La brochure de Voltaire parut à Bâle, en I7(t titre
les Singularités de la nature. Grimm.édit. de 1829, t. VI. rend compte, lui-même, du peu de succès qu'obtint cet opuscule dans les salons de Pans.
Anel ! je goûtais ce bonheur.
Pour moi, sous tes lambris modestes, Folâtraient l'Amour et sa soeur.
Les Jeux, la Danse, la Folie, Les concerts, les doux entretiens, Le rire piquant de Tlialie, Tout m'y rendait chers mes liens. - Revenez, jeunesse fleurie, Pourquoi sitôt vous envoler?
Mais rieu ne peut vous rappeler ; La plus belle heure de la vie Est la première à s'écouler.
Jours heureux de la jeunesse, jours de travail et de plaisirs,
de comédies et d'amour passés sous le regard et dans l'intimité d'une châtelaine sensible et charmante, que d'enivrements, d'extases et d'inspirations n'avez-vous pas laissés dans l'âme du poète qui a regretté avec tant d'éloquence votre fuite irréparable!
Pendant cet heureux exil, Roucher entretenait une correspondance suivie avec son ami1. Il lui parle de ses travaux, de ses parties de chasse, de tout ce qui faisait la douceur de sa vie. Imbert répondait en donnant les nouvelles littéraires de la capitale. Il se chargeait parfois de tendres commissions, tout en se plaignant de n'avoir à jouer trop souvent que le rôle de consolateur. Imbert a laissé le souvenir d'un homme d'esprit ayant le vers facile mais trop souvent erotique, et ces lettres ne doivent pas changer celte opinion; mais il s'y montre, du moins, critique intelligent et ami sincère. D'ailleurs, les deux écrivains se confiaient réciproquement leurs œuvres, quand ils n'en faisaient pas
1. Cette correspondance, précieusement conservée, fait regretter vivement que nous n'ayons pas les lettres qui furent certainement échangées, à cette époque, entre le poète et son père. Ces débuts d'une carrière littéraire seraient fort intéressants.
LE POÈTE ROl'CHER. 1 .*i
en commun, comme es patriotiques qui eurent si
peu de su'
Imbert était une gazette vivante. Le roi de Danemark dont tout le monde parle et qui se signale par ses générosités ;
— la rentrée en scène de Lekain: — les excentricités réelles de Rousseau et les cancans plus bizarres encore qui circulent ;
- V,,Uaire que l'on dit mort vingt fois, alors qu'il a encore huit ans à vivre; — le facteur qui, dans l'escalier, appelle, pour leur remettre les lettres, les destinataires, même quand ceux-ci demeurent au cinquième étage, comme Imbert ' : — la pièce à la mode ; — celle qui vient de tomber ;
— le dernier phénomène monstrueux qui met toute la faculté en émoi; tout cela donne une idée de ce qui se déroule dans cette correspondance presque toujours hebdomadaire.
Quelquefois, on y rencontre ce que l'on appelle aujourd'hui le document : par exemple, le 2 août 17 70. Imbert transmet à sou ami ces vers qui courent contre Voltaire et que l'on dit « foudroyants » :
Un jeune homme bouillant invectivait Voltaire ; « Quoi, disait-il emporté par son feu, Quoi, cet esprit immonde a l'encens de la te Cet infâme Archiloque est l'ouvrage d'un Dieu! De vice et de talent quel monstrueux mélange ! - . àme est un rayon qui s'éteint dans la fange. Il est tout à la fois et tyran et bourreau ; Sa dent, d'un même coup, empoisonne et déchire. 11 inonde de fiel les bords de s jn tombeau. Et sa chaleur n'est plus qu'un féroce délire. » Un vieillard l'écoutait sans paraître étonné :
1. Voici une adresse qui montrera quelle était la difficulté des relations à cette époque : « Je demeure, écrit Imbert, rue Sainte-Anne, vis-à-vis la rue Villedo, vis-à-vis un marchand de vin, entre un cordonnier et une marchande de modes, an fond de la cour, premier sur le derrière. Il v a une grille à tirer. » C'est Ion?.
!ï PENDANT LA TERREUR.
« Tout est bien, lui dit-il; le mortel qui te b Jeune homme, rïn ciel même atteste la sagesse, S'il n'avait pas écrit, il eût assassiné. »
Les ver?, on le dit tout bas, sont de Fréron ; mais, comme Volt tire a traité son adversaire d'infâme coquin, dans le monde on penche à donner raison au satirique. Nous voilà bien loin, il me semble, du « roi Voltaire » et de l'enthousiasme unanime qu'il soulevait.
Une autre Cois, Imbert raconte à lloucher l'intrigue académique dont il vient d'être la victime, de moitié avec Blin de Sainmore. Tous deux ont été sacrifiés à La Harpe. Mais Blin fait du bruit; Imbert, qui a pour lui d'excellents critiques, imprime sa pièce et convie lepublieà juger le différend. L'avis des Quarante est très combattu. D'Alembert, qui ne serait pas de l'Académie sans une supercherie dont il n'est pas responsable, mais qui n'en est pas moins indigne de son talent ', d'Alembert. en séance publique, répond par des choses peu aimables et par cette affirmation que l'Académie est toujours juste, dans ses appréciations. Ce qui n'empêche pas qu'à quelques jouis de là on disait couramment que, pour un autre prix remporté par l'abbé de Langeac, c'était Marmontel qui avait prêté sa plume à l'heureux lauréat; que l'Académie l'avait su, mais que, pour faire taire la critique, elle avait donné un accessit à M. de La Harpe.
Ces historiettes donneraient une fausse idée de cette correspondance, si l'on ne disait qu'elles y sont l'exception et pour ainsi dire l'agrément; ce qui tient la plus grande place dans ces lettres, ce sont les conseils littéraires, les corrections motivées, les projets débattus ensemble, et quelquefois