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Caro, La fin du xviu8 siècle, t. If. p

2. La postérité a renversé les rangs. Roucher, en effet, était aussi connu qu'André l'était peu. Ceux qui avaient fréquenté dans son iïi limité le chantre de V Avct/gle connaissaient, seuls, tous les trésors de poésie dont son âme était pleine. Pour comprendre cette ignorance du public, constatée par Sainte-Beuve [Lundis, X. 284). il faut se souvenir que les œuvres d'André Chénier n'ont été recueillies pour la première

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vient ensuite. Dans la marge et en tête de toutes les pièces, on lit : « Affaire Roucher, Chénier, Trenck et autres, deuxième fournée1. » Roucher, « comme chef de la conspiration tramée à la maison Lazare », aura l'honneur d'une mention spéciale dans le jugement et la triste gloire de périr le dernier.

Liendon, un des substituts de Fouquier-Tinville, occupait le siège de l'accusation. Il prit aussitôt la parole pour lire le réquisitoire, signé et paraphé à chaque page par Fouquier- Tinville lui-même.

Dans cette pièce, où la vérité était travestie à chaque ligne, l'odieui révolutionnaire s'exprimait ainsi :

Antoine Quentin Fouquier, accusateur public du tribunal révolutionnaire, expose qu'en vertu d'arrêté du comité de salut public de la Convention nationale, Jean -Antoine Roucher, homme de lettres, Agé de quarante-huit ans, né à Montpellier, département rie l'Hérault, demeurant à Paris, rue de-^ Noyers, 24, section du Panthéon; André Chénier, âgé de trente et un ans, né à Constantinople, homme de lettres, ex-adjudant général et chef de brigade sous Dutnouriez, demeurant rue de Cléry... (Suivent les noms des autres accusés au nombre de vingt-cinq ont tous été traduits au tribunal révolutionnaire comme prévenus de s'être déclarés les ennemis du peuple par ■implots, trames et manœuvres contre-révolutionnaires; qu'examen fait des pièces adressées à l'accusateur public, il en résulte que les prévenus, tous détenus dans la maison d'an et de Lazare, ont été les complices de la conspiration dont Allain, Selle et Isnard, frappé (sk) du glaive, de la loi, étaient les chefs et dont les détails, le but et les moyens sont

fuis qu'en 1819. Ce que l'on savait seulement, en 1794, c'est qu'il était le frère de Marie-Joseph et l'un des combattants héroïques du Journal de Paris.

1. Archives nationales W'b. — 431. — X° 969 Tribunaux révolutionnaires.

connus du tribunal, tous devaient seconder les principaux chefs et se procurer par la violence une liberté dont ils ne devaient user que pour consommer les plus grands forfaits et ces trames, ces complots ne sont que la suite de ceux que les prévenus n'ont cessé de former depuis le commencement de la Révolution. En effet, Roucher et Chênier n'ont-ils pas été les écrivains stipendiés du tyran pour égarer et corrompre l'esprit public et préparer tous les crimes du despotisme et de la tyrannie? N'étaient-ils pas, en 1791 et 1792, les salariés de la liste civile et les mercenaires du comité autrichien pour provoquer en les diffamant, en les calomniant, la dissolution des sociétés populaires et la proscription de tous les patriotes qui en étaient membres? N'étaient-ce pas eux qui, émules des Royoux, des Fontenoy, des Durosoy, rédigeaient le supplément du Journal de Paris où, sous l'apparence de soutenir des prétendus principes constitutionnels, on préparait la contrerévolution?... (Ici se place un réquisitoire spécial contre Chénieroù, sans s'apercevoir qu'on le confondait avec un de ses frères, on incriminait son rôle dans « l'armée de l'infâme Dumouriez », puis suivaient des accusations contre Trenck. Goësmann, etc.)

D'après l'exposé ci-dessus, l'accusateur public a dressé la présente accusation contre les y dénommés pour s'être déclarés les ennemis du peuple en entretenant des intelligences et correspondances avec les ennemis intérieurs et extérieurs de la République, en leur fournissant des secours en hommes et en argent pour favoriser le succès de leurs armes sur le territoire français comme aussi en participant aux complots, trames et assassinats du tyran et de sa femme contre le peuple français, notamment dans les journées des 28 février 1791 et 10 août 1792 et encore en conspirant dans les maisons d'arrêt dites Lazare à l'effet de s'évader et de dissoudre par le meurtre et l'assassinat des représentants du peuple et notamment des membres du comité de salut public et de sûreté générale, le gouvernement républicain et de rétablir la royauté en France.

En conséquence, l'accusateur public requiert, etc.

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Fouquier-Tinville, sans égard aux dates, aux faits et aux hommes, rattachait cette conspiration à celle de Dillon et de Chaumette, de Ronsin et d'Hébert. Dans un amalgame monstrueux, il associait Roucher et Chénier à l'auteur du Duehesne. Mais, comme l'a démontré M. Wallon dans son Histoire de la Teneur, Fouquier ne fut que l'exécuteur des ordres du comité de salut public. Les vrais coupables devant l'histoire, les meurtriers directs sont les membres de ce comité où Barère. Billaud-Varennes et Collot d'Herbois occupaient la première place.

Quelle plaisanterie sinistre! a dit très justement Caru. Voit-on Robespierre, Couthon, Collot d'Herbois et les autres, dans la salle du conseil, derrière un rempart de cent mille baïonnettes patriotes, tremblant à la pensée que Roucher, André, les frères Trudaine vont s'évader de Saint-Lazare et, comme disent les rapports de police, procéder au massacre des patriotes, à regorgement de la Convention, et à la ruine de la liberté.

Quand la lecture du réquisitoire fut achevée, sans qu'une question eût été posée aux accusés, sans qu'un seul témoin eût été interrogé, sans l'ombre d'un débat, le pié-ident déclara la cause entendue. Les jurés se retirèrent dans leur chambre. Les accusés furent reconduits à la Conciergerie.

Si l'on en croyait le procès-verbal de l'audience, il y aurait eu une audition de témoins et les accusés auraient été ramenés dans la salle de la Liberté pour rece\oir lecture de la sentence. Il n'en fut rien.

Les bourreaux ne pensent pas à tout et c'est dans la pièce même où ils ont voulu travestir la vérité qu'éclatent leur mensonge et leur impudence. Le procès- verbal avait été rédigé d'avance; les réponses étaient écrites avant d'avoir été faites.

La preuve en est, d'abord, dans la qualification attribuée a Chénier et qu'il ne put se donner puisqu'elle concernait son frère Sauveur. D'autre part, on peut constater qu'un des accusés qui fut acquitté dès le début de l'audience • figure dans tout le procès-verbal; on ne se donna même pas la peine de rayer son nom! Enfin, la fausseté de cette pièce n'est pas moins évidente lorsqu'elle assure que le président résuma les faits tant pour que contre les accusés et qu'après la déclaration de culpabilité les condamnés furent réintroduits dans la salle. Il a été prouvé, en effet, que, depuis les fournées, les accusés quittaient le prétoire en même temps que les jurés et qu'ils n'y revenaient plus -.

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