‹ Pendant le terreurChapitre 61 sur 84 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

entassée. Aussi, en bons patriotes, l'avons-nous dévorée, et si celle qui agite la république naissante dans quelques départements et dans la Vendée avait à faire à des champions aussi braves et aussi déterminés que nous, il y a longtemps qu'elle n'existerait plus pour le bonheur de notre patrie commune.

Cependant, dans cette prison où les victimes s'entassaient chaque jour, sans égard pour le sexe ou pour l'âge, — il y avait des mères qui imploraient en vain la faveur d'avoir auprès d'elles leurs enfants qui se mouraient :

Quelle association de douleurs on voit ici ! disait Roucher. Comme le sort se joue de la sensibilité humaine !

Et comme si ce n'était point assez de toutes ces cruautés, on parlait encore d'interdire les communications :

Tant, ma bonne amie, qu'il nous sera permis d'écrire à nos ])arents et à nos amis, permission qui, je crois, ne sera pas de longue durée, vous pourrez compter que je serai exact à vous donner cet heureux et triste témoignage de mon amitié. Mais il ne faut pas que je charge trop le greffe, c'est-à-dire que je ne livre pas à la censure, le même jour, un trop grand nombre de pages. Ahisi le jour où je vous écrirai ne sera pas celui de ma correspondance avec ma fille.

Roucher en arrivait à regretter Sainte-Pélagie :

Nous n'avons pas joui ici quinze jours de suite d'une égaliti' de captivité.

Heureusement que le petit Emile était là et qu'il forçait son père à se distraire.

Noire bonhomme m'a fait courir hier soir aux barres et m'a fatigué. Tant de mois d'inaction ont engourdi mes jambes.

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LE POÈTR ROUCIIER. 273

Pour les siennes, elles sont toujours en activité; aussi courentelles à faire plaisir aux regardants.

Et puis Roucher avait un talent qu'on mettait souvent à contribution :

Je me suis fait ici, écrivait-il à sa femme', un nom par ma science en soupe à l'enfanl et je vais, à une heure, en donner leçon aux citoyennes de Maillé et d'Arlancourt ; c'est un spectacle assez singulier que celui de nos corridors, tous les jours, à l'heure du dîner. Chacun, à cause de l'été, sur sa porte, à côté d'un fourneau, fait office de cuisinier. Les plus ineptes, comme les plus stylés, sont là à préparer leur provende.

Est-ce là cette scène que Robert a voulu représenter dans ce dessin où le peintre observe et crayonne, tandis qu'un détenu qui serait Roucher est occupé auprès d'un fourneau et que le vieux marquis Giambone, enveloppé dans sa robe de chambre et s'appuyant sur sa femme, née de Marny, occupe le premier plan-?

Robert n'avait pas ces talents culinaires, mais il était de première force au ballon et il avait organisé des parties qui attiraient tous les visages aux fenêtres.

Je faisais tous les jours sa partie, a raconté M. Pasquier^. Quand j'appris ma mise en liberté, j'allai l'annoncer à Uobert, qui s'écria : « Ah! mon Dieu! qui tiendra le bout désormais? »

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