‹ Pendant le terreurChapitre 33 sur 84 · I. K PdÈTP; KOL'CIIKH · texte numérisé non relu

I. K PdÈTP; KOL'CIIKH

et la fille durent s'occuper des soins du ménage. Elles ne vouluienl céder à personne le soin de préparer la nourriture du prisonnier.

Tu nous nourris à la brochette, écrivait Boucher à sa fille. Mademoiselle est excellente cuisinière. Elle a beau dire qu'elle n'est qu'un faible lioulenant; je lui réponds, comme Pompée à

Sertorius :

De pareils lientiMiauts n'ont des chefs qu'en iilée . Ce que c'est que l'érudition! La belle chose!

On ne s'attendait guère

A voir Ulysse en cotte alïaire.

Mais, qu'on s'y attendit ou non, il n'en est pas moins vrai que tes pi.tages, tes ragoûts et tes légumes sont bons, trè? bons et que j'ai grand plaisir à les manger, sitit pour moimême, soit pour la main qui pensr' à moi en les assaisonnant. Les poètes, dit-on, ont la manie de vouloir tout ennoblir : en conséquence, en mangeant hier dimanche la soupe que tu nous avais envoyée et dont nous faisions un grand éloge, ne me suis-je pas fourvoyé jusqu'à me rappeler la tragédie de Caliste, où une lille, eu prenant une coupe empoisonnée que son père lui a apportée, §'éciie ponr s'engager à la buiie :

Que sais-je ! en préparant ces poisons destructeurs Peut-être que mon père y mêla quelques pleurs.

Mon imagination a parodié ces vers v[ contre l'ordinaire la parodie a fait naître dts larmes. Adieu, ma fille bien-aimée.

Rouclier partageait assez souvent ses repas avec Chabroud, l'ancien constituant ; c'était une économie et une distraction. Parfois, aussi, il y avait fête ; témoin ce billet :

Demain, point de comestibles nouveaux ; demain, jour de fête pour moi ; demain, je dîne en ville ; oui, m ville : du

IS8 l'E.NDANT LA TEKREUR.

Il" 31 oïl je loge, j'inil au n° 28, où habite le citoyen Laiiiollie à six pas, dans le même corridor.

Dans toutes les visites qu'ils se faisaient, les détenus s'offraient quelque chose ; et Roucher gratifiait ses amis d'une vieille eau-de-vie, célèbre dans toute la prison, en retour du café dont on le festoyait partout à sa grande satisfaction.

La nourriture, préparée par la femme ou par la fille du poète, était apportée tous les jours à la prison, par une commissionnaire, la donna appoiHatrice que l'une de ces dames accompagnait avec la secrète espérance, quelquefois réalisée, d'entrevoir le prisonnier pendant quelques minutes,

Roucher écrivait à son fds, alors âgé de cinq ans, des lettres où il se mettait à la portée de cette jeune intelligence, mais où il laissait percer, malgré lui, une profonde mélancolie '.

Tu porteras ces lellres sur Ion creur, lui écrivait-il, et tu te souviendras que papa les a écrites du fond d'une prison. Quand tu seras grand, tu sauras que papa ne l'avait ])oint mérité.

Avec sa fdle, sa correspondance est tout autre, bien entendu. Il n'a plus qu'un rêve, c'est d'achever son éducation.

Tu sais bien (lt> (luel œil nous avons vu l'aloès, lorsqu'il a poussé sa belle tige et ([u'il a promis de fleurir cette année ; nous allions épier cliaque jour sa croissance et nous nous (lisions : Qu'il sera beau ! quel spectacle charmant lors(iu'il se montrera chargé de plus de mille Heurs! Je n'ai pas besoin de te montrer l'autre terme de ma comparaison, tu h- devines et tu entends mon silence,

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