‹ Pendant le terreurChapitre 47 sur 84 · AU TRAVAIL · texte numérisé non relu

AU TRAVAIL

Il charmait mes ennuis à Sainte-Pélagie, Par lui je retrouvai ma iiremièrc énergie.

11 s'occupe de revoir, en vue d'une seconde édition qui ne paraîtra qu'après sa mort, sa traduction de la Riches^i' ('l's Nations. L'éditeur voulait abuser de la position du prisonnier qui l'empêchait de se défendre; mais Roucher ne l'entendait pas ainsi : « Je corrigerai toutes les épreuves, sans cela je ne me mêlerai plus de celte seconde édition'. »

1. Néanmoins, après le 9 Tlierriiidor, l'éditeur voulut s'approprii^r tout le mérite du travail. I.a veuve de t{ourlier et sa lîlle durent protester par la voie des juurnaux : .. Nous venons de voir paraître, dirent-elles, un avertisseraent du citoyen Buisson sur la seconde édition de lu Richesse des Nations, ouvrage traduit de l'Anglais Adam

En même temps, et pendant qu'Eulalie traduisait Prior, Roucher préparait nne édition française de Thomson.

Il avait encore une autre occupation qui lui était bien chère; elle hii rappelait et l'image d'Eulalie et les plus doux souvenirs des dernières années.

Sa lille continuait ses études de botanique; elle lui en parlait, elle lui envoyait des fleurs.

Voilà, disait-elle, un bien beau joui'! j'ai trouvé celui d'hier encore plus beau : si nous étions ensemble, n'irions-nous point au jardin des Plantes? Oh! oui, sûrement, et nous en ainions rapporté quelques fleurs. Eh bien, supposez, s'il est possible, qne vous vous êtes promené avec Minette ce matin, (pie vous arrangez les plantes que vous avez cueillies avec elle, etqnVIb^ ne vous aide point à les arranger. Oubliez un instant Sainte-Pélagie. Venez dans votre cabinet. Asseyez-vous à votre bureau, et jouissez du plaisir que donne l'agréable occupation de la botanique. Est-ce fait? Il faut donc, me direz-vous, faire tous les frais de l'illusion? Non, mon cher papa, je veux vous en éjjargner une partie et raccourcir un peu du chemin. Je vous envoie, en conséquence, une petite boite botanique, bien renqilie; du papier, des épingles, etc.. que ne puis-je réaliser le reste?

Vous savez assez que la plupart des honnnes se payent soit en or, soit en llalleries, ou même, le plus souvent avec tous les deux. Ces deux monnaies oi\t une valeur ;\ peu près égale pour

S»u'l/t |);ir A. Roucher. 11 semhlerail, à la lortnre cl(' la fin île cet aveiiissemenl, (|iie c'est (|iiel(]ue uiUro personne ou bien le citoyen |{uisson lui-même (|ui aréformi;, dans celle seconde édition, les imperfection; (in la première. Il est essonliel de prévenir le public que c'est Houclier, lui seul, ipii, du fond de sa prison, l'a revue et considérablement auijnienlée. Il venait de livrer au citoyen Unisson les dernières épreuves, lorsqu'il a été traduit au tribunal et condamné. Ainsi Rouiller, au milieu des persécutions qui l'avaient enseveli à Saint-Lazare, travaillait encore pour son pays et ne voyait que ce qui pouvait lui être utile et pri'lilable. »

LF l'OICTK ROI'CnKH.

certains êirt's; cllos fii ont senltMiicnf plus ou moins, selon le caradôrp et Tespèce do ces êtres. Voici le fait. J'ai écrit nn mot à Valois, ne pouvant aller moi-môme au jardin des Plantes : une petite honnêteté par-ci, quelques caresses pour Tamour-propre par-lh (inl fait l'alTaire. La monnaie, dont j'ai fait usafie, a satisfait mon galant javriimer, comme je m'en suis aperçue par les beaux échantillons (ju'il m'a envoyés. J'en ai arrangé plusieurs, et j'ai voulu (|u'au moins un petit houi|uet du parterre de Flore allât charmer et récréer une vue fatiguée (le grilles et de verrous. Elles seront bien précieuses, ces fleurs desséchées dans la cellule. Je ne les regarderai pas sans verser des larmes, et sans me dire : papa les arrangea lUins sa prison . Ce souvenir alors n'aura plus d'amertume ; il ajoutera à la jouissance présente. Un jour, un jour viendra, il faut l'espérer, oi'i tant de couches de malheur seront recouvertes |»ar des touches undtipliées dt- bonheur.

Ï'A le père se prêtait à ces illusions délicieuses; en même temps qu'il répondait à l'envoi de sa lille par des stances charmantes qu'il appelait son « bouquet », il classait ces plantes délicates, ses « lazaristes », comme il les appellera bientôt; il les décrivait, il en formait un herbier.

Un moment, il se croyait échappé aux verrous de sa prison ; il se voyait avec sa lille, courant les l)ois et les plaines, ou bien assistant à ces leçons du Muséum dont Eulalie lui rendait compte presque tous les jours.

Sainte-Beuve a dit de ces joies de la captivité :

Sa correspondance olïre des pages touchantes, des (pialités cordiales, im amour franc de la nature et de la famille : << l'n botaniste ])assi(inné, écrivait-il à Kulalie, en avril 1 T'.U, n'est pas un conspirateur... Malgré moi, ma pensée me quitte à tout moment ; et, (juand je la retrouve, c'est au milieu des jardins et des campagnes dont je ne jouis pas, moi (pii m'étais tant promis d'en jouir; et, puni- m'entretenir encore dans cette ili^-

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