‹ Pendant la terreurChapitre 59 sur 83 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

innocent... Quel horrible événement ! L'ii qui avait si bien servi la Révolution, qui lui avait fait tant de sacrifices! Mourir ainsi, jeune et plein de vie. Heriren>^ment il ne laisse ni femme, ni enfants. Ce sont de terribles H

L'ne autre fois, c'est l'instinct littéraire qui prend le dessus quand il y a une anecdote à citer :

La citoyenne Dervieux nous a raconté hier un trait d'esprit v ;hie Arnould. jadis grande actrice de l'Opéra, célèlire par son jeu théâtral, mais peut-être moins encore que par ses bons mots. Sophie, depuis la Révolution, a acheté un bien national, une maison de campagne qui avait appartenu à des moines. Là. eDe s'est arrangée de son Sfiesx, pour vivre dans la retraite, avec les débris de son ancienne fortune. Elle a con- glise qu'elle a convertie à son usage, et sur le

fronton elle a placé une inscription que son esprit plaisant a >'. Là, on lit en gros caractères : Ite ! Missa est. Conçois-tu ri»'n d'aussi plaisant ?

De temps à autre, les jours de grande provision, on donnait un festin dans la cellule ; mais alors on fermait la porte pour éviter les indiscrets ' :

Vi-airru^it. c'aurait été un spectacle bien édifiant, dans une prison, sous le règne de l'égalité, qu'un festin digne des plus robustes aristocrates ! Que de cîameurs contre nous à la vue d'un brochet et d'une excellente truite saumonée ! Ce

- le brouet noir de Sparte auquel doit se résoudre tout

bon républicain...

Vous savez déjà sans doute la manière l^st*1 dont j'ai fait

pour m'approprier ou plutôt pour faire disparaître ce

île de l'amitié. Vraiment, c'était du plus loin qu'il m'en

souvient de mètre trouvé en présence de tant d'aristocratie

i. Inédit.

entassée. Aussi, en bons patriotes, l'avons-nous dévorée, et si celle qui agite la république naissante dans quelques départements et dans la Vendée avait à faire à des champions aussi braves et aussi déterminés que nous, il y a longtemps qu'elle n'existerait plus pour le bonheur de notre patrie commune.

Cependant, dans cette prison où les victimes s'entassaient chaque jour, sans égard pour le sexe ou pour l'âge, — il y avait des mères qui imploraient en vain la faveur d'avoir auprès d'elles leurs enfants qui se mouraient :

Quelle association de douleurs on voit ici ! disait Roucher. Comme le sort se joue de la sensibilité humaine !

Et comme si ce n'était point assez de toutes ces cruautés, on parlait encore d'interdire les communications :

Tant, ma bonne amie, qu'il nous sera permis d'écrire à nos parents et à nos amis, permission qui, je crois, ne sera pas de longue durée, vous pourrez compter que je serai exact à vous donner cet heureux et triste témoignage de mon amitié. Mais il ne faut pas que je charge trop le greffe, c'est-à-dire que je ne livre pas à la censure, le même jour, un trop grand nombre de pages. Ainsi le jour où je vous écrirai ne sera pas celui de nia correspondance avec ma fdle.

Roucher en arrivait à regretter Sainte-Pélagie :

Nous n'avons pas joui ici quinze jours de suite d'une égalité de captivité.

Heureusement que le petit Emile était là et qu'il forçait son père à se distraire.

Notre bonhomme m'a fait courir hier soir aux barres et m'a fatigué. Tant de mois d'inaction ont engourdi mes jambes.

Pour les siennes, elles sont toujours en activité; aussi courentelles à faire plaisir aux regardants.

Et puis Roucher avait un talent qu'on mettait souvent à contribution :

Je me suis fait ici, écrivait-il à sa femme* , un nom par ma science en soupe à l'enfant et je vais, à une heure, en donner leçon aux citoyennes de Maillé et d'Arlancourt ; c'est un spectacle assez singulier que celui de nos corridors, tous les jours, à l'heure du dîner. Chacun, à cause de l'été, sur sa porU\ à côté d'un fourneau, fait office de cuisinier. Les plus ineptes, comme les plus stylés, sont là à préparer leur provende.

Est-ce là cette scène que Robert a voulu représenter dans ce dessin où le peintre observe et crayonne, tandis qu'un détenu qui serait Roucher est occupé auprès d'un fourneau et que le vieux marquis Giambone, enveloppé dans sa robe de chambre et s'appuyant sur sa femme, née de Marny, occupe le premier plan - ?

Robert n'avait pas ces talents culinaires, mais il était de première force au ballon et il avait organisé des parties qui attiraient tous les visages aux fenêtres.

Je faisais tous les jours sa partie, a raconté M. Pasquiers. Quand j'appris ma mise en liberté, j'allai l'annoncer à Robert, qui s'écria : « Ah! mon Dieu! qui tiendra le bout désormais ? »

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