Journal ili> Pari^, vS mai
2. Celui-ci avait été plein de bonté.> pour le jeune poète : •> Il m'avait notamment conseillé, dit lloiiclier, de refaire tout le cliaiil iV.liril et je le retis. »
'■\. Nuuiéro (lu î août nso.
Li: roini: lioicnhri. ♦il
\'> > 'iiliiiii'iils du Cd'iu' (|Lii s'y Iroincul l•('•llalldll^. I.'uiiHMir lilial. l'amour tl»^ la pairie s'y uioiiliciit à tous nionicDls. Vos notes stMil rcuiplics d'érudition cl iiuliquoul des couuaissinces ilaus bii'ii des gcMires; il me semble que, dans le sièch^ passé, nos poètes u'élaienl pas si savants. Vous nie rap])elez, monsieui. i|ue j'ai eu ravanta.L''e de \ous couronner de lauriers sur le liiéatrc de notre colièL'-e dont j'étais alors un des admiuislra- I -urs. C'est mi souvenir que je conserverai jtrécieusemeut pour rhonneur du collège et de ma i)a(rie. »
Mulel de BouclieNille, conseiller ù lu cour de» comples de Normandie, en demandaut les lacunes, payait jcir avance la faveur ((u'il sollicitait :
.Sou> le iiiasqui' du jioèle, j'ai découvert uu vrai l'Iiilusopli'", h- ernitidi-nl de la nature, le oou^olaieur île l'Iiumaniti^, j'pnnt'mi H'doulalde des préjujjés... Vous avez agrandi la -^plii-re d^.' ni'-idi-es.
Kt Rouclier (le lui répondre (|u"il ne s'est pas laisS'emporter par les jugements des sociétés mondaines et que \i' déiiigi'ement l'a trouvé tout préparé.
Vous ave/ vu, monsieur, mou àuie et mon eieiir. tiettc miniert- de juger me Halte iuliniment. Il vaut mieux être cru hr>u et lionnêle (ju'liomme d'esprit et de talent.
Il consent, mais avec bien de? i'(''ser\es. à donnei" le> lacunes à une dame qui, tout en gardant l'anonyme, s'était recommandée du nom tout-puissant de Jean- Jacques. La publicité qu'elle leur donnerait lui ferait courir un grand danger, car il a tout à craindre de ceux qui ont ordonné ces deux suppressions. Il montre donc une grande confiance.
J'' dois même ajouter, dilil, que je fais pour mi défenseur de
'V2 rEM)ANT LA T E 1! U L L H .
M. lvoii.>>!-'au, ir i|iii; je ii'ui lail jiuiir |iri>uimr, ui pour M. Tuigot, ni |ioiir .M. Diipaly, ni mi-mr |ii)iii- inoii in'io'.
A'uici une lellie de Mariiionlel, scellée d'im i,a'aiKl cacli"! l'oiige; un amour se détaclie dans le fond avec ces mots ; ( Il uic suffit. Il remercie Uouclier de l'envoi de son poème.
Je ne VOUS promels pas, lui dit il, de n'avoir (lue des éloi:<'> ;i vous donner; vous méritez ([u'ou ose rire sévère cl rigoureuscmeul véridi(|ue avec vous. Mais, eu loul cas, ce qu'on ne pourra vous dénier c'esl un grand talent de jjoésie, quod cral dciiioiislniiuhim.
Thomas, précisément parce qu'il estime beaucoup Uouclier. se croit obligé, en conscience, de lui signaler quei(pu*s défauts qui tiennent surtout au sujet, au genre du poème descri[itir, et à l'exubérance de son imagination. Uouclier, d'ailleurs, loin de se dérober à la critique, se plaisait à la pro\oquer. et, dans sa réponse à Marmontel, il demandait à racad(''micicn d'oublier les sentiments de l'amitié pour n'être plus i]u'uii sévère Aristarque.
D'Alembert promet une grande sincérité :
Ji' vous dirai, avec toute la fiancliise (pie je dois à voire Ikuiiièlelé', ma 1res clii'live (qtioiou, bonne (ui mauvaise, silr une pioduclinn à laijUi'lle il Illi' semble (|i|e l(UI-^ les gens de leltres lir.imèles doiveni s'iuh'resseï-,
El dans une autre lettre [1 mus ;
J'en ai déjà jiarlé à jtlusieurs de vos amis et ils pourrout Vous assurer (]ue je ne suis jias au noinlire des oimemis de
I. lîiHiilit'i- iivail iL'i^ii piuj lie cciil ii'llit.^ iii'i (.111 lui liUjail i;i iiicnio
•ll'lll iM'Ic,
r.K l'iiiVri: iiorcii i:i:. (;;{
Nuire (iiivraL'c. (|ii(iii|iii'. ciilic ikhi-;. il .s'y lidiisr, smidiil Jiiiis les notes, (les choses (j'ie je di-sireniis i|iii en fiis<(ii| ri'lr;iiioli(''es.
Au fond. (rAl»^nibcrl était oncliantô de l'ouvrnj^c qui se ro?senlait singulièrement des doctrines pliilosopliiques do \' Kncijclopédio, et il en était si routent que. sortant de -mi rùle olliciel à l'Aoadémie. il présentait chaleureusement I.' poème à ses confrères, et se faisait pour ainsi dire le |i:ilrou et rintroductenr de Moucher devant la célèbre eompngnie.
Cabanis éorit d'Auleuil sous l'impression de la [tremièie lecture pour louer des hardiesses auxquelles on ne saurait r('[)rocIier que quelques mois trop nouvoauv ou ipielipies défauts de pmsodie.
Ce sont là de ])elites taeiies qui ti"Ulieul \\\{\ [)his urandes beautés et (pii ne se trouvent (jue chez les irénies créateurs. Il n'est pas donné à la médiocrité de srlevrr n ces' fmilrs. disait l'ope. J'ai lu et relu certains niorceauv que je nn-ls au moins au niveau de ce (pi'il y a de jilus crarid et Ar plus parfait dans la jioésio ancioniio i-t n)oderiie.
Le 14 juin, de lîrive. n.'»uvelle lettre; (labanis parle de l'article de Harat au Mercure, « article dont les ireus de lettres lui sauront mauvais gré pour avoir si bien d('Voi|é leur manèpre contre les Mois o.
(juant au père de Cabruiis. cet homme trop peu connu, il a admiré le poème, il le relit sans cesse, il le déclame dans ses promenades : « Les forêts du p:i\s pourraient redire les vers des Mois, » et, cependant, il y a dans cet ouvrai-'v ' certains traits qui choquent un peu ses opinions >.
Le poème trop vanté avait presque éclioué à rinqiressinn. Uoucher s'en rendait compte, mais il conservait encore toute
fi-4 l'KNDANT LA ÏI'RKKIH.
*a lierlt* coiifiaiile. quand il écrivait. 1' 1'"'' mars 1780, à Diissaiih ' :
Je ne redoute pas les délracleurs qui ne troubleront pus ma tranquillité. J'ai mis mon âme en un lieu haut d'où je ne veux pas descendre pour m'offrir on spectacle aux passants. |jmeilleur ouvrage o.st celui qui provoque le plus de contradictions. Ou ne regarde ]ias le lli'uve quand il coule eu été. dans ses rives ordinaire.-.; eu hiver, à la débâcle, tout le mondr .-'arrête et admire. Voilà pour les ouvrai;es de mérite, et vitilà t ncore ce qui me lait recevoir avec reconnaissance la propliéti<' que Vous daigue/, me l'aire -.La drlriirthm iji'n'icnil. dites-vtiu<. Kt moi. je répond-; : Aun^u. fini ! fl'd !
Le poème des Mois, par son sujet et par ses divisions, — mais par là seulement, — est \m des tjpes du genre dcsiiiplif. triomphe heureusement éphéinèr.' de la poésie didactique au xvm'' siècle.
(iomme Uosset dans l'A(/ricallure, Saint-Lambert dan? les Saisons, Delille dans l'Imagination ou les Jardins. Iloucher a groupé autour du sujet qu'il avait choisi toutes les connaissances pliiloso|»hiques do son temps. Donner à des théories scientiliques une forme poétique et plus accessible au vulgaire était ime lâche ingrate et un obstacle au suecès durable.
De plus, les Mois sont remplis de tableaux, souvent assez mal rattachés à chacun des douze chants, (liyeeii membra poetie. L'épisode pourra être intéressant, la narration rapide, la l'orme poétique; il restera alors des morceaux excellents, mais isolés, sans liaison et (u'i le lecteur sentira Irojt le remplissage et le hors-d'ceuvre.
1. l)ii.s;iul.\, iiiciiibio de l'.Vi-uiieinie des belli'S-lellio.-;. érrivait sou noiii avec deux s; ce uiotil' nous a fait adoplor celle orthographe de inéféience à celle de beaucoup d'auleuis qui écrivent Dusaul.t.
l.K l'OKTK IIOUCIIF.K. Ho
Les ciiti(|i!es leprocliL'iU a\uiit tout an poète l'ali-ieiice de plan et cest le procès même du sujet. Us u'admelteut pas non plus celte division en douze chants parce qu'il n'y a pas, entre chaque mois, une diiïérence qui les distingue avec netteté, et c'est en vain, disent-ils, que Itoucher avait répondu d'avance à cette objection en rappelant que « l'antiquité teuiiit compte des douze constellations et qu'elle indiquait par là même le caractère distinclil' de chacun des mais «. Kniin, les commentateurs regrettent ces tirades où W poète n'occupe le lecteur que (U; sa personne, l'abus (h? l;i ui\tii(»logie dans un poènje philoïojdiiqiie, les répétitions d'idées, les rejets d'un vers à l'iuitre et hi négligence de la c.'suie '.
Kn levanclie.on admire certains côtés par lesquels l'œuvie de itoucher biise le moule factice de son époque. Quand il tléciit les manifestations multiples et variées de la nature; quand sa muse l'élève au-dessus des passicMis du moment pour ne plus voir que les mouve(nenls de la matière éternelle, dirigés et contenus par une puissance supérieure qu'il reconnaît sans la nonnner jamais, Uoucher, entraîné comme Lucrèce dont il a subi l'inlluenee païeime, apparaît un novateur hardi. Il emporte le lecteur avec lui; les longueuis s'oublient, et l'esprit, tout à l'heure fatigué, se repose et se complaît dans une admiration (pii l'enchante.
.Vu moment di- ces envolées, la hardiesse de l'expression. l'urii-Mnalité |MM'ii(iue et la coui»uic bi/urre mais puissante
l. bKiis le Joui nul (/« l'arin du 12 juillet 1182, a propos du '\>iuple rendu des Jurdius de Deliile, ou parle des MuU « où Kou- I lier 3, trop souveut, néiiligé la césure. ■> — Uu criliiiue luoderne a ijit sur Kouclier celle très juste relle\ioa : ■> Disciple de l'indare Leau- (uup plus que de Virgile, il a Irauspurle daiis les poèmes de longue lialeiue ce qui n'avait paru uaUirel au.v Grecs el au\ Latiu^ que daui li-9 tuurts élans d'uno ode ou d'un diUiyrciinlje. "
or» l'KNIiANT LA T !■, 1! 1! K l" I!.
de cerluiiis vers commo on n'en avait pins fait depnis l'antiquité, élèvent le poète au-dessus de ses contemporains'.
A ceux qui lui reprochaient ses néologisraes voici sa réponse victorieuse^ :
Tout gorme devant lui, tout se mont, tout fs'avive.
Lo mot s'avive révollt-ra sans dauli', niais jo prie C(M1x qui le proscrivent (["observer qu'il manque à notre langue, depuis «pi'on a cherché à l'épurer. En efT(>l, revivre, s'animer, uont ni le même sens, ni la même énergie qu(> s'aviver. D'ailleurs, nos pères s'en servaient. Quelle raison avons-nous eu ]iour le laisser tomber en désuétude? Ce n'est |)as le seul mot ancien que j'aie tiklié de rajeunir. On en trouvera, dans ce poème, un grand nombre d'aulres comme bleuir, tempéleux, ravnijeuv, fallnrieux et même pnnis^rar. (pii souvent m'ont épargné la longueur d'une périphrase.
Les poètes anglais el allemands n'ont pas besoin de demander grâce, cnnune je le fais ici, pour les mois anciens ou étrangers qu'ils emploient. Tout lecteur les adopte pourvu (pi'ils soient harmonieux et intelligibles. Je suis bien loin de vouloir qu'on mêle un idiome étranger au nôtre; mais je ni' ])uis m'empèclier de souhaiter (pie nous nous emparions de nos propres richesses Irop négligées. Si nous sommes pauvres, c'est noire laule : Montaigne ne rétwi! pas!
l'it ailleurs, à propos de ce vers du chant de Dérenifiri' :
Et le clièiir. surfont, vieux prophète à Dodone. Hepuis (pie ce vers a élé compos('' j"ai lu le< pOi''-;ie< de