r F. \ Ti A N T I.A T E H 1! K U R
(lomiiie liiei- on lilléraUiro, Rûuclier jcuiissait aujourd'lmi (le la confiance des rconomisfes. On n'oubliait pas sa liaison avec Turgot. Les faiseurs de systèmes lui soumettaient leurs projets, et c'est ainsi que les programmes du chevalier de Préverean, où les utopies, se m'ient aux idées les plus sages, ont été presque tous revus, modifiés, rendus pratiques. Le Plan sur 1rs Finances de VÉtat et les Réflexions sar les Lnux et Forêts n'ont m^me été imprimés qu'après les corrections du poète.
En même temps, les assemblées où l'on préparait les i états généraux lui accordaient une attention respectueuse et le forçaient même à se prononcer sur des sujets (|ni n'avaient aucun rapport avec ses précédentes éludes.
(;'est ainsi qu'à l'assemblée du tiers du quartier Saintllenoît, Roucher prit la parole pour condamner les erreurs cl les fautes de ce régime qui s'eiïondrait. <
Il signalait « d'une part, les prétentions de tant de compagnies aristocrates et, de l'autre, le despotisme de tant de ministres déprédateurs qui, dans une alternative continuelle de défaites et de triomphes, se faisaient comme i;n jeu de se disputer notre dépouille, s'en investissaient tour à t ;ur et punissaient ou d'arrêts ou de lettres closes quiconque j (ir-noncail les crimes de l'usurpation ». I
Pnis, Roucher taisait le procès des compagnies de judiealnre qui, cassant le testament de Louis XIY, avaient donné la régence à l'hilippe d'Orléans; ce sont elles, disailil, qui ont laissé aggraver les impôts du peuple; qui ont défendu île citer le nom de Montesquieu; qui se sont opposées « aux projets bienfaisants et populaires du vertueux Turgot »; qui ont condamné aux flammes l'ouvrage i « et décrété d'ajournement la personne du président Uupaty, qui vivait alors pour la chose publique, hélas! et pour ses amis... Mais si les ron)pagnies siuneraines de
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jiulicaliirc nous laissaioiit peu d'espéranco, roiulàeii \)\u< avions-nous ù craindre de la puissance ministérielle ! Tels l'iirent ses attentais dans le court espace de dix-liuit mois qu'elle serait parvenue, si la chose était possilde, à déshéliliM- Louis XYl lui-uiéine de notre amour. Cet augusto mandataire de la nation. eiTravé, sitôt (|u'il peut la connaître, de la dilapidation des linances que lui caciiait avec tant d'adresse un ministre, iiomme d'esprit et mauvais citoyen, appelle, pour lui donner sa conliance, le prélat que des \oi\ intéressées lui désignent comnie le futur restauratiiir de la monarchie ».
Le roi, cette fois encore, fut trou)[)é et Houcher montre combien étaient mauvaises. pour le pays, cette incertitude et cette faiblesse constantes du gouvernement.
Dans une autre réunion, et à piopos delà rédaction des caliiers, Uoucher réclamait, après tant d'autres, la distinction des deux pouvoirs; la périodicité des états généraux; le vote et le contrôle des impôts; mais il se signalait tout particulièrement en demandant aussi la responsabilité des ministres vis-à-vis du Corps législatif, sur leur lionneur et .<(/>■ leur vie.
il y a d'antres points qui ont fait l'objet de ses médita-
li(Uli:.
J'en oITri' le luiili'au à la nation asscmbléi'; nulle autre magistraturr nCsl conipélcute pour me jugtM*. Je les récuse toutes d'avance. Il est teinjis ([u'elles cessent de vouloir être à la fois et juge< et partie.
Le premier de ces p lints, c'est d'abord de contenir le militaire. Déjà, il \ a progrès; « néainnoins, comme il serait possible qu'au ministre actuel, si recommandable par son respect et par son amour pour les vrais principes, l'in-
IJlS l'i; \ iiA \r i.A ri;i;i:Rn!.
trigiie lit suLCoder do nouveaux fauteurs du despalisnie ", il est indispensable que les états généraux déclarent coupable de lése-majesté tout militaire qui porterait la main sur un représentant du peuple, soit à son domicile, soit au lieu ordinaire des séances.
La migistrature, elle aussi, paraît vouloir se renfermer dans son rôle judiciaire. Cependant les individus, et plus encore les corporations, renoncent diflicileraent à leur ambition. « L'héroïsme de leur sacrifice en a rendu la sincérité suspecte à la plus grande paitie de la nation. » Il faudrait [uiver de leur charge les magistrats qui voudraient s'immiscer dans les affaires publiques.
ICnliu, Houcher insiste beaucouj) pour que la date des réunions soit lixée par la loi conslituliounelle. Qu'on se rappelle ce qui se passait aux précédents étals généraux. La royauté promettait bien la réunion pour la date désirée, mais les ministres apprenaient au roi •< à se jouer iinpunéujent de sa pande royale, en sorte qu'en fait de promesses le Français semblerait autoris- à dire par njanière de pioverbe : Iniidèle comme un roi. (le manque de probité dans riiominc (pii devrait élr.' l'image vivante (b; riiouiieur nous avertit aussit'M d>' ne plus i()iu[)ter sur (le< paro'es toujours violées. Si Louis XVI et M. Necker n'étaient pas au nombre des mortels, il serait moins important de se défendre de l'avenir, car, aujourd'hui, sur le trône et sur les marches du trône, est assise la probité. Mais qui oserait assurer à nous cl à nos descendants un tel roi et un tel ministre? »
Les états généraux sont réunis, et lloiichcr assiste aux l'vénements eu spectateur curieux; parfois même il y joue im rôle. Dans ses lettres à sa femme et à sa tille, il se luoiitre dans toute sa franchise liDunète, elfrayé'. dès le liicuiicr jour, (les éclats de la colère populaire.
i.i: l'oKTi: noi(.iii;i!. \2'.)
\.r '2H juin, il pai le de l;i rcimioii îles liois oidres. L'en- Ihousiasine (lu peuple ékiit à son comble: le roi, la lelne et le dauphin se sont montrés au Iialcon et ils ont Plc acclani»>s. La reine versait des larmes de joie. Quant à Bailly. W reste président de l'AssemMée.
Il parait ijuon va Iravailicr ou commun. Si ce bonheur nous arrive, ce sera une belle, grande, ma:rnili([ue et prolitable chose que l'Assemblée de 1780. Souviens-tui qu'hier était le 27. c'està-dire le terme du deuxième mois depuis l'ouveiture. Happelb' donc à M. de Laigner' ma iirophétie : 11 vous faut deux mois |iour faire votre lit. 11 ne voulait pas me croire e1 ma projihélie s'est accomplie jour pour jour.
Le lo juillet, au nuitin. Houcher rassure sa femme sur son sort. Il ne lui est lien airivé de fâcheux pendant la Journée de la veille; mais, les communications étant interronqiues, il ignore si sa lettre parviendra.
Nuit et jour, on entend vingt ou trente tocsins sonner ii 1;^ fois. Encore uu peu do temps et toute cette calamité puhliqiii> rpsseia; je l'espère, du moins. II n'est pas possible qu'elle iif linisse pas.
Le lendemain, nouvelle lettre :
.Me voilà encore vivant, bien ]iorlanl <'l joyeux de la joie rommnue. Le roi est allé hier, sans suite, à pied et sans gardes, se remettre à la sagesse de l'Assemblée nationale. M. Bailly est prévôt des marchands. Je suis président de notre district.
Le 25 juillet, Houcher est moins enlhousiasle :
r I.f clv|nité ili' MonUdil-i'Ainauiy.
i.'jn l'E.NJiA.NT LA ÏEKUKUU.
Vuu> otos bicQ liciuriix îi Monlfort de \oas truiivor luiu dos scelles honibles (jui so sont passées ici. Ce iieiiplc, irrité par do longues atméos de malheur et diujusliccs, est devenu l(>rriblo ot niônie atroce. C'est pres(juo une horde dautliropopliages. M. do La Fayette n'a pu obtenir de la niultitudo •furieuse qu'on réservât rinfàmc Berthier à un jugement légal. Ils l'ont presque arraché de ses mains. Aussi a-t-il, à l'instant mémo, envoyé aux soi.xaute districts sa démission de colonelgénéral des gardes parisiennes. Mon district no l'a pas acceptée. Tous, par des députés envoyés jeudi soir à l'hôtel de ville, l'ont ])rié, supplié, conjuré de rester bdèle à la commune et on est venu à bout de le vaincre. Hier, à l'assemblée générale di' Sainl-Étionne, j'ai lu un petit discours cpii a bien réussi et don! tous les auditeurs ont demandé presque au même iuslanl l'impression aux fiais du district. Soixante copies seront envoyées aux autres districts... La maison de d'Aubanel à Montfort sera une sauvegarde pour vous duranl ces troubles de la ca|)ilale. Ce n'est pas (ju'il y ait à craindre encore, mais quand la p()j)ulace se tourne vers le i)rigan(lage et lu férocité il faut se tenir siu' ses gardes. Du reste, sois tranquille sur mon coinjjte; je no vais nulle part qu'à Sainl-Klienne.
Ilouchcr a été seuleiuent trois (ois eu dépulatlon à riiùtol de ville, cl une fois chez I.a Finelle. « mais quand on marche dans Paris comme députe du licis, on est en pleine et parfaite sécurité ».
Le père enlreticnl aussi sa lille, qui n'a pas quinze ans. (le cette politique qui fait l'objet de toutes les préoccupalions. Les femmes suivent le mouvoment ; (loncourt Ta très bien dit :
La femme, la Dastille pris(\ avail senti en elle une émotion et une fébrilité. Kilo s't'Iail engouée de la libellé, comme on s'engoui" d'iMii' ('S|ii''ian(i', el elle s'était mise ù aimer cette fée naissaule, pdur l'avenir (preilc lui promellail. ])Our les grâces
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of h'- sourires futurs qufllc lui rèvail. iKuis la lihrrii-. la IVinnio caressait, cuivrée et cliaruiée, ses illusiuus en éveii...
Houehor voulait provoiiuei' léclosiou de ces sciiliinonts.
•le suis cliaiiué, éeiivail-il à Kulalie, d'avoir une lille (|ui '■'uaniencc à sentir le mérite d'être citoyenne. Tu seras bien plus liourouse, Minette, que nous ne l'avons élé sous le réginupasse. Nous étions esclaves et, au moment où tu j)eu\ penser, tu te verras membre d'un peuple libre qui se c^ouvernera |ar b" seul empire (\o> lois qu'il aura ("lites, car la liberté' n'c.'l autre eliose, ne l'oublie jamais, (jue la soumission de tous aux lois {\w Ions ont faites. Ou dil que les Anglais sont eu admiraliou (b'vant nous, eux tiiii, tout h la fois, nous nu-prisaieul et nous portaient envie. S'il faut eu croire le bruit jiublic, 1 1 cité de Londres a volé une adresse d'hommafies et de félicitalions à notre Asseiid)lée nationale. Je voudrais que celle nouvelle ue fût pas fausse. Ce serait un j^rand et magnirniui' exemple de l'influence des lumières du siècle : elles ne se bornent pas à agrandir l'esprit ; elles passiMit jusqu'au cœur en y dévelopiiant les semences des vertus les plus nobles d les plus héroïques. ïu verras toujours ou presque toujours ([ue les bommes les plus ériairés sont aussi les plus vi-rturiiv . l'n sol, un ignorant m' conçoit presijne rien d'élevé, de beau et de grand.
lui sa qualité de presidoul du dislricl de Suinl-l'^lienne' du-.Moul'. Koucber joua le ràlo principal dans la cérémonie qui fui célébrée à l'église de ce nom pour la remise de 1 étendard. Ce drapeau qui portait, sur un fond rouge el bleu (leurdelisé, le navire de l(i IJbcvii: voguant sur les flots, avec celte devise : u U ne périra pas », était donné par le chapitre de l'abliaye royale de Sainle-(ieue\iève.
I. Kii 17'J1, l'O liisliirl ile\iiil la soilioii Saiiilo-liciiovicve (pu ;'appela liirulol la serlioii ilii Paiilliéon français.
i'A-2 ri:. M» A. NT LA TKUHKLH.
Après la Ijéin-dicliou, une (iii;-le lut l'aile par luadanie iIp La Fayette au protit des prisonniers « pour dettes de nourrice » ; puis, les jeunes tilles du district vinrent déclarer ffu"elles affecteraient à la même œuvre le pri\ des pains bénits qu'elles offraient d'ordinaire à leur paroisse. Pour achever la cérémonie, Houcher et M. Etienne, commandant ilu bataillon de la garde nationale', tirent au\ pauvres une distribution de six cents pains de quatre livres.
Mais Rouclier avait des devoirs plus sérieux à remplir.
Dans une protestation qu'il devait faire tiois ans après, lors de son incarcération à Sainte-Pélagie, il rappelait lu matinée du 13 juillet 1780, où il a\ail formé l'assemblée Saint-Élienne-du-Mont, et où il avait développé, « avec toute la chaleur d'une ùme haletante après la liberté », ce mut qu'il avait écrit en 1780 : « La révolte est le droit des peuples opprimés », en faisant appel à l'insuirection, « ce principe conservateur de la liberté des peuples ». Ce jour-bi, lloucher entraîna deux mille citoyens après lui.
Dès le surlendemain, revenu de sou enthousiasme, elfrave du sang versé, lloucher se prit ù réfléchir, avec amertume, siu" la férocité populaire. Mais les événements qui se pressaient effaçaient bientôt jusqu'au souvenir du chemin déjà parcouru.
Bailly, l'ami des anciens jours, vient d'être nonnné maire de Paris. Sa destinée et celle du poète vont suivre désormais une marciie parallèle. Houcher luttera par la parole et par la plume, sortant, pour défendre les grands principes, de cette modestie et de cette tranquillité intérieures qui lui étaient si chères, tandis que Bailly, candide et satisfait, s'avancera lentement et malgré les concessions les
1. Ce Coiiiinandanl se rniicid.i ;i l;i piisoii ilo Sain(-l.;iz,iio (|iit'li|in> jours avant IVxciMlinn do Hmirlicr.
i.K l'oKii: H(tL'<;iii;it. !•'{;{
\>U\> coupaljles, vers une impupuluiité dont il ne coniincndra ni la cause ni les elTels et qui le laissera impuissant et désarmé.
Au mois de juillet 1789, Rouclier, dont on connaissait les relations avec le nouveau maire, fut aussitôt désiirné pour lui porter les hommages et les félicitations du district.
Accompagné de son ami Deslierbiers. Uoucher se rendit donc le 18 juillet, à sept heures du soir, à riiùtel de ville. Aussitôt reçu, il prit la parole pour féliciter Bailly qui. a[Hès avoir illustré son nom dans les sciences et dans les lettres, se faisait remarquer encore par son patriotisme à l'époque la plus mémorable de notre histoire.
Et si, ;ijoutait-il, ajnés l'iutérél publie (pii nous améno vers vous, monsieur, il m'est permis de vous parler (l(>s senlimenls (pii me sont paiticuliers, suulTrez que je mapplaudisse de ne pas avoir attendu le moment actuel pour dire hautement que la France pouvait compter sur un homme de bien et sur un grand lioinine de plus.
Bailly remercia le district, et, s'adressant particulièrement à Houcher :
l'our vous, monsieiu-, ji' vois ((ue vous avez une grande iniluoncc dans votre district, puisipie vous lui avez fait passer vos sentiments pour moi'.
A ce moment-là même, le général de La Fayette, qui s'était vu impuissant à contenir les passions révolutionnaires, venait de donner sa démission de commandant général des gardes nationales parisiennes.
1. Toute celle sréiie a ité raroiitée «Jaiis le Joiirnnl de Paris. ir> 20.3, 22 juillet nS'J.
loi ri:.\iiA.\T LA TK i!Ki:u]{.
Iluuclicr, ([iii If comiaiss^ail depuis longlenips', et qui no liOLivait deviner ravenir prochain, regardait celle délennination comme un grand malheur. Le 2i juillet, à rassemblée générale du district, il s'écriait :
Quallous-uous devenir si, laissés à uous-inènies, nous avon> à nous défemho et sans guide et sans chef! 11 l'aut alors do deux choses l'une, ou que, chargés (k^s débris de notre fortune, emportant avec nous, à la hâte, nos feniuies et nos enfants^ nous abandonnions celte ville au pillage des biigands et des niallaitcurs, ou que nous allions demander à genoux pour notie garde dix iiiilie de ces soldais étrangers dont l'obéissance aveugle menaçait nos l'oytTs el nos vii's, il n'y a pas douze jours encore. Concevez-vous, messieurs, Ihorreur de cette alternative : la fuite ou dos soldats? Est-ce là ce que vous attendiez de vos généreux condjals ]tour la liberté? Nous fûmes assez vaillants pour la cou(iuéiir ol nous ne serions pas assez sages i)Our la garder!...
Quand le général eut repris sa démission, liouclier l'aunonça en ces tei'mes :
Sou à li(''roïi|iio ^"l'sl laissi' \aiiioro. Vos (lé|iulés onl
oliloim qu'il ri'sicrail voIm' cliof. I.os ganlos parisiennes aiironl oucoioà jour lôlo l'anii, W discipleetl "émule de Washington. Votez donc, messieurs, volez d'un connnun accord à v^' jeune iiéros une adresse d'actions de grâces.
El il achevait on conseillant à ses concito\ensde « s'abandonner sans réserves et sans restrictions à la lovante d'un
1. Lors lie la guerre de rindépeiidancc aniencaine, Rouclier avait adressé une ode au général. Celle poésie, dont l'existence est certaine, n'a clé retrouvée ni dans les pajiier? du poète, ni dans ceux de La l'ayelle.
T.E roi.TK l'.orciiKi!. !;{.';
Iit'i'os qui coiiriit auv ooinbals non ponr aj^sorvii' lo« liomnios, mais pour los rendre libres ».
Mossioiirs, il e.-t connu do la Liborlé; la Liboib' Uil sera (idèlo. Que partout, dit-il, les assistants prècbent, comme le premier devoir, robéissnnce à La Fayette. Point d'ordre, point de sijreté, point de puix sans obéissanc(\ Nos ennemis nous épient encore, les malfaiteurs nous menacent ; les malfaiteurs et nos ennemis seront réprimés, si M. de f.a Fayelle est obéi.
Rouclicr ne laissait passer aucune discussion de l'Asserablée constituante sans éclairer ses concitoyens sur les vérités (|u"il croyait utiles.
Dans la garde nationale, dont il faisait partie, il prècbait l'oljéissance altsolue, en même temps qu'il se prononçait, avec un véritable esprit démociatique, pour '< l'incompatibilité des oflices civils et des offices militaires jusqu'au grade de sergent ou de caporal exclusivement •>.
La parole de Rouclier atteint parfois à la véritable éloquence. 11 n'avait pas assez de mépris [lour le despotisme dont il disait :
Faisons si bien, messieurs, (pic i'Iiistoirc puisse dire un jour : l.c despotisme a passé au milieu des linmincs, du moins n'yal-il laissé aucune trace de son passage;
Tandis qu'il donnait (b' l'aniucbie cette belle diMinition :
Tant il est vrai (jne, dans les clioses même où il esl le plus puissamment conseillé par son intérêt, l'Iiomme n'évite souvent un écucil que pour aller se briser contre un autre plus funeste encore, et telle est lanarcbie, le pire des gouvernements, sans en excepter même le despotisme.
Dans une discussion sur le siège de l'Assemblée, il disait que '. ni Versailles ni la piovince ne peuvent fdurnirun lieu
i'W ri;M>A\T LA T i: un r: u lî .
convenable ù l'Asseiubl('e luitionile », el rappelant l'exeniplc de Louis XllI enlevé loin de sa capitale par Richelieu, il y opposait le souvenir « du bon Henri IV )^ « Qu'on n'oublie pas, ajoule-t-il, que les provinces sont privées de celte universalité de connaissances dont la discussion de la chose publique a besoin d'être environnée. » Et il terminait en disant « que la lumière morale, par une marche contraire à celle de la lumière physique, fuit des extrémités vers le centre ».
Par l'honnêteté de ses principes et de sa vie, Roucher était ariivé dans son district à jouir de l'estime et de la considération publiques; sa réputation avait même franchi les limites de son quartier, et il n'avait pas tardé à être nommé l'un des notaides-adjoints à l'Assenddée nationale. Oes fonctions, tout honorifiques, consistaient à représenter le public dans tous les actes secrets de la procédure criminelle; le notable-adjoint n'était pas le défenseur des accusés, mais il veillait à la véracité des preuves; surveillant du juge instructeur, il était chargé, comme le disait Roucher, de cette double fonction « de protéger l'innocence cl de s'opposera l'indulgence (|ui épargnerait le cou[)able ». 11 se montra ici, comme toujours, entièrement dévoué à ses nouveaux devoirs; les scrupules qu'il apportait à les bien remplir ne tardèrent pas à lui être reprochés et à lui créer des inimitiés redoutables.
/ Roucher lit naUuellement partie de la Société de *\'> 1 avec Malouet, de Pange, Grouville, Dupont de Nemours, ^ Kersaint, Pasioret et André Chénier. Condorcet en était l'àme. Celle réunion dMiommes intelligents et libéraux avait ' pour but de s'opposer à l'invasion des théories anarchiques et de repousser les empiétemenis dangereux de la licence p:>pulaire. L'.li'/'i- aux l'i'fniçais sur Iritrs véi'itahhs fiiUi'Diis, bien que soiti de la plume d'André Chénier,
i.K l'iiKTK n(tri;iir:ii. i:{7
pissa pouiètie la profession de foi de la sociélé tout entière.
A la tribune des Feuillants, André Ghénier et Uouclier prirent plusieurs fois la parole ; mais, bientôt, les deux amis abandomièrent ce club où la majorité ultra royaliste voulait suivre une voie de réaction qui ne s'accordait pas avec leurs principes.
.Mal^Mé cette vie d'airilalion liévreuse, le poète n'abamloi!nait pas la loge des Xeuf Steurs, qui s'était transformée en société nationale. Dans les instants que Roucher pouvait dérober aux devoirs de la vie piililiijue, il aimait à venir se reposer parmi ses anciens amis ; on y parlait politique, comme partout; mais, cependant, la littérature n'avait pas perdu tous ses droits et, un jour, il put entendre ce Irihnl qui lui était dédié :
(Juand il peint les saisons lune à l'autre cucbainér'?. Sa muse du printemps emprunte les couleurs, De l'automne les fruits, de l'été Jes chaleurs; 11 a chanté les Mois pour vivre des au née s.
Cependant, toutes ces occupations ne suflisaient pas encore à sa verve et à son activité. Roudier avait entrepris la traduction de l'ouvrage de Smith sur bi /ilchesse des .Xations et, dans la prélace, il faisait connaître les motifs patriotiques de son travail :
Anjùurdhui, la sphère de nus espérances s>.st agrandie et. avec elle, le cercle de nos idées... Il faut (jne la lumière se répande dans loiiles jes classes cpii, désormais, pourront fournir des ineud)ies aux prochaines ir'gisluluies. C'est dans celle vue (pie, lenoneanl à des occupations moins austères, jt? nu' suis voué à un liavail cpii auiail cent fois rebuté mou courage, si je n'eusse vu devant moi le grand objet de l'ulilité publique. INiisque le Français prétend au litre d'iiomme libre, il faut (in'il coiiiiiieiii i> par s'(ic(ii|ier cii linniine fait. Nous
\'.]H l'K.N'IiA.M I.A TEliltr. Cli.
habitons uue maison délabiéi^ d lomijanl de vétusté ; des circonstances impérieuses l'ont renversée. Le moment présent doit être employé tout enlii'r à la reconstruire sur un nouveau plan. C'est l'œuvre de la plùlosopliie. Quand elle aura achevé sa tAche, nous pourrons appeler les arts et leur conlier le soin d'ajouter l'asrrément à la solidité.
Cette dernière jdu'ase, tout en expliquant le silence poétique de Roucher, était pleine d'espérance dans un avenii' qui, hélas ! n'a pas été réalisé.
Les quatre volumes parurent à quelques mois d'intervalle. Sur le premier, en 1790, on annonçait que l'ouvrage serait piochainement suivi d'un cinquième volume de notes par le marquis de Condorcet ; en 1791, on ne dit plus que M. de Condorcet, et, en 1792, celui-ci est devenu un simple roturier. Ces notes, d'ailleurs, n'ont jamais paru, bien que leur publication ait été annoncée comme très prochaine dans le Journal do Paris, au mois de juin 1791 '.
Veut-on savoir quelles sont, vers cette époque, en pleine Assemblée constituante, les autres occupations de Houcher. Une lettre qu'il écrivait à sa fille, le 2\ mai 1790. va nous satisfaire :
Qu'ils sont hcuii'ux ces gens de pruvinci' 1 A Paiis, nous n'avons pas L- Iciuiis de nous amuser. Toujours occupés de h grande all'airc, passant sans cesse dune émotion à une autre, jamais on n'a vieilli plus rapidement. Il est très vrai qu'on n'a pas le temps de gofiter la vie. Les journées s'entassent et s'empilent les unes sur les autres avec une vitesse qui tient de la nineie.
i. Quant aux noies qui se trouvent n\\ bas du texte, et qui sont si remarquables par l'érudition, elles sont de Hourber. Le Journal d:l'nris, du 4 juin 1790, a rélél)rt' .. la lididité et rt-léeanre, le ^style flair et prèeis >< de la traduction.
. i\: l'iiKTi': liorc m: II. I.'{îl
Le ciloyeii n'oublie pas copondant ses dovoiis palernols:
Kt pour nos travaux, comment Ips monons-nous ? Cd iluliiii. cet anglais, y faisons-nous dos pro.cirôs?... Tu sais bion (juelios sont ilios vues quand je t'occupe ainsi. Vois dans l'avenii-, ma cbère Minette, et songe que. si je n'y étais plus, ton éducation te ferait une ressource utile et bonorable. Ne perds jamais de vue cette pensée. Qu'elle te préserve df l'inapplication quand la paresse viendra te saisir au collet. Laisse dire les sots ou l<>s envieux lorsqu'ils blAment l'instruction, la sciencf cl l'amour de l'étude. Tu dois pn'ndro pilié de li'uis ilires d alli'r toujours vers ton but.
Les leçons civiques du p.-re avaient, du reste, produit leur résultat. Au mois de juin 1790, Eulalie ne songeait, ne rêvait qu'à la Fédération. Le 1'^'' juin, elle écrivait à sa mère qu'elle voudrait contempler '< ce beau spectacle, le plus beau qu'on aura jamais vu et qu'on verra peut-être jamais ».
Le 7 juillet, elle y revenait enc(U"e:
.Ma tante me charge de dire à papa qu'clb' a fait une petit ioii à .M. le maire pour que les femmes, ici (à Mont fort), fassent le serment civique et lèvent la main comme les bommes ; car elle compte bien aller à celle d'ici cl faire le serment. Dernièrement, nous avons eu une querelle très vive au sujet de la Fédération, et c'est toujours là le sujet de disputes. Moi, je prétendais que le moment du serment devait être une chose magnifique et qu'on ne pouriait siîrement pas s'empêcher de pleurer ou du moins d'être ému à la vue de tous ces bommes rassemblés, jurant tous ensemble de soutenir la liberté et île maintenir la constitution, le roi sur un trône au milieu de son peuple, enfin que ce serait un spectacle des plus beaux. Comme je n'ai pas voulu démordre de mon avis, elle a fini par me dire que j'étai-; liien une têio liuiguedociemie de la famille
I M) l'KMiA.NT LA TKlînn 1(.
(les Rouclior. Pour cela, uoiis ti'on somiin-s pas moins bonnes amies, otliors cola je lâche de faire tout ce qui lui est agréable. Lors du décret pour la destruction des titres, je lui ai montré que j'en étais bien contente. « Mais, voyez donc, à quinze ans, ça est bien aise de voir la noblesse détruite. — Oui, lui ai-je répondu, je suis bien aise de voir que le peuple ne sera {las vexé comme il l'était, et le riche n'osera plus le faire autant, parce qu'un cordonnier honnête homme a les mêmes tiruih qu<' lui à telle ou telle place. »
Une semblable précocité étonnerait ù toute autre époque; pour la comprendre, il faut se souvenir de l'enthousiasme public et de la liè\re iïénérale au mois de juillet 1790.
Les Concourt, revenant encore sur la femme et la jeune lille au moment de la Révolution, en ont fait ce tal)leau. dont nous connaissons maintenant toute la justesse :
L'uniforme galanl des miliciens nationaux manqua la dis- Iraire; les revues aux CdiampsÉlysées, les l'êtes au Champ de Mais lui donnèrent cet etourdissemenf (pii lui est un j)laisir...
tk'pendant. Eulalie avait d'autres occupations :
Sterne, disait-elle, va être bientôt fiai. J'en suis tout à la l'ois et bien aise et fâchée : j'avoue que son ton original et gai Ml" plaisait fort ; aussi, ne l'ai-je pas trop négligé.
\'2Ui a aussi une qualité supéi'ieure aux dons de l'esprit ; c'est une grande sensibilité qui montre que l'éducation virile n'avait pas etfacé chez elle les tendresses du cœur. Elle \oudr;iit (|ue son père vînt se reposer à Monlforl.
Le teni[ps est siiperbe. La campagne est belle. Il a besoin, l'eu suis sûre, d'un peu de repos ol pour sa santé et pour siui esprit. L'inquiétude et l'agitation où l'on vit n'étant jioinl u:i état naturel, il est iin|)ossible qu'on soit à l'aise d'aucuiKiiianière et Sinilh qui vient brorlier sur le lotit I