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Inédit

2. Robert avait encore donné à Roucher un autre dessin qui représente lallumeur de réverbères de Saint-Lazare, muni de tous ses instruments de travail. — Hubert Robert, qui fut mis en liberté quelques semaines avant le 9 Thermidor, est mort subitement dans son atelier le 15 avril 1808.

3. M. Pasquier occupa depuis de hautes fonctions an ministère des finances.

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Ce fut prompt comme l'éclair. Robert l'embrassa bien vite et s'excusa de cette pensée égoïste.

Ghénier, dans cet ïambe vengeur où il a peint la vie de la prison, a parlé de ces jeux :

L'un pousse et fait bondir sur les toits, sur les vitres,

Un ballon tout gonflé de vent, Comme sont les discours des sept cents plats bélilres,

Dont Barère est le plus savant.

Souvent Robert condescendait à jouer avec le petit Emile. Il prenait le ballon et l'envoyait par-dessus les murailles de la prison ; puis, pour consoler l'enfant, il lui en donnait un neuf qu'il achetait à la petite boutique d'un cafetier établi dans la prison.

Dans Slello, Alfred de Vigny a ranimé cette société de Saint-Lazare. Il l'a poétisée1. Riouffe, le comte Beugnot, Coittant et d'autres détenus ont aussi raconté — et avec plus de vérité — ces scènes d'une réalité souvent laide, triviale et frivole. Mais Chénier et Roucher resteront les peintres immortels de ces heures terribles.

Ils sont de Ghénier, ces vers vibrants d'indignation et de vérité :

On vit ; on vit infâme. Eh bien ! Il fallut l'être ;

L'infâme, après tout, mange et dort.

Ici, même en ces parcs où la mort nous fait paître,

Où la hache nous tire au sort,

1. Goncourt : « Philippeaux lit Helvétius ; Roucher donne des leçons à son fils Emile ; Ducos fume et danse comme Didelot ; Hubert Robert, enfoui dans ces catacombes de Paris, dans le creux des grossières assiettes de faïence de la prison, à dessous bruns, peint des paysages et des moulins entourés de verdure ; Vergniaud cite des vers plaisants ; André Chénier se tourne vers la postérité et lui parle ; un Laval-Montmorency fait des bouts rimes ; et Osselin, qui a fait les rapports sur les émigrés, lit et relit des articles qui le concernent et essaye de les commenter pour sauver sa tète. »

Beaux poulet? sont écrits '. maris, amans sont dupes ;

Caquetage, intrigues de suts:

On y chante, on y joue, ou y lève des j;.

On y fait chansons et bons ta

L'autre court ; l'autre saute, et braillent, boivent, rient,

Politiqueurs et raisonneurs ; Et sur les gonds de fer soudain les portes crient :

Des juges tigres, nos seigneurs, Le pourvoyeur paraît. Quelle sera la proie

Que la hache appelle aujourd'hui ?

Chacun frissonne, écoute ; et chacun avec joie

Voit que ce n'est pas encor lui.

Ce sera toi demain, insensible imbécile.

Roucher, lui, en écrivant pour sa famille le récit de ce qui frappait ses regards, réunissait les traits les plus curieux de cette histoire des prisons de la Terreur.

Nous en avons dit assez pour montrer combien est grande la variété des sujets abordés dans la correspondance de Roucher1.

un dossier unique, a dit M. de Lescure, un document précieux au double point de vue de l'étude morale d'une âme d'élite et de la connaissance par un journal épistolaire presque quotidien du régime intérieur des prisons pendant la Terreur... Ces lettres respirent la prohité, la dignité, la pureté de sa vie... Elles témoignent d"un caractère supérieur encore à son talent qui n'avait pu tenir toutes ses promesses.

Roucher est mort à quarante-neuf ans. 11 est mort en pleine virilité, en pleine maturité d'une noble et belle intelligence. En lisant, non sans attendrissement, ces Consolations,

1. La partie de cette correspondance qui a été publiée sous ce titre: Consolations de ma captivité, contient en tout cent soixante-huit lettre; ; on en trouve soixante-cinq de Roucher à sa fille, cinquantetrois d'Eulalie à son père, et trente et une du poète à sa femme. Les quelques autres sont de Roucher à divers correspondants.

ces Mie prigioni du Silvio Pellico de la Révolution, — un Silvio Pellico plus philosophe encore que chrétien, il est vrai, — on trouvera qu'elles sont le meilleur, on regrettera qu'elles aient été le dernier de ses ouvrages.

Les souvenirs de sa première éducation ne vinrent jamais consoler le poète pendant ce long martyre. Son esprit semblait repousser avec obstination les avances de son cœur ; et cependant on retrouve parfois sous sa plume quelque chose de ce sentiment religieux qui accompagne presque toujours les évocations de la poésie.

Enfant du xvme siècle, ami et disciple de Bailly, toute sa religion se bornait à traduire et à commenter avec amour la prière universelle de Pope, si philosophique, mais en même temps si vaporeuse qu'on oserait à peine y voir une profession de foi spiritualiste. C'est que les croyances de Roucher sont beaucoup plus empreintes du naturalisme de Buffon que des doctrines de Jean-Jacques. Si dans les Leçons de la mort et dans l'ode de l'Immortalité de l'homme1, il proteste avec énergie contre l'incrédulité et l'athéisme, ses convictions restent néanmoins des plus vagues et les crimes de la Révolution ne sufiisent même pas pour leur donner une forme plus précise. Sa conscience d'honnête homme et de poète s'indignera et se révoltera contre les triomphes du crime et l'impunité des assassins, mais son cœur ne s'élèvera jamais jusqu'à l'invocation d'une justice vengeresse, et c'est toujours dans un lointain nuageux que, même au pied de l'échafaud, il verra passer un être supérieur à Ja nature et dédaignant de s'en occuper.

1. On trouvera cette poésie dans l'appendice qui termine ce volume. C'est un chef-d'œuvre de style poétique et de discussion philosophique qui peut être considéré comme le Credo de Roucher.

Le 4 floréal, les prisonniers reçurent communication du nouveau décret sur la noblesse ; Roueher déclarait en plaisantant que cela ne saurait le toucher :

Né archiroturier, dit-il ', je n'ai jamais conçu qu'on voulût être autre chose qu'honnête homme et homme éclairé, qu'on allât chercher la noblesse ailleurs que dans les vertus et les lumières et qu'on ne fût pas plus fier d'être l'enfant de son travail que celui d'un homme inutile. J'ai consigné plus d'une fois ces sentiments dans mes ouvrages.

Il y avait dans la prison une femme dont l'âge et les allures rappelaient au poète une personne bien chère; comme madame Roueher, elle était douée d'une voix douce et sensible. Le père d'Eulalie, touché de cette ressemblance et de son air malheureux, éprouva dès qu'il l'aperçut une profonde et respectueuse sympathie pour cette dame, qui s'appelait madame Maillet ; il lui adressa des vers et des relations affectueuses s'établirent bientôt entre la pauvre prisonnière et le poète. Une poésie qu'il lui avait adressée commençait ainsi :

L'aiguille est sous vos doigts un piuceau créateur.

Et, de ce jour, c'est sous le nom de Y Aiguille-Pinceau que madame Maillet fut désignée dans la correspondance de Roueher avec sa femme ou avec sa fille.

En messidor, lorsqu'elle comparut devant le tribunal révolutionnaire, on s'aperçut qu'elle avait été prise pour madame de Maillé. L'erreur reconnue et constatée ne put la sauver ; les juges prononcèrent contre elle la peine de mort, sous prétexte que « cette conspiratrice ne devant pas échapper au sort qui l'attendait, il était indifférent qu'elle pérît un peu plus tôt ou un peu plus tard ».

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