait dans mon cœur. Ces quatre lettres, faites sans brouillon, rapidement, à trait de plume et sans mémo avoir été relues, sont peut-être la seule chose que j'aie écrite avec facilité dans toute ma vie. <>es lettres plurent à M. de Malesherbes et il les montra dans Paris... Ou trouvera, dans mes papiers, la copie qu'il en fit faire à ma prière el qu'il m'envoya quelques années après.
Dans ces quatre lettres, qui témoignent une fois de plus de son orgueil et de sa misanthropie. Rousseau déclare que « le commerce des hommes lui est odieux; il mourra persuadé que de tous ceux qu'il a connus, aucun n'est meilleur que lui: il a une violente aversion pour les états qui dominent les autres ; il hait les grands ; le moindre devoir lui est insupportable; il redoute jusqu'aux bienfaits parce qu'il faut en être reconnaissant et que la reconnaissance est un devoir; personne au monde ne le connaît que lui seul, parce qu'il ne vit qu'avec lui-même; sa manière d'être est due à une imagination déréglée; enfin, il a été heureux autant que la nature le lui a permis ».
A côté de ces paradoxes, que de jugements lumineux, d'intrigues percées à jour, de petitesses dévoilées !
On voulait établir contre Jean-Jacques un système de diffamation et l'on sentait bien que ces lettres entraveraient ce charitable dessein. De plus, l'Académie se savait directement visée par ces lignes méprisantes :
Vos gens de lettres ont beau crier qu'un homme seul est inutile à tout le monde et ne remplit pas ses devoirs envers la société, j'estime, moi, que les paysans de Montmorency sont
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des membres plus utiles de la société que tous ces tas de désœuvrés payés de la graisse du peuple pour aller six fois la semaine bavarder dans une académie, et je suis plus content de pouvoir, dans l'occasion, faire quelque plaisir à mes pauvres voisins que d'aider à parvenir à ces foules de petits intrigants dout Paris est plein, qui tous aspirent à l'Iiouneur d'être des fripons en place et que, pour le bien public comme pour le leur, on devrait tous envoyer labourer la terre daus leurs provinces1.
Il fallait prévenir une semblable publication. L'Académie fit auprès de Roucher une première démarche. Le poète, qui s'était donné la mission de défendre son ami, refusa de supprimer les lettres ; il lit plus: pour expliquer sa conduite il rappela dans une des notes des Mois le mot de Diderot :
La calomnie disparaît à la mort de l'homme obscur, mais on la voit debout devant l'urne du grand homme et continuant d'en remuer la cendre avec un poignard.
C'est alors que La Harpe, plus intéressé que tout autre à la suppression des fameuses lettres2, se chargea de reprendre la négociation. Accompagné de deux confrères, amis du poète, il se rend à Montfort. Un fauteuil à l'Académie et une pension de douze cents livres seront le prix du silence de Boucher. Celui-ci rejette cette proposition avec l'indi-
1. Grimm (t. X, p. 293), à la date de juin 1780, donne une nouvelle preuve des sentiments de l'Académie pour la mémoire de Jean-Jacques. — Racontant une visite.de la reine au tombeau de Rousseau à Ermenonville, il s'exprime ainsi : a On aurait bien voulu se persuader (ce n'est pourtant pas à l'Académie!) que la dévotion à la mémoire du saint philosophe avait été le principal objet de l'auguste pèlerinage» » Mais comme la reine était restée froide, « Que de haines, ajoute-t-il, que de jalousies, ce silence a consolées!')
2. Au lendemain de la mort de Jean- Jacques, il avait écrit un libelle contre Rousseau et les quatre lettres faisaient éclater son imposture.
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gnation qu'inspire à un honnête homme la pensée même d'une lâcheté. Les éloges, les flatteries, tout est impuissant. On en vient aux menaces : « Son nom sera proscrit, sa réputation étouffée, sa famille et lui plongés dans la misère. » Toujours même refus. La Harpe s'adresse alors à madame Roucher, la descendante de Jeanne Hachette. Il n'est pas plus heureux et revient à l'Académie blessé, le fiel dans le cœur.
De ce jour, a dit Guyot-Desherbiers1, Roucher fut voué aux persécutions, aux outrages, aux calomnies et au malheur. On y avait presque réussi, lorsque la Révolution fit le reste.
M usset-Pathay, dans son Histoire de la vie et des ouvrages de Jean-Jacques Rousseau, s'est exprimé ainsi :
Les démarches que l'on fit pour empêcher l'impression des lettres sont à peine croyables, quoique certaines. Roucher, ajoute-t-il, eut le courage de résister aux séductions et de braver toutes les menaces.
Les quatre lettres parurent donc dans le poème des Mois et elles sont liées à jamais à cet ouvrage où elles rappellent les souvenirs, si honorables, qui s'y rattachent2. Et voilà
i. Grand-père d'Alfred et de Paul de Musset, Claude-Antoine Guyot- Desherbiers, dont nous retrouverons le nom dans la suite de cette étude, méritait beaucoup mieux que les lignes trop courtes qui lui ont été consacrées par Paul de Musset dans la biographie de son frère Alfred (p. 9). M. de Musset-Pathay, dont je cite l'opinion après celle de Guyot-Desherbiers, était le gendre de celui-ci et le père du poète.
2. Les Mois, t. II, pp. 288 et suiv. Dans la contrefaçon de Liège, contre laquelle Roucher a protesté dans le Journal de Paris (29 août 1780) et dans le Journal Encyclopédique (1er octobre même année), les lettres ont été supprimées, ce qui ferait supposer que l'Académie ne fut pas étrangère à cette édition frauduleuse.
pourquoi Roucher ne fut pas de l'Académie. En parcourant la liste des membres qui la composaient en 1789, on reconnaîtra qu'elle aurait plus gagné à l'admettre que le poète ne perdit à en être exclu.
Dès le lendemain de l'apparition des Mois, La Harpe commença dans le Mercure une campagne de six mois qui ne s'arrêta que lorsqu'on l'eut chassé de ce journal. Toutes les armes lui semblaient bonnes, et la critique littéraire tenait beaucoup moins de place dans ces diatribes que les injures personnelles ou les imputations calomnieuses. Le public outré imposa silence au critique. Madame Panckoucke en faisait part au poète dès le lendemain, 6 septembre 1780 :
M. Je La Harpe est brouillé avec mon mari. Il renonce au Mercure et voulait faire ses adieux au public dans un long article. Nous avons pris la défense de ce même public en ne permettant pas que M. de La Harpe voulût l'affliger de la sorte. Alors, la grenouille s'est enflée du poison de l'orgueil ; je ne sais pas encore comment elle n'en est pas crevée. Nous avons reçu une lettre de ce petit monstre d'orgueil où il nous dit avec bonhomie que nous manquons à un homme à qui tout le monde doit des égards et nos pareils du respect. Ne parlons plus de ce petit homme, car ce serait l'estimer encore que de s'en occuper.
Pour détruire l'impression que La Harpe avait laissée, le Mercure confiait à Imbert la nouvelle critique des Mois. Vaincu de nouveau, La Harpe jura de se venger. Mais, cette fois, il attendit la mort du poète.
Dans le Cours de littérature *, tandis qu'Homère, Virgile et Ovide sont jugés en quelques pages, Roucher occupe seul près d'un demi-volume. Les mots : bêtise, ineptie,