Roucher avait écrit sur le vase
Vous qui de votre ami visitez la retraite. Respectez-moi; Je suis un présent de Minette,
le poète non: h i:n. 293
Racine a si heureusement répandus dans les chœurs d'Esther et d'Àthalie, niais surtout dans ceux d'Esther. Lis-les, ces chœurs, ma chère fille, pour les comparer à l'ouvrage de Chénier, et tu sentiras l'énorme différence que donne au talent un cœur sensible ou froid, une imagination passionnée ou glacée de philosophie. Tu chercherais en vain dans l'hyinn i une strophe qui approche, même de loin, d<' ce couplet chanté par une Israélite, de ton îw sans doute :
Hélas! si jeune encore.
Par quel crime ai-je pu mériter mon malheur ? Ma vie à peine a commencé d'éclore, Je tomberai, comme une fleur,
Qui n'a vu qu'une aurore.
Dans le poème séculaire qu'Horace fut chargé de composer pour Rome, sous l'empire d'Auguste, et qui fut chanté dans cette grande fête nationale, quel délicieux mélange de tous les tons, de tous les sentiments! L'homme religieux admire et savoure! 0 dieux, dit-il, donnez des mœurs à l'adolescence ; donnez le repos à la vieillesse. Ce seul trait vaut mieux mille fois que tous les cent vers du poète moderne.
Et ailleurs, s'adressant au soleil : 0 toi, qui, toujours divers et toujours le même, nous rends et nous ôtes la lumière tour à tour, ô soleil, dans Ion immense carrière j>uisses-(u ne rien voir de plus grand que Rome! Que voilà bien !<• cri d'une àme pleine d'amour pour sa patrie ! Comment ne se trouve-t-il rien de semblable dans 1rs vers de notre poêle législateur '? Ah ! si j'eusse été libre, c'est-à-dire en possession de mes facultés, qui sont toutes comprimées par la détention, j'eusse essayé de m'élever jusqu'à la grandeur de celte fftte célébrée par vingtquatre millions d'hommes répandus sur un espace de vingt-quatre mille lieues carrées, le même jour, à la même heure. Oui, moi à qui n'est pas démontrée l'existence d'un Dieu, mais qui
i. A partir de ret endroit, la lettre de Roucher n'a pas été publiée dans les Consolations.
sens tout ce qu'a de bon et de beau cette idée d'un Dieu créateur, conservateur et rémunérateur, je parie bien que j'aurais trouvé dans mon imagination échauffée, attendrie par mon cœur, quelques accents dignes de la solennité. Mais, comme disaient les Juifs captifs à Babylone, quand on leur demandait de chanter quelques-uns des cantiques de Sion : Eh ! pouvons-nous chanter sur une terre étrangère? C'en est assez sur ce sujet. 11 m'a ramené, malgré moi, à dr< sentit ments pénibles. Parlons botanique...
Il y revenait cependant dans une lettre du 22, à six heures trois quarts du matin ' :
Mes anges 2 ont donc pris leur vol vers le champ de la réunion ! Ils ont assisté à la fête de l'Éternel ! Toi, mon cher Gabriel, tu me parleras sans doute de cette solennité'. Le spectacle était-il digne de son objet ? Y avait-il de la dignité, de Ja noblesse, de l'imposant ? Y respirait-on un air religieux? là le grand caractère que la raison et le goût sont en droit de demander. Avez-vous pensé, mes chères et célestes substances, que c'était la première fois dans l'histoire des hommes qu'une grande nation offrait à l'être invisible un hommage dégagé de toute superstition sacerdotale ? Moi, privé de la liberté d'assister comme témoin à cette adoration épurée, je me suis toute la journée enfoncé dans cette pensée philosophique et j'ai désiré que les ordonnateurs de la fête en eussent fait la règle de' leurs dessins...
Raphaël a-t-il jugé la partie musicale digne de la journée ? Si Gossec en a été le compositeur, vous aurez entendu <\>-< sons faits pour éveiller des sentiments religieux. Cet artiste possède éminemment h' talent d'ouvrir le ciel sur la terre»
Eulalie, dans une lettre qui est restée inédite, satisfait la curiosité de son père :