i i> i:\daxt la terreur
cl il (hmmukù\ conquislata. Enfin, nous nous sommes, toi et moi, entendus. Tu t'es rappelé sans doute que ce grand homme, ce digne rival d'Homère, si môme il n'esl pas son vainqueur, fut réduit, par l'injustice de ses contemporains, à croire qu'il avait fait, dans son Goffredo, un mauvais ouvrage,, et qu'à trente ans, créateur du plus bel édifice épique que le génie de la poésie ait donné aux hommes, il essaya de le renverser de ses mains, pour en Construire un autre qu'il crut faire plus beau, SOU Ricardo. Malheureux Tasse! et comment se faif-il que les ennemis de ta gloire aient pu faire taire, à ce point, le cri de la conscience littéraire? Que cette docilité, celte, soumission de la part est touchante ! L'homme ordinaire a un amour-propre bien plus robuste. Les traits d'une juste critique sifflent à son
oreille, le bienheureux ne les entend pas; il est. comme le
dieu d'un hymne de Santeul, il se béatifie de son propre regatâ } se pfopfio conluilu beat. La bonne nature, qui ne déshérite jamais tout à fait ses enfants, lui donne en vanité ce qu'elle lui refuse en talent. Le génie au contraire est défiant de luimême ; il a la bonhomie de s'abdiquer, pour ainsi dire. Etends au Tasse ce qu'on lui doit, ma bonne amie, remplis-toi de son ouvrage, pleure sur sa personne. 11 fut banni, exilé, captif, cl, ce qui est bien plus humiliant pour l'humanité et fût plus douloureux pour lui, méconnu pendant trente ou quarante ans.
Heureusement encore, il vit, la veille de sa mort, son immortalité. Pour moi, je ne pense jamais sans attendrissement à cette capricieuse destinée du Tasse, et toujours je me demande : Y aurait-il donc une alliance nécessaire entre le génie et le malheur?
Cicéron, Horace et Virgile trouvent naturellement leur place dans cette correspondance littéraire.
Le poète choisissait sa fille comme arbitre; il lui soumettait ses vers en même temps que ceux de Delille ou de Voltaire. Il laissait sa lille dans l'incertitude sur celle des traductions qui était son œuvre. Eulalie ne se trompait pas et
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elle jiistlfia.it son opinion par des raisons qui t'ont autant d'honneur à son cœur qu'à son érudition1.
Sainte-Beuve s'est montré extrêmement frappé de ces épisodes littéraires éclos sous les verrous de Sainte-Pélagie et de Saint-Lazare. Il les commentait avec son éloquence ordinaire en mettant les choses à leur vrai point, :
Eulalie, dit-il, relevait avec iine sagacité remarquable et un Bentiment de préférence filiale bien permis les défauts de la traduction de Delille au début des Géorgiqites. « Mais, lui répondait l'honnête Roucher, tu ne me parais pas rendre toute la justice qui est due à sa grâcej à son harmonie, à ce je ne gais quoi qui plaît, même dans sa manière française, aux amateurs impartiaux de l'antiquité-. »
Il y avait encore comme un instinct filial et un hommage involontaire dans le choix qui dictait ces paroles d'Eulalie :
Je n'ai jamais tant aimé Socrate. Que la vertu est aimable dans sa bouche! Pauvre vieillard! Comme ils Vont trait è\ Ingrats Athéniens! Il avait bien raison celui qui disait : « Il n'est pas de peuple qui ait possédé autant de grands hommes que les Athéniens, et il n'en est pas qui ait moins mérite d'en avoir. » Oh! sûrement, ils n'étaient pas dignes d'un Socrate, d'un Aristide, d"mi Alcibiade et de tant d'autres encore. La mort de ee grand homme m'a fait verser des larmes d'indignaiion, d'admiration, de pitié et d'attendrissement. Sa mort est plus belle (pie la vie de bien des héros. Alexandre a ver m soif inextinguible de la guerre, Cbarles XII avec sa têtedésor* donnée, le tsar, malgré le bien qu'il peut avoir fait parmi tant et tant de cruautés, ne me semblent pas comparables à mon héros. Où pourrais-je trouver l'histoire des grands
t. On trouvera quelques-unes de ces joutes littéraires à la On de ce volume, dans l'appendice.
2. Voir la suite, Causeries du Lundi, XI, p. 131 pt suivantes.
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hommes de la Grèce, 1 histoire d'Athènes surtout? J'ai une envie extraordinaire de faire connaissance intime avec ce vilain aimable peuple.
Après les classiques de la Grèce et de Rome, c'esl le nom de Montaigne qui se rencontre le plus souvent sous la plume du poète et de sa fille.
Tu as grandement raison, lui écrit-il, de vouloir frotter ta cervelle à la cervelle de Montaigne. Sa morale est usuelle; à tous les moments de la vie on trouve occasion de la mettre en pratique. C'est, je crois, de tous les moralistes, celui qui, sans le chercher, est descendu le plus avant dans l'homme. Ce nVst que lui qu'il met en scène ; et cependant, à chaque instant, on ôte son chapeau, et l'on fait la révérence, pour saluer des personnes de sa connaissance. Et puis ce style original, pittoresque, sublime et naïf! Cette foule d'expressions neuves, trouvées, qui font de la langue de Montaigne une langue nouvelle dans le français! Jean-Jacques en faisait une de ses lectures chéries, et il est assez vraisemblable qu'il a ajouté, par ce commerce, à sa fortune native.
Je vois avec plaisir, ma chère fille, que tu recherches le sage Montaigne. Bonne société! bonne accointance que celle-là! Quand tu auras un peu usé de ce philosophe pratique, tu te reconnaîtras meilleure toi-même à l'user. Plus de douceur, de souplesse, d'aménité seront bientôt une nouvelle parure de ta jeunesse. Tu verras se développer, avec vitesse, tous les heureux germes du bien que la nature a mis dans ton cœur; et ce qui te promet la plus pure des jouissances accordées à notre malheureuse nature humaine, par la raison que cette jouissance est la plus intimement sentie, tu reconnaîtras en toi l'ouvrage de tes propres réflexions.
A la fin de ces jours d'épreuve. Eulalie revenait avecson père sur lo môme sujet :
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J'ai trouvé, l'autre jour, sur mon chemin, un détracteur de Montaigne. Je croyais, moi, que c'était là chose impossible, mais Je vois qu'il ne faut jamais désespérer de rien et ne se persuader les choses que jusqu'à un certain point. Ce non -approbateur, pour ne pas dire autre chose, c'est le citoyen de la rue de La Harpe. Je ne sais comment la conversation s'est enfilée sur Montaigne; n'importe! il m'a demandé, puisque je l'avais lu, si je connaissais aussi Charron et sa Sagesse. J'ai répondu : non; et sur ce non, il m'a fort engagée à le lire, disant que je ferais la comparaison, et que je pourrais juger de la différence. Je n'ai rien pu dire sur la comparaison, mais je me suis hautement récriée de ce qu'il attaquait notre philosophe, précisément dans les points où il me paraissait le plus admirable, dans la morale pratique et domestique. C'est par là. ce me semble, qu'il a été, qu'il est et qu'il sera le philosophe le plus utile aux hommes qui voudront suivre ses leçons et les méditer. Les grands hommes n'ont-ils pas trop dédaigné les petites choses! L'homme en général est si peu grand. Il a traité le chapitre des marionnettes et des géants. Pourquoi le citoyen de la rue de La Harpe n'a-t-il lu que le chapitre des marionnettes?
Et Roucher, plus attaché que jamais à son philosophe de prédilection, félicitait sa tille :
si se battre en faveur de la sagesse incarnée. Quel homme que l'auteur des Essais'. Comme il est descendu aufonddetous les cœurs humains, en descendant dans le sien! Que de faiblesses et de grandeurs il y a surprises! Avec quelle aimable, piquante et ingénieuse simplicité, il nous a révélés à nousmêmes! Et ce style original, si plein de nerf et de force, qui place la langue française sur la ligne des plus belles langues de l'antiquité. Comment necommande-t-ilpas à tous les esprits l'admiration, et l'exclamation à toutes les bouches? Compare.- Charron à Montaigne! bon Dieu! j'aimerais autant comparer la nuit au jour, pour l'éclat et la fécondité. Le livre de la Sa-
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geBSê est salis dOUtfl Un beau traité de murale. 11 y a de l'ordre, do la méthode, de la raison; c'est l'œuvre d'un bon esprit. Mai? cet esprit est du second ordre. C'est le produit du jugement et de la vertu; mais les ÈtàùiS sont le fruit d'une Ame qui. sans effort, sans travail, se verse, s'épanche, et d'un génie naturel qui place san> cesse le sublime au milieu de la naïveté. Lis. je te le conseille fort, ma Chère fille, l'ouvrage de Charron;
I y a beaucoup à profiter; oui, il te rendrait meilleure. Mais lis surtout Montaigne. Tu seras à chaque phrase étonnée de lui et de toi-même. Tu diias : Bon! mevrô'-i; boftlmevàilà. Moi DteU! dans cej Essais, # stiti partout, Tu m'avais promis, je <niis.de lire tous les jours un chapitre de ce philosophe (I tique. Me tiens-tu parole? Si ta promesse avait été fidèlement observée, je suis assuré que tu eusses complètement battu le mépriseur, ou du moins le non-appréciateur d'un homme de génie* Mille traits fournis par celui-ci, qui t'auraient armée d'une manière invincible, et qui auraient fait humblement tomber le critique devant le nom du père des F.<-<iis!
Oll aborde tous les sujets. En ventôse, Moucher est encore enjoué. Il adresse à Eulalie un message daté des Champs- Khsées et signé du bon La Fontaine. Sa tille se prête à la plaisanterie et elle y répond par une des lettres les plus spirituelles qui soient sorties de sa plume '.
Une autre fois, le poète donne à sa tille quelques détails sur Ossian :
Tu ne connais pas ces productions supposées des siècles barhaies, dans les montagnes d'LYosso. Il est rare le talent qui contrefait à ce point le génie huit! Maepherson à qui on doit ces poésies, et qui trouva, dans les prairies les plus reculées de l'Lcosse. quelques morceauv. conservés par une tradition orale, parvint à tromper, dès l'abord, tout le monde littéraire.
II chante une nature, des temps, des mœurs, une religion, qui